Brève histoire de l’Ordre du Temple

En 1118, neuf chevaliers de la plus ancienne et plus fière noblesse de France décident de se croiser et de partir pour le Grand Pèlerinage, que plus tard on appellera « croisade ». Hugues de Payens, de la Maison des comtes de Champagne et Geoffroy de Saint-Omer, tous deux compagnons lors de l’expédition de Constantinople en 1096, et qui se consacreront au service de Dieu sous la Règle des chanoines de saint Augustin, choisissent le plus dangereux des défilés empruntés par les pèlerins en route pour le Saint Sépulcre : le défilé d’Athlit, qui plus tard sera connu sous le nom de Château-Pèlerin. Our en assurer la garde, ils s’adjoignent sept autres grands chevaliers : André de Montbard, neveu de saint Bernard, Gondemare, Godefroy, Roral, Payen de Montdésir, Geoffroy Bisol et Archambaud de Saint-Agnant.

Baudoin II, roi de Jérusalem, les installe dans l’aile de son palais qui jouxte la mosquée El-Aksa, autrefois le Temple de Salomon, d’où leur nom.

saint-bernardLa règle templière

Le Patriarche Théoclètes 67e successeur de l’apôtre Jean, leur a donné tous les pouvoirs. Puis l’archevêque Garimond leur fait prononcer les vœux de pauvreté, obéissance et chasteté. Ainsi commence une épopée silencieuse qui, pendant neuf ans, de 1118 à 1127, va préparer la fondation effective de l’Ordre du Temple.

En 1127, Hugues de Payens délègue à Rome six des neufs fondateurs. Ils sont porteurs d’une importante lettre de Baudouin II à Bernard abbé de Clairvaux.

A Troyes, en 1128, un concile se réunit. Une Règle est octroyée à l’Ordre, ainsi qu’un habit et une croix. Jusqu’alors ils servaient en habit séculier.

Saint Bernard intervient afin que la Règle leur permette d’échapper au pouvoir royal et à l’autorité ecclésiastique locale et épiscopale. Les Templiers ne relèveront que du Pape.

Leur habit est blanc, la croix rouge est pattée. Ils la portent d’abord sur le dos et la poitrine, puis sur la poitrine et l’épaule gauche de leur grand manteau.

La Règle prévoir en 7 articles tous ce qu’ils doivent observer. Les jeûnes, les fêtes, la nourriture, les comportements en campagne ou en commanderie, la hiérarchie… Ils obtiennent le droit d’avoir leurs propres prêtres.

La Règle sera enrichie de multiples retraits, des ajouts qui complèteront une loi trop restrictive en ses débuts et qu’il est parfois difficile de concilier avec des activités à la fois militaires et religieuses. Saint Bernard, contrairement à ce qui a été prétendu, n’est pas le fondateur des Templiers ; mais il en fut le défenseur, le texte De laude Nova Milita  le prouve.

Muni de ses structures « légales », l’Ordre entame sa route vers la gloire et la chute. Hugues de Payens est nommé premier Maître général du Temple et vingt-et-un autres suivront jusqu’à Jacques de Molay. Le terme de Grand Maître n’apparaîtra que tardivement.

La hiérarchie de l’Ordre

A sa tête me maître, assisté de son conseil. Viennent ensuite le Maréchal, le Lieutenant général, le Sénéchal, les baillis, les commandeurs des terres, les gonfanoniers, les turcopoliers, les commandeurs, les précepteurs, les visiteurs… puis les frères. Dans cette dernière classe se regroupent les chevaliers et les écuyers.

Une autre classe existe, les chevaliers à terme, chevaliers mariés, sortes d’oblats du Temple, voués pour un temps seulement à l’Ordre, puis les sergents, les servants, servants à terme…

Le Chapitre magistral est le conseil du Maître et aucune décision de celui-ci ne saurait être appliquée sans l’approbation du Chapitre. Il existe une Maison chèvetaine, puis des Maisons principales, les baillies, des préceptories, des commanderies, des granges…

L’Ordre s’installe en Terre sainte mais s’active aussi en Europe. Des grandes cours aux villages, des villes aux monastères, il recrute, suscite des vocations chez les jeunes nobles. Les frères restent vigilants : ils veillent à tempérer l’ardeur de ceux qui ne voient dans l’Ordre qu’un moyen de se tailler des fiefs en Orient. La Maison est placée sous la divine protection de « Notre Dame sainte Marie Chef de notre Ordre », et sous la bannière sacrée, le gonfanon Beauceant, mi parti blanc et noir frappé en son centre de la croix pattée de gueule et nanti de la devise non nobis domine non nobis sed nomini tuo da gloriam (Pas pour nous Seigneur, pas pour nous mais pour la plus grande gloire de ton nom)

L’ascension de l’Ordre

Les hommes vêtus de blanc sont, l’épée haute, de toutes les batailles, allant jusqu’à sacrifier les plus valeureux d’entre eux dans des causes qu’ils savent perdues d’avance. Leur bravoure et leur sentiment de justice les font apprécier des chrétiens comme des musulmans. Parce qu’ils deviennent indispensables, on commence à les jalouser. Leur politique déconcerte, leur comportement échappe aux canons de la féodalité.

Ils pratiquent la tolérance, en des temps où elle n’est guère considérée comme vertu, ils sont diplomates et surtout banquiers (alors que le maniement de l’argent est traditionnellement laissé à des minorités méprisées, juifs ou Lombards…) grâce au réseau de leurs commanderies et à leur puissance militaire qui leur permet de résister aux bandits de grands chemins. Le peuple, qui recherche leur protection, les considère comme des bienfaiteurs. Ils affranchissent les Maçons qui bâtissent leurs édifices…

Lorsque les chrétiens sont chassés d’Orient, ils se replient sur leurs possessions européennes. Leur efficacité et leur indépendance sont considérées comme une provocation par les pouvoirs politiques et religieux. Les rumeurs s’enflent ; ne seraient-ils pas hérétiques ? Ils ont refusé de prendre parti contre les Cathares, n’ont-ils pas, en Orient, été jusqu’à accepter dans leurs rangs des musulmans, n’ont-ils pas fréquenté les grandes universités des sectateurs d’Allah, n’ont-ils pas fraternisé avec les disciples du Vieux de la Montagne ?

La chute et la renaissance

Cet ensemble de récriminations, peu ou prou justifiées, vont servir les plans de Philippe IV dit le Bel, roi de France, du pape qu’il a « fabriqué », Bertrand de Got, devenu sous la tiare Clément V et de Nogaret, conseiller du premier.

Le 13 octobre 1307, toutes les commanderies de France sont cernées par la police royale, et un grand nombre de dignitaires et de frères templiers sont arrêtés, sur ordre de Philippe le Bel. Un procès inique, injustifié, qui va durer sept ans est intenté à l’Ordre.

Le 18 mars 1314, dans l’Île aux juifs, à Paris, trois des plus hauts dignitaires de l’Ordre sont brûlés vifs : Jacques de Molay, Grand Maître, Geoffroy de Charnay, Précepteur de Normandie et Geoffroy de Gonneville, Précepteur d’Aquitaine. Sous la torture, comme la plupart des frères, ils ont avoué les pires crimes.

Mais le matin de ce jour-là, ils sont revenus sur leurs fausses déclarations, et de ce fait ont été immédiatement jugés relaps et condamnés à être brûlés vifs devant le peuple assemblé.

Jacques de Molay, affaibli par les sept années de détention et de souffrances terribles monte au bûcher, puis se défait du légendaire manteau blanc sacré de l’Ordre, et déclare que si lui meurt par ses fautes, nul ne saurait impunément condamner l’Ordre tout entier, lequel est pur de tous les crimes dont on l’accuse. Il assigne au tribunal de Dieu Philippe, Clément et Nogaret dans des délais précis et courts. La prophétie se réalisera point par point.

Deux Templiers, vêtus en Maçons libres, assistent au supplice. Ils recueillent les cendres, les jettent en direction du palais du roi en prononçant Macbenash – la chair quitte le corps. L’Ordre du Temple, par ce geste symbolique, vient de renaître sur un plan initiatique. Le Temple est ruiné, ses biens dispersés, mais la chevalerie spirituelle n’est pas morte.

En 1318, un convent réunit à Spoleto, en Italie du Nord, plus de 3 000 chevaliers du Temple en armes. Deux factions se dégagent : celle qui veut venger l’Ordre martyr et celle qui prétend perpétuer les enseignements secrets de la chevalerie pour le bien de l’humanité. La seconde l’emporte.

La voie de la vengeance, avec le temps, s’est étouffée, mais celle du secret agit toujours.

 

Source : Domique Achard dans Actualité de l’Histoire Mystérieuse

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