Au commencement était l’art

l-art dans la préhistoire

Quelques 35 000 ans avant Jésus-Christ, l’homme vit de la cueillette, de la chasse et de la pêche :l’agriculture et l’élevage lui sont inconnus, c’est à cette époque cependant qu’apparaissent les premières tentatives d’expression artistique. Peu à peu les techniques de peinture, de gravure et de sculpture se perfectionnent : les parois des grottes sont couvertes de représentations peintes, les objets du quotidien sont décorés, armes et outils, ornementés. L’art est né.

L’homme de Cro-Magnon, notre ancêtre direct, chasse le renne, le mammouth, le cheval sauvage, l’auroch, le bison et l’ours. Il établi ses campements sous des rochers en surplomb et à l’entrée des cavernes, il construit aussi des tentes et cabanes. Le silex et les os lui servent à fabriquer ses outils. Sur des pierres, sur les parois des grottes, l’homme paléolithique a laissé des signes et des images par milliers, que nous admirons aujourd’hui comme autant d’œuvres d’art.

Les premières figurations apparaissent entre 35 000 et 30 000 av. J.-C. Il s’agit, d’abord, de représentations de sexes, certains très réalistes et d’autres plus schématiques, mais pour la plupart féminins : on n’a découvert que quelques phallus gravés ou peints ici et là. Vers 27000 av. J.-C. Sont sculptés les premières Vénus, statuettes de femmes aux rondeurs exagérées. Retrouvées dans toute l’Europe, et même jusqu’en Sibérie, elle partagent un style et un mode de fabrication communs : hautes d’une dizaine de centimètres, elles sont dotées de seins et de ventres énormes, et d’un visage généralement sans traits. Il s’agit peut-être de symboles de fertilité, d’idoles de la fécondité.

Les grands sites

plus de deux cents grottes paléolithiques sont ornées de gravures, de peintures ou de sculptures. La majorité se trouve dans le sud de la France et le nord de l’Espagne. La Dordogne et les Pyrénées ont été pendant longtemps les sanctuaires majeurs de l’art pariétal : la grotte de Rouffignac, près des Eyzies, renferme près de huit cents peintures ; les sites de Pech-Merle, dans le Lot, de Niaux en Ariège, sont autant de joyaux de la région, que surpasse encore la beauté des peintures de Lascaux (Dordogne). De nouvelles découvertes en Provence et en Ardèche sont venues étoffer les collections d’art paléolithique : la grotte sous-marine de Sormiou, près de Cassis, a été inventée -les découvreurs bénéficient du titre d’ « inventeur » – par le scaphandrier Henri Cosquer en 1991. elle a pris le nom de son inventeur : grotte Cosquer. http://www.le-top-des-meilleurs.fr/cosquer-grotte-marine/

La plus récente découverte est celle de La Combe-d’Arc, ou grotte Chauvet, mise au jour, la veille de Noël 1994, par trois spéléologues chevronnés. http://www.le-top-des-meilleurs.fr/chauvet-grotte-prehistorique-ardechoise/

Des rites qui gardent tout leur mystère

L’obscurité des grottes, endroits secrets et difficiles d’accès, comparables à des sanctuaires, suggère une signification rituelle de l’art pariétal. Ces lieux voyaient-ils se dérouler des cérémonies de type magique ? Des rites initiatiques pour l’entrée dans l’âge adulte, comme le laissent supposer plusieurs empreintes de pas d’adolescents ? Le crâne d’ours posé sur un rocher de la grotte Chauvet tend à étayer l’hypothèse d’un rite, biens qu’il soit malaisé de préciser lequel… Selon certains, l’artiste serait un magicien, un sorcier avant la lettre : il aurait décoré son propre corps, serait doté de pouvoirs inconnus des autres être humains. Ce qu’il y a de certain, c’est l’habileté et le talent dont les peintres ont fait preuve. Dès l’origine, ils ont su trouver tous les ingrédients de la création artistique : outils, imagination et savoir-faire se combinent pour engendrer la beauté.

Le savoir-faire du peintre

L’artiste du Paléolithique met à profit les caractéristiques physiques de la surface rocheuse sur laquelle il peint. Même si la consistance calcaire des parois est propice à la fixation des colorants qui sont appliqués sur la roche, il arrive que le peintre se serve des colorations naturelles de la roche, qu’il intègre à son œuvre. Il sait aussi tirer parti des irrégularités de la roche, dont la forme lui suggère la silhouette de tel ou tel animal ou lui permet de donner du mouvement à l’ensemble – ainsi du cheval à la renverse de Lascaux ou de la tête de cheval de Pech-Merle, inscrite dans la forme même du rocher. La silhouette de l’animal est tracée au trait ou parfois même gravée avant d’être mise en couleur. Pour s’éclairer, les peintres disposaient de lampes à graisse et de torches en bois de genévrier. On a retrouvé la trace d’échafaudages destinés à atteindre les plafonds haut perchés.

La palette des couleurs

En plus du noir – celui du charbon de bois qu’il utilise comme fusain, et celui de l’oxyde de manganèse -, le peintre dispose de toute la gamme des bruns, des jaunes et des rouges. Ces colorants lui sont fournis par les terres minérales : ocre, hématite (rouge), limonite (jaune). C’est le kaolin qui donne le blanc.

Ces matières sont utilisées telles quelles, ou réduites à l’état de poudre et transformées par trituration ou broyage en colorants – l’eau servant de liant. Elles peuvent être chauffées pour obtenir un coloris plus intense avant que le peintre ne les étale en aplats, en traits, en dégradés… Quant aux peintures d’Altamira, elles ont été frottées pour en adoucir les contours et obtenir des nuances plus tendres. A la recherche d’une plus grande expressivité, le dessinateur se fait sculpteur, comme à Altamira et à Lascaux, où des profils de bisons et de chevaux sont taillés dans la roche.

Pinceaux en crin de cheval, baguettes taillées et écrasées, brosses formées de touffes de poils, tampons composés de fibres végétales ou de morceaux de fourrure, spatules, os creux : les peintres utilisent toute une série d’instruments pour dessiner les contours, traiter de grandes surfaces, tacheter… Les silex sont utilisés pour inciser et graver la roche.

250 siècles d’art.

Depuis 1984, vingt-deux sites nouveaux ont été mis au jour, qui ont bouleversé les connaissances de l’art préhistorique. Les œuvres les plus anciennes, comme celles de la grotte Chauvet, apparaissent comme aussi aboutis que celles de Lascaux ou d’Altamira, plus récentes. Il reste sans doute beaucoup à découvrir. Il y a 30 000 ans, les groupes humains étaient peu nombreux et vivaient éloignés les uns des autres. Ils ont fréquenté les grottes sur de très longues périodes. Chaque grotte a sa propre histoire.

Si la civilisation néolithique se définit, notamment, par l’invention de la pierre polie, l’artiste néolithique, lui, se caractérise par ses talents dans le domaine de la céramique. Cette méthode de fabrication d’objets en terre cuite n’est pas vraiment nouvelle – on a découvert des figurines d’argile cuite bien plus anciennes, ainsi que des poteries chez certaines civilisations de chasseurs – mais sa technique se perfectionne : l’argile est travaillée de manière à former des récipients, et l’usage de la vaisselle, dont l’homme sédentarisé a tant besoin pour cuire et conserver ses aliments, se développe.

Céramique : la main à la pâte.

Aux premier temps du Néolithique, la technique de la céramique n’est encore qu’à l’état d’ébauche, les formes sont simples, sans aucune décoration. Rapidement, la production s »affine : les pièces, après cuisson, sont peintes ou imprimées de fines stries. Suivant les époques et les régions, les formes et la décoration se modifient profondément. L’âge d’or de la céramique se situe sans conteste au Néolithique moyen (vers 5000 av. J.-C/), lorsque les différentes techniques de production et de décoration atteignent une richesse esthétique jusque-là inconnue.

A partir du Néolithique récent (vers 4000 av. J.-C.), la qualité de la céramique tend à se dégrader. Il semble que les communautés humaines, qui grandissent de façon considérable, se préoccupent davantage de problèmes de production que de considération artistique…

Des techniques qui évoluent.

Au Néolithique, le tour du potier n’a pas pas encore été inventé. L’argile est donc façonnée avec les moyens du bord… Les premiers potiers emploient un moule (généralement en bois), mais ils peuvent aussi utiliser des bandes superposées de pâte argileuse. Cette pâte n’est pas composée de la même façon suivant les époques et les régions. Mais tous les artisans ont le même souci en choisissant leurs composants : éviter que des fissures ne se forment lors du séchage. Car l’ouvrier s’est progressivement mué en artiste. Et, pour mieux décorer les objets qu’il façonne, il améliore toutes sortes de techniques : il imprime avec le doigt – mais il peut aussi se servir d’un coquillage, d’une baguette de bois, d’une sorte de peigne ou d’une roulette… – des motifs géométriques, qu’il répète parfois en bandes : spirales, grecques, lignes brisées ou triangles ; plus rarement, il peint des animaux ; il utilise le poinçon pour pratiquer des incisions, ou encore de petites excisions, qu’il apprendra plus tard à décorer d’une pâte de couleur.

Sculpture : le culte des morts.

La sculpture néolithique, au moins à ses débuts, semble surtout liées à des pratiques funéraires. Et c’est au Proche-Orient que nous pouvons le mieux déchiffrer les secrets des premiers rituels humains concernant la mort. Ces pratiques, pas plus que les lieux de culte, ne sont indépendantes des espaces d’habitation. Il existe, certes, des cimetières hors des villages, mais l’inhumation se fait habituellement dans le sous-sol des maisons, parfois après avoir laissé le corps, exposé aux charognards, se décomposer à l’air libre. L’une des finalités immédiates des rites mortuaires est l’embellissement des tombes, et des cadavres eux-mêmes, apparemment soumis à un « maquillage » aux couleurs vives (ocre jaune, vert, bleu et rouge).

Agriculteurs, éleveurs et potiers

10 000 ans av. J.-C. Environ, la période glaciaire prend fin et l’humanité connaît le progrès le plus important de son histoire jusqu’à la révolution industrielle : le passage de la chasse à la culture des plantes et à l’élevage d’animaux domestiques. Cette formidable mutation, qui a débuté au Proche-Orient, est à l’origine de la civilisation occidentale. En même temps qu’ils se constituent en villages, les agriculteurs ne Néolithique développent de nouvelles techniques, notamment la céramique et le polissage de la pierre, qui a donné son nom à cette civilisation (Néolithique : âge de la pierre nouvelle, c’est-à-dire polie).

Un hymne à la vie

Dans certaines régions du Proche-Orient, en revanche, on a trouvé des statuettes en arbre – des figures féminines le plus souvent – dont les traits les plus significatifs apparaissent à peine : les femmes de Tell es-Sawwan (dans l’actuelle Jordanie) sont, en général, représentées debout, dénudées, parfois décorés de colliers, et coiffées. Mais, bien plus que leurs traits, c’est la position particulière des mains, jointes sous la poitrine ou sur le ventre, qui les distingue. Il semble que ces petites statuettes aient fait office d’idoles ou de divinités. Elles seraient aussi des images votives de morts qui prolongeraient ainsi leur présence chez les vivants, ou l’expression du désir ou de la gratitude.

Le triomphe de la maternité

Les représentations féminines sont donc très abondantes. Elles semblent traduire chez les hommes du Néolithique, cette préoccupation de la vie que l’on trouve présente partout, au Proche-Orient comme en Europe, dans les figures mortuaires comme dans celles qui représentent les stades essentiels de l’existence : la conception, la gestation, la naissance, la subsistance.

Au début du Néolithique, certaines statuettes féminines sont encore proches des vénus du Paléolithique. A Çatal Hûyük, en Anatolie, où un village néolithique a été mis au jour, on a découvert des représentations en pierre de femmes enceintes. Potelées, la poitrine flasque et le ventre rebondi, elles gardent un lien de parenté évident avec leurs lointaines ancêtres. C’est aussi à travers des figurines féminines – mais, cette fois portant des enfants dans les bras – que le sculpteur néolithique franchit un pas essentiel dans l’art de la représentation : on a retrouvé au Proche-Orient nombre de ces maternités qui, en mettant en relation deux personnages distincts sculptés dans une même pièce, expriment, pour la première fois, l’idée de groupe.

Du réalisme à l’abstraction

Plus tard apparaît en Europe un autre type de femme, plus stylisé, plus géométrique. Quant aux hommes, ils n’échappent pas à cette nouvelle forme de représentation… Certaines sculptures découvertes en Roumanie tendent véritablement vers l’abstraction : ainsi une tête d’homme est devenue une structure géométrique, avec un front en losange, des oreilles circulaires, un nez cylindrique et deux triangles renversés en guise d’yeux. A travers ces formes, dont les éléments expressifs sont réduits au minimum, l’homme néolithique fait l’apprentissage d’une relation plus symbolique avec le monde qui l’entoure.

Les fresques du Tassili

Les populations néolithiques installées en Afrique du Nord (dans une région située aujourd’hui dans le sud de l’Algérie) ont couvert les rochers de gravures et de peintures. Dans cette région, dix mille figures peintes ont été mises au jour en 1944 par Henri Lhote, un archéologue qui explorait sans relâche le Maghreb et certaines parties de l’Afrique noire. Cet ensemble dit du Tassili, du nom du plateau où il a été découvert, couvre une époque très longue de l’histoire de l’humanité, qui raconte l’histoire particulière des sociétés humaines qui vivaient dans la région. L’une des premières période de cette longue histoire se définit, au Tassili, par le style des «hommes à tête ronde » (VI e millénaire) : les hommes y abondent, représentés avec un corps schématique, une tête ronde et hypertrophiée, et armés de masses, d’arcs et de flèches. Certains portent des masques symboliques, attestant l’existence d’un culte des masques en Afrique dès la période néolithique. Les plus anciennes de ces peintures sont petites et monochromes, puis elles prennent de l’ampleur (certains personnages mesurent plus d’un mètre de haut) et des couleurs.

La période suivante, dite des « bouviers », couvre une grande partie du Néolithique et connaît son apogée aux IV e et III e millénaires. C’est un art scénique et narratif ; on y voit, de nouveau, des troupeaux de bovidés, de nombreuses scènes de chasse, ainsi que des scènes de la vie quotidienne -des bûcherons à côté de huttes ou des femmes faisant la cuisine. C’est grâce à ces représentations que l’on a pris connaissance de l’envahissement du désert par des pasteurs.

La période dite du « cheval », couvre les II e et Ier millénaires (âge des métaux).

Les peintures du Tassili ont été trouvées dans plus de 1500 abris, riches de 40 000 gravures. Les dizaines de milliers de pointes de flèche, lames, grattoirs, poinçons, tessons de poterie et autres objets usuels retrouvés dans cette région, qui bénéficiait d’un climat beaucoup moins aride qu’actuellement, attestent la densité humaine incomparable qui régnait à cette époque.

L’art et la manière

Le sculpteur néolithique façonne les figures humaines et animales aussi bien dans la pierre que dans l’argile, l’os ou l’ivoire. Certaines de ces figures ont gardé la trace de peinture. Mais le sculpteur n’utilise pas la couleur pour « faire vrai ». Son objectif, semble-t-il , est plutôt de « faire beau ». Quant à la valeur symbolique de ce goût pour la polychromie, elle intrigue encore bien des chercheurs…

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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