La Bible, histoire de Noé et Cham

Grand livre, texte sacré, base de notre culture, creuset de notre civilisation, plusieurs fois traduite, plusieurs fois interprétée, la Bible, volontairement affadie par des censeurs de tous ordres, peut être relue dans un contexte non religieux. Ce merveilleux livre d’histoire et d’histoires contient les aventures d’une famille devenue celle d’un peuple, dans lesquelles on retrouve ces passions et ces drames qui forment l’humanité. Les héros de la Bible (à l’exception de Dieu) sont des individus dont les défauts, fréquemment, l’emportent sur les qualités ; individus « exemplaires »  dont les aventures, parfois sordides, toujours symboliques, ont fait naître des traditions et servent de référence. Ces archétypes bibliques, on les reconnait quotidiennement dans les faits divers, dans les personnages de romans ou dans ceux des séries télévisées.

Violence, meurtre, impiété régnaient sur le terre. Lamech, maladroit assassin de son ancêtre Caïn comptait, parmi sa progéniture, Noé. Dès la naissance de celui-ci, en l’an 2978 avant Jésus-Christ, il eut des doutes sur sa paternité. Les mœurs, chez les héritiers de Caïn, étaient fort dépravées, et Noé trop exemplaire pour être digne de cette lignée de païens.

Plusieurs oracles, dont Enoch, rassurèrent le père, qui était aveugle depuis que Dieu l’avait maudit. Noé grandit donc en force et en sagesse dans un monde de brutes et de pécheurs, et Dieu, qui était las de la corruption de l’engeance qu’il regrettait d’avoir créée reconnu sa vertu.

Bible-arche-de-Noé

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A 500 ans, Noé enfin adulte décida de prendre femme. Noéma, fille de Lamech et de sa seconde épouse Sella, qui aurait inventé la manière de filer la laine et de faire la toile, épousa-t-elle son frère Noé ? Certains émirent cette hypothèse. D’autres, qui voulaient relier Bible et mythologie grecque prétendirent que Noéma n’était rien moins que Minerve, celle qui, selon d’autres sources, sortie armée de la cuisse de Jupiter et tenta d’enseigner la sagesse aux Grecs et l’art du tissage.

Plus vraisemblablement, Noé convola en justes noces avec Naamah, fille d’Enoch, seule femme de l’époque à avoir conservé sa virginité jusqu’au mariage. D’elle il eut trois fils, Sem, Cham et Saphet, qui eux-mêmes se marièrent quand le temps fut venu.

C’est alors que Dieu, décidé à engloutir sous les eaux cette humanité chargée de péchés, lui ordonna de construire son arche, et, parce qu’il était Grand Architecte de l’Univers (GADLU chez les Compagnons et les Francs-Maçons), lui indiqua les proportions de la nef. Elle devait avoir la figure d’un coffre, longue de 300 coudées, large de 50 et haute de 30, avec une seule porte  et une seule fenêtre ; enduite de bitume et distribuée en 3 étages, dont chacun avait plusieurs loges : en haut les oiseaux, les hommes au milieu, dans la soute les quadrupèdes.

Bible-mont-ararat-turquie-

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Dans le vaisseau, Noé recueillerait sept exemplaires d’animaux purs, un couple d’animaux impurs, ainsi que sa femme, ses trois fils et leurs épouses légitimes.

Noé, qui était le seul à encore écouter Dieu, s’exécuta. Sans doute son entreprise, comme l’insinue le Coran, souleva-t-elle les quolibets de ses frères, cousins et autres dépravés qui s’étonnaient avec raison, car n’étant pas dans le secret de Dieu, que l’on érige cette barcasse si loin d’un fleuve ou d’une mer. Pendant deux ans, il tailla ses planches dans le même arbre, qui avait mis vingt ans à pousser.

7 jours avant le Déluge (Noé venait de fêter son 600e anniversaire) l’élu de Dieu commença à faire entrer les futurs rescapés dans son cargo et à y entasser de quoi nourrir la population. Le 7e jour, il leva la passerelle, et les rires de ses détracteurs se noyèrent dans leur gorge sous l’eau du ciel qui les engloutissait, tandis que l’arche prenait le large. Le plus grand  génocide de l’humanité venait d’avoir lieu.

Capitaine rigoureux, Noé exigea de ses passagers la chasteté la plus absolue afin d’éviter la surpopulation. Seules désobéissances : le chien, le corbeau et Cham, le propre fils du patron. Tous trois en furent punis. Le chien, désormais, après l’accouplement sera condamné à rester lié à sa femelle pendant un douloureux moment, le corbeau (qui ne se contentant pas de sa femelle, voulait aussi s’emparer de celles des autres oiseaux) et le fils de Cham, Chanaan, l’enfant du péché, en devenant noirs.

Cham aurait copulé avec son épouse pour dissimuler sa grossesse : celle-ci, avant l’embarquement, aurait déjà été enceinte des œuvres d’un mauvais Ange ! Autre version, plus humaine, elle aurait été irrésistible, et Cham loin d’être de bois… D’autant qu’il souffrait, par rapport à ses frères d’un complexe d’infériorité, pensant être (prémonition ?) le mal aimé du clan.

Au bout de quarante jours, l’arche s’échoua sur le mont Ararat. Mais trois mois furent encore nécessaires pour que la décrue s’achève, et que passagers et équipage puissent mettre pied à terre. Tous les jours, par l’unique fenêtre, Noé faisait sortir le corbeau qui revenait sans avoir trouvé un endroit où se poser. Un soir il ne revint pas. Il aurait trouvé des cadavres d’animaux dont il se serait repu… Alors Noé délégua la colombe qui revint, elle, en tenant dans son bec un rameau d’olivier. Rameau, selon des exégètes, en provenance directe du … Mont des Oliviers de Jérusalem.

Noé fit aussitôt ouvrir la porte de l’arche, dans laquelle il s’était embarqué plusieurs mois auparavant. Sur la terre dévastée, et sans doute encore spongieuse, il bâtit un autel, où il immola une tête de chacun des animaux purs qui avaient partagé son voyage. Un arc-en-ciel, le premier au monde, relia l’autel aux nimbes. Depuis, chaque arc-ciel rappelle aux hommes l’alliance passée avec leur Créateur.

Chez les Indiens d’Amérique comme chez les Chinois, on retrouve la tradition du Déluge dans la plupart des Traditions. Mais où se trouve le mont Ararat ? En Arménie, comme on l’admet généralement ? En Mésopotamie ou à Bahreïn, selon d’autres légendes ? Et où Noé décida-t-il de rebâtir le monde ? Où que ce soit, il se mit à l’agriculture, et planta la vigne. Elle était certes déjà connue avant le déluge, mais il fut le premier à la planter avec ordre et à en découvrir l’usage. Noé, du raisin, sut faire du vin.

Et, séduit par les arômes de sa liqueur, il en but, sans en connaître les maléfices. Enivré par sa production, saoul comme une grive, ce trop consciencieux vigneron s’endormit sous sa tente. Nu ! Et dans un tel état d’ébriété qu’il en oublia de se couvrir. ce fut dans ce simple appareil que Cham, père  de Chanaan-le-déjà-noir-de-peau, pour son malheur et celui de sa race, le découvrit. Et l’impudent de se moquer, et d’appeler ses frères pour les prendre à témoin.

Bible-Cham-la-malédiction-de-Noé

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Peut-être davantage par rancœur que par méchanceté ; ce descendant de Caïn, rancunier comme l’ancêtre, n’avait pas du pardonner à son père d’avoir joué avec la pigmentation de son petit-fils. Ses frères, qui étaient bien élevés, ne partagèrent pas son euphorie gouailleuse et sortirent à reculons de la tente, après avoir caché la nudité paternelle sous une peau de bête ou une ample feuille de vigne, les plants, autour du campement n’en manquait pas…

A son réveil, Noé, qui devait avoir mal au crâne, entra dans une colère terrible. Il maudit Cham, en lui prédisant que sa postérité serait esclave de celle de ses frères. Malédiction dont les négriers et autres piétistes, jusqu’au XXe siècle, tirèrent argument pour justifier l’esclavage !

A sa mort, à 950 ans (par décision divine, les hommes auront désormais une vie plus courte), ses fils se dispersèrent : Japhet partit repeupler l’Europe, Sem l’Asie et Cham l’Afrique. Ainsi finit l’histoire de Noé dans la Bible.

Celle que racontent les Musulmans, est encore plus riche. « Le prophète », « le sauveur » sont parmi les qualificatifs qu’ils accolent à son nom. Noé aurait tenté d’enseigner à Zohak, roi de Perse, la connaissance du vrai Dieu. En vain. Mais il aurait réussi dans d’autres tentatives de prosélytisme religieux. Il aurait laissé dix livres (introuvables) sur ses relations avec Dieu. Toujours selon la mythologie musulmane, Japhet n’aurait engendré que des peuples pervers et malfaisants, Sem une race intelligente et bénie (celles de ceux qui le prétendent) et Cham serait toujours l’ancêtre des Africains. Mais sa malédiction aurait eu des raisons différentes : un matin, le vieux Noé ayant appelé ses fils pour la prière, Cham, encore ensommeillé, aurait tardé à se rendre à l’autel des sacrifices.

Noé ensuite, se serait repenti de sa sévérité, et aurait supplié Dieu d’inspirer aux maîtres des fils de Cham (car une malédiction patriarcale est une malédiction ; comme la chose jugée, on ne peut revenir dessus) de la douceur et de la bienveillance pour eux. Revenons sur la malédiction de Cham : un tel châtiment est-il justifié, pour une faute, finalement vénielle : la vision d’un vieil homme nu ou un retard à l’office peuvent-ils justifier une apologie  de l’inégalité raciale ?

Cham n’aurait-il pas commis une faute beaucoup plus grave ? Les livres religieux sont pudiques, surtout par les soins des copistes. Restent les sous-entendus. On attribue à Cham l’invention de magie (noire) et l’élaboration des techniques de nécromancie. On voit parfois en lui le Zoroastre des Perses. Cham n’aurait-il pas poussé ses pouvoirs un peu loin ? Selon Pierre Larousse, et son Dictionnaire, « un jour, ayant trouvé son père vaincu par l’ivresse, il s’en approcha doucement, et par une force magique, le priva de sa virilité. » d’autres prétendent enfin que Cham avait déshonoré la couche de son père, et que voir sa nudité est une métaphore qui signifie qu’il avait eu des rapports avec la femme de Noé.

Passons sur l’inceste mais attardons-nous sur la castration de Noé, mentionnées dans des ouvrages sur les mythes hébraïques. Cham aurait castré son père en lui enroulant une corde autour des génitoires et en la tirant d’un coup sec. Celui dont se réclament les magiciens et les sorciers aurait donc inventé le cérémonial du « nouage d’aiguillette ».le courroux de Noé alors s’explique mieux.

Selon d’autres versions, qui innocentent Cham, Noé aurait été castré lors de la descente de l’arche par un coup de griffe du lion mâle ! Le lion, qui a beau être l’emblème des rois, est un fauve ingrat, tous les zoologistes vous le diront. Et comme c’était plutôt humiliant pour Noé, que de s’être fait émasculer par un de ses passagers, on attribua son infirmité à Cham.

Consolation posthume pour ce fils indigne (dont la racine hébraïque signifie certes noir, mais aussi être chaud), sa descendance, bien que maudite, ne fut pas sans prestige. De son fils Cousch descendirent les Ethiopiens, de son fils Misraïm, les Egyptiens, que les juifs auteurs de la Bible n’aimaient guère, mais qui furent à l’origine d’une très grande civilisation.

Les illustrations de cet article sont tirées de la Bible illustrée par Gustave Dorée

La découverte de l’Arche de noé : https://www.youtube.com/watch?v=jQe

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une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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