Chauvet la grotte préhistorique ardéchoise

Les grottes temples de l’art rupestre paléolithique dont Chauvet est un parfait exemple

L’homme de la préhistoire est un homme religieux. Sans doute ses croyances s’expriment-elles d’une manière différente des nôtres. Sur les parois rupestres, une foi en l’au-delà se lit dans des chefs-d’œuvre artistiques, qui aujourd’hui encore, nous remplissent d’émerveillement.

La grotte Chauvet en Ardèche : c’est toujours avec la curiosité, le goût du mystère et le secret plaisir de découvrir la nouveauté, l’inconnu, l’inespéré que l’on apprend une découverte  archéologique. Chaque grotte a sa personnalité, ses signes distinctifs, son aura.

Un message caché nous est brusquement révélé. Il nous faut alors tenter de ressentir l’angoisse de l’inventeur, se glissant dans un boyau inattendu, partage entre le plaisir de trouver, et la peur qu’il n’y ait rien, au bout de ce long tunnel. Dans la grotte de Chauvet, un mammouth rouge attendait !

Ensuite, se déroulent des fresques, dont une saisissante chevauchée d’animaux noirs, épousant chaque repli de la roche.

 


Chauvet-rhinoceros-chevauxLe combat des rhinocéros

Puis un panneau laisse apparaître des rennes, des bouquetins ou des bisons.

Peu à peu, tout un bestiaire animé de mouvements se dessine. Les courbures de croupes successives donnent l’impression d’une multitude ou l’illusion d’une course que rien ne saurait arrêter. Chaque bosse, chaque aspérité sert le dessein de l’artiste et les premières esquisses sont recouvertes d’un dessin définitif.

Ici les longues cornes d’un bouquetin deviennent celle d’un rhinocéros monstrueux. Le noir, savamment posé et l’ocre de la paroi donnent de la puissance à la musculature de cet animal, issu du fond des âges.

Mais cette troupe de rhinocéros parait dérisoirement frêle et impuissante, quand on sent enfin  la présence des gigantesques félins, en horde compacte, gueule ouverte, prêts à tout dévorer.

Dans la gueule des félins

Plusieurs diaclases divisent les salles en panneaux distincts et chacun raconte sa propre histoire. L’un d’entre eux débute avec un jeune mammouth(ou un éléphanteau ?). Il est a demi dressé sur des pattes grêles aux larges pieds arrondi, le dos droit et sans bosse, la trompe agressive, l’œil rond.

Derrière lui afflue une nouvelle horde de félins, à la poursuite d’aurochs et de rhinocéros. Visages et corps se superposent pour le carnage final ? L’un d’entre eux, caricatural, offre une figure bestiale, mais presque humaine, si bien que l’on se sait plus s’il s’agit encore d’un animal.

Serait-ce l’une des premières versions du combat des forces des ténèbres contre celles de la lumière ?

A côté des fresques noires, apparaissent des animaux ou des mains peints en rouge, témoins d’un autre mythe et sans doute d’un autre âge. En effet, la grotte n’a pas, dès le départ, son aspect définitif. Plusieurs séances de peintures se succèdent, soit dans un bref laps de temps, soit à des centaines ou à des milliers d’années d’écart.

Parmi ces figures rouges, plusieurs ours, une panthère, constellée de taches, de simples points regroupés et des mains, faites au pochoir. Il y a également des gravures ou des tracés digitaux sur certaines parois. Une frise d’animaux montre un mammouth suivant un cheval. Ailleurs, un hibou perché, contemplant l’éternité.

Quel sens donner à ce bestiaire ?

Si chaque grotte paraît unique,  ne raison de sa topographie et de la personnalité des hommes qui ont peint ou gravé sur les parois, il se dégage, malgré tout, un certain nombre de constantes.

Ainsi les animaux représentés correspondent à la faune vivant dans les parages de la grotte, au moment où elle a été ornée. Certaines espèces, pourtant, ont rarement été figurées : le lièvre, le pingouin, la panthère ou le hibou.

En revanche, d’autres ont été privilégiées : le cheval, l’aurochs et le bison. Quelques-unes apparaissent un peu plus irrégulièrement, comme le mammouth, le cerf élaphe ou le renne, le bouquetin, l’ours et les félin des cavernes.

Et une hiérarchie semble s’instaurer dans cet univers reconstitué, pour les besoins d’un mythe. En effet, di les animaux semblent vivre d’un réalisme outrancier, ils représentent des abstractions, totalement détachées du paysage environnant.

En fait, ils sont l’âme, la quintessence de l’espèce et se voient investis d’un rôle, dans une vision cosmique. Chaque animal possède une valeur symbolique spécifique, mais les associations ont une signification.

Le sens totémique ne doit pas être écarté, mais l’idée d’une globalité est inhérente au système. Vie et mort restent étroitement liées dans la vision du monde de  l’homme préhistorique.

Prenons quelques exemples :

Le Rhinocéros, est très présent ici, alors qu’habituellement, il n’a pas la faveur des peintres. Cependant, dans la grotte de Rouffignac, des frises de rhinocéros se glissent parmi les innombrables mammouths. Les caractères de l’espèce, à longs poils, ont été délibérément omis. Quant à sa valeur symbolique, elle reste très proche de celle des autres grands herbivores, à savoir, la fécondité.

Le cheval apparaît comme l’animal sacré par excellence. Indubitablement, il a un rôle initiatique, guidant le mort ou le candidat dans son parcours souterrain. A Solutré, dans un site  globalement contemporain de la grotte de Chauvet, un cimetière de ces équidés a été trouvé.

Chauvet-bisonL’aurochs et le bison existent simultanément, mais en nombre moindre que le rhinocéros. Tous deux ont le sens de pilier du monde et impliquent l’abondance. En outre, ils offrent, dans leur aspect masculin, un sentiment de puissance, de violence même, tandis que la vache s’associe à la Terre et à la Lune.

Le renne court à droite et à gauche, sur un panneau où dominent les herbivores. En revanche, le Cerf est absent. Sur le plan symbolique, ils ont un sens voisin de celui du cheval, mais en outre, leur ramure les rapproche de l’arbre de vie et de là, s’opère un glissement vers l’éternelle jeunesse.

En opposition se placent les carnivores. Ils correspondent au côté masculin de la création, tandis que les herbivores évoquent son pôle féminin et la Terre-ère elle-même. Il faut se tourner vers le Ciel-Père et les grands Ancêtres pour comprendre leur signification.

L’ours a, dans la grotte de Chauvet, une valeur particulièrement puissante. En effet, sur un piédestal formé par un rocher, le crâne d’un ours des cavernes a été, rituellement déposé. L’ours et l’homme se disputent les mêmes habitats. Sa manière de se dresser sur ses pattes de derrière, donnant une certaine impression de bipédie, sa taille, ont pu frapper l’homme. Toujours est-il qu’il a  été l’objet d’un culte, en plusieurs lieux. Dans la grotte de Pech-Merle, une semblable vénération du crâne a été mise en évidence. A une date plus reculée, la grotte du Regourdou a livré, côte à côte, une sépulture humaine et une autre d’ours.

Enfin, il ne faut pas oublier, pour tenter de saisir le symbole, les pratiques subactuelles, de certaines tribus d’Asie qui engraissent un ours avant de le mettre à mort, dans le but d’apporter la prospérité à tous.

Réplique-d'un-felin-des-caverne-Chauvet

Reconstitution d’un lion des cavernes dans la réplique de la Grotte Chauvet. © BONY/SIPA

Le félin des cavernes apparaît comme l’autre volet de mâle fécondant. Sur le plant ostéologique, l’espèce préhistorique parait proche à la fois du tigre et du lion. Les représentations laissent apparaître un animal à la mâchoire massive, oreilles rondes et courtes, sans crinière, d’où le terme « lionne » parfois utilisé pour le désigner.

Comme la plupart des autres animaux, le félin a une relative ambivalence, ce qui accentue son côté lunaire, avec la panthère, tantôt son côté solaire, avec le lion. Il a aussi le rôle d’initiateur, dans le sens de dévoreur et de gardien du temple.

https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/un-sanctuaire-de-lions-des-cavernes-retrouve-dans-l-oural_21930

Enfin, terminons avec le hibou, animal exceptionnel. Des chouettes ornent la grotte des Trois-Frères, mais jusqu’à présent, aucun hibou n’avait été signalé. Lui aussi sert à guider les morts et les candidats dans l’autre monde.

Quels messages retirons-nous de ces images ?

L’originalité de la grotte de Chauvet est d’offrir des animaux rares, comme le hibou, la panthère ou le rhinocéros. Par ailleurs, de grandes fresques montrent les animaux groupés et apparemment aucune structure ordonnée ne semble se dégager, bien que la dualité masculin/féminin règne incontestablement. Les points sont les seuls éléments abstraits de cet ensemble. Comme l’étude n’est pas achevée, nous ne pouvons encore définir une organisation.

Dans doute faut-il se tourner vers d’autres grottes, pour tenter de cerner la clef du mystère des sanctuaires préhistoriques, l’enseignement secret qui se transmettait de générations en générations, avec les aléas de variations du climat et de la faune.

Source : actualité de l’Histoire nov 1995 Myriam Philibert docteur en préhistoire

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