Les boîtes à portraits en diamants

Les boîtes à portraits en diamants, cadeaux diplomatiques pour une politique de rapprochement avec l’Angleterre

À Versailles, le 8 septembre 1672,  le ministre Jean-Baptiste Colbert, secrétaire d’Etat à la Marine et contrôleur général des finances, écrivait à Charles Colbert, marquis de Croissy, ambassadeur de France à Londres: « je ne puis m’empêcher de vous dire que l’on a mal jugé da présents en Angleterre. Le roi sait trop bien la différence qu’il faut faire entre eux, et Sa Majesté a réglé ses présents sur ce pied. La boite de diamants, dont le portrait est derrière, est de quarante mille livres, le diamant seul de quarante-cinq mille livres, et l’autre boite à portrait jointe à ce diamant de dix-huit mille livres. Vous pouvez adroitement faire connaître cette différence à celui auquel ce dernier présent a été fait. »

Selon les instructions qu’il a reçues, la principale mission de l’ambassade de Colbert de Croissy en Angleterre (1668-1674) est la rupture de la Triple Alliance de La Haye et l’union de la France à l’Angleterre afin d’isoler les Provinces-Unies. Il s’agissait enfin de faire une nouvelle Triple Alliance entre la France et l’Angleterre.

boîtes-a-portraits-en-diamantsCette négociation échoue cependant et la France entre en guerre contre la Hollande au printemps 1672. Mais « la grande affaire » entre la France et l’Angleterre demeure la conversion du roi Charles Il au catholicisme. Pour parvenir à ses fins, Colbert de Croissy est chargé «d’acheter » Arlington,  qui semble être, pour la France. le personnage le plus difficile à atteindre: à la fois « bon Espagnol» car longtemps en poste comme agent de Charles II à Madrid et «bon Hollandais» car marié à une Hollandaise, il est le plus proche de Charles Il, roi d’Angleterre. Colbert écrit au sujet du voyage d’Arlington et de Buckingham en France, le 3o juin 1672, que le roi d’Angleterre « y envoie un autre lui-même ». Louis XIV veut qu’il soit « le principal auteur et promoteur du côté de l’Angleterre » du nouveau traité d’alliance.

Les instructions données à l’ambassadeur pour sa mission rappellent que les cadeaux offerts dans le cas de la signature d’un traité sont une coutume établie de tout temps, et qu’il s’agit de faire comprendre ce principe au ministre anglais, sans toutefois le brusquer.

Des trésors symboliques

Les deux boites à portraits serties de diamants, et la bague de diamant, offertes en présents par Louis XIV à Henry Bennet, duc d’Arlington, secrétaire d’Etat, chevalier de l’ordre de la Jarretière, homme de confiance du roi d’Angleterre Charles II, et à George Villiers, second duc de Buckingham, sont envoyées à l’ambassadeur Charles Colbert de Croissy en Angleterre, le 17 août 1672, pour être remises par lui « entre la mains » de milord Arlington et du duc de Buckingham.

L’ambassadeur Colbert rapporte au roi, le 29 août 1672, « qu’ils l’ont trouvée très magnifiques même dignes d’être présentées à des rois plutôt qu’à des particuliers ». Pourtant le ministre d’Etat, Colbert, dans sa lettre, émet sa déception de savoir « que l’on a mal jugé du présents du roi ».

En dehors de leur valeur monétaire, les « boîtes à portrait», qui n’avaient de boîte que le nom, «jouaient» sur le mode symbolique du souvenir et de l’amitié en renfermant le portrait de Louis XIV peint en miniature. Selon l’objet, le traitement ou le rang engendraient une distinction entre les présents et leurs destinataires. Une rivalité entre les deux ministres anglais (Arlington et Buckingham) expliquerait la raison de l’éclaircissement donné par le ministre français sur la distinction faite par Louis XIV entre les présents offerts. En effet, le ministre demande à l’ambassadeur de bien vouloir faire apprécier la valeur des présents offerts à ceux à qui on les a destinés, et par conséquent, peut-être aussi, de faire comprendre ce que l’on attendait en retour. Le roi a-t-il été déçu ? Qu’attendait-on d’Arlington ? Ces questions n’ont pas été élucidées à ce jour mais l’insistance du ministre sur la valeur de ces présents témoigne de leur importance diplomatique

Corinne thépaut-Cabasset diplômée d’études approfondies en Histoire des relations internationales et de l’Europe, université de Paris IV-Sorbonne. Marie Sklodowska-Curie Fellow/université de Copenhague.

Pour les Carnets de Versailles avril-septembre 2016

 

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