Clefs pour comprendre ce qu’est une église

Qu’est-ce qu’une église, au sens architectural du terme ? La question peut paraître simplette aux yeux des chrétiens qui l’ont fréquentée depuis leur enfance. Elle se justifie beaucoup plus aujourd’hui, à une époque où une grande partie de ceux qui entrent dans une église sont des touristes plus que des fidèles. Ils y découvrent une structure, un mobilier qu’ils ne comprennent plus ou mal. Voilà pourquoi nous avons d’abord voulu expliquer ce que sont ces édifices qui, en Occident, hérissent encore le moindre village, et y jouaient autrefois un rôle primordial, au cœur de sa vie spirituelle, et souvent matérielle. Même s’il semble que les églises soient bâties sur un modèle unique, elles témoignent tout au contraire d’une grande variété de formes, dès que l’on parcourt le monde. Leur fonction varie peu d’un lieu à l’autre ; elle a surtout évolué au cours du temps. Ces clés traversent donc le temps pour expliquer ce que sont les églises catholiques, et quels problèmes elles doivent affronter à travers l’exemple  de l’une des plus visitées, Notre-Dame de Paris. Et comment, en un temps où le christianisme connaît des difficultés, il a encore été possible de construire en France, une « grande » église, à Evry.

L’église, au sens architectural du terme n’est pas apparue le jour où le christianisme fut autorisé. Dès les premiers temps, les chrétiens se sont réunis dans des édifices qui sont très progressivement devenus des églises. Le premier christianisme s’inscrit à la fois dans le judaïsme et dans l’empire romain ; il en assume donc les héritages architecturaux.

L’origine des bâtiments

Les premiers chrétiens fréquentaient les synagogues, et les judéo-chrétiens qui conservèrent les usages juifs, tout en se réclamant du Christ, ont disposé ensuite de leurs propres synagogues, comme, peut-être à  Capharnaüm. Ce sont des édifices privés utilisés temporairement (pièce d’une villa) qui ont accueilli les premières assemblées  ou synaxes. La prédication pouvait s’effectuer  dans les synagogues ou dans des lieux publics, comme le théâtre d’Ephèse, pour Paul, par exemple. Les chrétiens n’ont jamais été continuellement et systématiquement persécutés, de la mort de Jésus, vers 30 à l’Edit de Milan, en 313 ; les Romains ont largement toléré les divers cultes. Si dans certaines zones touchées par une persécution, des chrétiens se réunirent exceptionnellement dans des grottes  ou autres lieux cachés, cela ne pouvait se prolonger, car ils auraient rapidement été repérés. Au IIe siècle, certaines maisons particulières étaient déjà dévolues au culte, et les premières églises apparaissent dès le milieu du IIIe siècle (« maison » chrétienne de Doura Europos, antérieure à 256), se multipliant très vite en certaines zones (Afrique par exemple), ce qui explique que Dioclétien en 303, demande qu’elles soient détruites.

Les modèles

Les premières communautés chrétiennes sont dispersées, et les Actes montrent combien il fut difficile d’y éviter les « déviationnismes ». Dans ce contexte, aucun modèle architectural ne pouvait s’imposer. La seule contrainte importante était de réunir en un seul lieu couvert la communauté (ce dont les temples antiques, interdits au public n’avaient pas à se préoccuper). Un modèle retenu a été celui de la synagogue, ce dont témoignent encore les églises nestoriennes qui auraient conservé cette structure primitive. Au centre de la synagogue sur une tribune, la chaire de Moïse aurait donné dans les premières églises l’ambon, puis les chaires proprement dites ; le banc des anciens de la synagogue serait devenu dans les églises plus tardives le synthronon, des gradins circulaires au milieu desquels siégeait l’évêque sur son trône ou cathèdre. L’abside, une forme circulaire en vogue dans l’Antiquité, souvent à connotation sacrée (niches dans les temples) abritait dans certaines synagogues une arche contenant les rouleaux de la Loi, cachés par un voile devant lequel brûlait un chandelier à sept branches. Les édifices chrétiens possédaient des absides, des tabernacles, des cierges…

Les églises paléochrétiennes

Lorsque les communautés sont devenues  plus importantes, il a fallu recourir à des édifices plus vastes. C’est la basilique civile romaine qui inspira les basiliques paléochrétiennes (IVe-VIe voire VIIe siècles) avec ses longues nefs parallèles soutenues par des colonnes et couvertes d’un toit de bois, ses absides les églises d’Afrique du nord possèdent ainsi souvent deux absides), son décor de marbre, son plafond à caisson… Les églises ont aussi très rapidement adapté au nouveau culte des symboles traditionnels, dans la mesure où ils ne renvoyaient pas directement au paganisme (poisson, agneau, vigne…) Alors que les synagogues étaient orientées vers Jérusalem, les églises, prirent une orientation liée à la lumière ; si l’abside des basiliques constantiniennes était orientée à l’ouest, leur orientation s’est fixée à l’est. Les ouvertures, sources de lumière, manifestaient la présence de l’invisible, et les nombres trouvèrent un sens chrétien (3= la Trinité, 4 = les Evangiles, 12 = les apôtres…)

La diversité des plans

Le plan basilical (rectangulaire) facile à mettre en œuvre, permet de dépasser cent mètres de long, avec une couverture de tuiles sur une charpente simple, supportée par des colonnes, la plupart du temps réemployées. La nef principale peut facilement être flanquée de bas-côtés. Le chœur surélevé, offre une meilleure visibilité et met en valeur ceux qui s’y trouvent et ce qui s’y passe. Les plus anciennes églises de ce type conservées se trouvent en Syrie, à Qirk Bizé ou Qalb Lozé. Ce plan basilical s’est développé, d’abord en ajoutant devant les nefs des vestibules (narthex et exonarthex), puis des bras, le transept qui symboliquement, représente la croix du Christ. La croisée du transept (le point de rencontre des axes) devient alors un lieu privilégié.

Le plan centré (il s’inscrit dans un cercle) demande pour sa construction une technique plus élaborée, et son extension dans l’espace est limitée par la portée de son couvrement, toit ou coupole dont  le diamètre ne peut qu’exceptionnellement dépasser les 30 mètres. Il dérive peut-être du plan des héroons antiques élevés par les cités à la mémoire de leurs héros morts. Conservant cette symbolique, il est utilisé par les chrétiens dans les martyrions (Saint-Sépulcre de Jérusalem ; Saint-Philippe d’Hiérapolis) et les baptistères car, là aussi, il s’agit, avant de renaître, de mourir au vieux monde. Il favorise les pèlerinages car les fidèles peuvent tourner autour des reliques, ce que l’occident interprètera dans les déambulatoires. Le sanctuaire de Saint-Siméon en Syrie était construit autour de la colonne sur laquelle le saint vécu et mourut.

La plupart du temps, les plans se mélangent, et le plan carré a souvent un axe plus long que les autres. Le plan basilical connaît un succès durable en occident, le plan centré, plutôt en Orient. Si les églises des campagnes européennes ont développé, surtout au XIXe siècle, un plan devenu classique, avec leur clocher pointu précédé d’une nef, les églises se signalent parleur extrême diversité. Cela varie en fonction de l’époque de leur construction (la basilique d’Aquilée, très ancienne et l’église de Ronchamps, contemporaine), des matériaux disponibles (les églises en « bois debout » de Norvège, en terre crue d’Egypte, en brique cuite de Grèce, voire gonflables…), de leur fonction et de leur importance (les basiliques de Rome et les chapelles, voire oratoires, dans les châteaux ou les palais).

L’église bénéficiait autrefois d’un droit d’asile qui n’est plus inscrit dans le droit canon depuis 1983. En France, les forces de l’ordre peuvent intervenir, même sans l’accord des autorités religieuses.il n’existe dont pas juridiquement de droit d’asile, même si divers groupes essaient  d’en profiter.

Ce qu’il y a dans une église

L’aménagement des églises a constamment évolué. De loin, c’est le clocher qui, encore aujourd’hui, signale une église, mais il  peut arriver, notamment dans les constructions les plus récentes que ce clocher soit très discret, voire inexistant. L’intérieur peut comporter des bancs ou des sièges pour le confort des fidèles qui devraient autrement rester debout, mais cela n’a rien d’obligatoire. Le prie-Dieu est un type de chaise qui permet de s’agenouiller sans toucher le sol.

Une chapelle souvent proche de l’entrée (à l’origine elle se trouvait à l’extérieur de l’église) comporte les fonts baptismaux qui servent à l’administration du baptême. Ces fonts, à l’origine un bassin de pierre creusé dans le sol, ont souvent la forme d’une vasque. Près de l’entrée, un bénitier contenant de l’eau bénite permet au fidèle qui entre d’y tremper les doigts pour faire le signe de croix.

De part et d’autre des murs de la nef, voire dans le transept ou autour du chœur, des autels parfois abrités dans une chapelle, sont consacrés à divers intercesseurs : Christ, Vierge, saints locaux, saints universels. Les bougies (réelles ou symboliques lorsqu’il s’agit de lampes) achetées par le fidèle permettent de perpétuer sa prière… et d’apporter une contribution à la vie matérielle de l’église. Des troncs accueillent d’ailleurs les aumônes pour l’entretien de l’église ou diverses intentions.

Sur les murs ou aux piliers de la nef sont accrochées des représentations réelles ou symboliques du Chemin de Croix, un itinéraire processionnel de quatorze stations (depuis 1742) qui rappelle l’itinéraire du Christ à Jérusalem lors de sa Passion. Ce Chemin de croix, développé par les Franciscains aux XIVe-XVe siècles, peut être aménagé hors de l’église. Des édicules de bois situés dans les bas-côtés ou chapelles servent à la confession, un sacrement qui permet au chrétien d’obtenir pour ses fautes le pardon de Dieu, grâce à l’intercession d’un prêtre, et à une pénitence. Ces édicules ne sont pas indispensables à l’administration du sacrement.

Dans le chœur se trouve l’autel, à l’origine une table, où est célébré le sacrement de l’eucharistie. Il était obligatoirement sanctifié jusqu’en 1977 par de saines reliques. Alors qu’autrefois, il se trouvait au fond de l’abside, parfois caché parle chœur, il a tendance à être placé le plus en vue possible des fidèles et sa forme varie : souvent l’ancien autel est conservé et un nouvel ajouté. Le tabernacle est une petite armoire où sont conservées les hosties consacrées. Souvent placé sur l’autel dont il peut être solidaire, le tabernacle peut se loger dans un mur. Une petite lampe (veilleuse) signale la présence d’hosties consacrées.

Dans certaines églises, ainsi que dans les monastères où laïcs et moines, peuvent assister aux offices, le chœur est isolé de la nef, et des stalles étaient (sont) réservées aux moines ou aux chanoines. La sacristie constitue une annexe de l’église, permettant de conserver les objets du culte, les ornements sacerdotaux revêtus par le prêtre. L’accompagnement musical dans les petites églises est donné par un harmonium, dans les plus grandes, par des orgues plus ou moins importantes situées près du chœur ou sur une tribune spécialement aménagée.

Restauration et réhabilitation

En écrivant Notre-Dame de Paris en 1831, Victor Hugo lance un cri d’alarme devant l’état de délabrement et d’abandon – qui durant le premier tiers du XIXe siècle n’a cessé d’empirer – de ce patrimoine inestimable. En effet, et malgré plusieurs campagnes de restauration et d’aménagement dirigées par Jean de Chelles et Pierre de Montreuil au XIIe-XIIe siècle, Notre- Dame a considérablement souffert des effets du temps, et aussi de la Révolution désireuse de détruire l’Ancien Régime et ses symboles. Le roman-manifeste de l’écrivain sensibilise l’opinion. Prosper Mérimée, un ami de Victor Hugo, passionné d’Histoire, devient Inspecteur général de la Commission des monuments nationaux, et nomme l’architecte Viollet-le-Duc, pour mener à bien le « nettoyage » de l’édifice.

L’architecte cherche avant tout à restituer le style idéal de la cathédrale du XIIIe siècle, tout en y imprimant sa patte. Il rénove, reconstruit (notamment la flèche détruite et les statues des 28 rois de Juda disparues pendant la Révolution) Il crée également ex-nibile tout un bestiaire fantastique fait de chimères qu’il ajoute aux gargouilles existantes, et il réaménage complètement  les fenêtres du troisième niveau des croisillons, pour accentuer la luminosité à l’intérieur de la cathédrale… dans le même temps, les travaux menés par Haussmann sur l’Ile de la Cité dégagent le parvis, lui rendant sa fonction première : celle d’une place populaire.

Restauration et entretien au XXe siècle de Notre-Dame de Paris

Notre-Dame est soumise quotidiennement à de multiples facteurs d’usures : le temps, bien sûr, et aussi la pluie, la pollution, le vent… l’eau de pluie s’infiltre dans les pierres poreuses. Lorsqu’elle s’évapore, les impuretés (sel, nitrates,) véhiculées par l’eau restent et grignotent la roche. Pour y remédier, on applique sur les pierres fragiles un produit hydrofuge, qui leur permet de respirer tout en repoussant les gouttelettes d’eau. Dans un autre registre, les vapeurs de carbone et de mazout noircissent considérablement la roche calcaire. En outre les déjections des pigeons altèrent l’ensemble des pierres qui y sont exposées. Un système « anti-pigeons », fait de couronnes électrifiées, a d’ailleurs été installé sur les endroits les plus exposés, les statues et les gargouilles notamment. Enfin, les intempéries peuvent se révéler dévastatrices : ainsi, la tempête de décembre 1999 a sérieusement endommagé ou projeté au sol un grand nombre de pinacles.

La cathédrale peut être également la victime de comportements irresponsables, lorsque certains « alpinistes » en mal de sommets la transforme en site de varappe. Elle est aussi exposée à la malveillance : si en 1968, l’agression s’est limitée au jet de bouteilles d’encre, en revanche, en 1998, une sculpture du Portail Sainte-Anne a été brisée par des vandales. Dans ce cas précis, la statue endommagée n’a pas été remplacée, mais réparée soigneusement par des professionnels. Globalement, Notre-Dame, située en plein centre de Paris et presque constamment éclairée et surveillée, ne souffre pas trop de dégradations volontaires. Autant de raison qui expliquent pourquoi la cathédrale est en perpétuels travaux.

A la fin des années 80, une grande campagne de restauration dirigée par Bernard Fonquernie, l’architecte en charge de l’édifice (jusqu’à cette année) a été  lancée. Les travaux sont longs – en raison des délais nécessaire pour passer les marchés- et menés par intermittence – en fonction des crédits alloués par l’Etat (environ 1 million d’euros/an). Aujourd’hui, la réfection de l’ensemble du massif et de la tour ouest est achevée, ainsi que celle du parvis. Mais il est impossible de dire aujourd’hui (en 2003) combien d’années de travaux seront encore nécessaires, et même s’ils cesseront véritablement un jour.

Le choix des pierres

Si la structure générale est en assez bin état, elle souffre malgré tout d’un vieillissement inévitable de la roche. Le changement de pierre a posé à l’architecte Bernard Fonquernie un souci d’authenticité (notamment à cause de la couleur « discordante » des nouvelles pierres), qui l’a poussé à éviter, tant qu’il était possible de le faire, tout remplacement. D’abord parce qu’il est possible aujourd’hui de « traiter » la roche calcaire en y injectant un produit qui, par réaction chimique, la consolide et la protège. Ensuite parce que le changement n’est pas toujours judicieux ou bénéfique. Ainsi, certains éléments mis en œuvre par Viollet-le-Duc (arcature, chimères…) et devenus trop fragile ont dû être remplacés après moins d’un siècle de vie.

C’est pourquoi le choix de nouvelles pierres, quand il s’impose, est primordial. Elles doivent absolument être compatibles avec les anciennes, c’est-à-dire présenter le même taux de porosité, ainsi que des caractéristiques physiques et mécaniques similaires. Les pierres mises en œuvre lors de l’édification de Notre-Dame – du calcaire lutécien – provenaient de carrières aujourd’hui disparues sous la ville. De nos jours, les pierres proviennent de deux carrières différentes, hors de Paris.

Aujourd’hui… et demain

A chaque action son contexte, et aujourd’hui, les aménagements décidés par Viollet-le-Duc ne seraient ni acceptables, ni acceptés. Les architectes se limitent désormais à la restauration et à l’entretien, mais ne font plus œuvre de création comme leur prédécesseur. Notre-Dame, monument le plus visité de la capitale –devant la Tour Eiffel -, n’est ainsi plus laissée à l’abandon. Le parvis rénové accueil, comme au Moyen-âge, un grand nombre de spectacles et de passants. Des concerts, à caractère religieux, sont organisés à l’intérieur même de la cathédrale, participant ainsi à son rayonnement culturel et spirituel. Pour les fêtes de l’an 2000, certains avaient même envisagé de coiffer les deux tours comme Viollet-le-Duc l’avait souhaité en son temps. mais le projet, trop onéreux, fut finalement abandonné.

Cet article a été rédigé par Daniel Elouard et Benoît Brigardis in Notre Histoire n° 212 année 2003

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une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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