Dans les pas de Jean Jacques Rousseau

Profonds sont les liens entre Rousseau, l’illustre philosophe des lumières, dont on a célébré le tricentenaire de la naissance en 2012, et la Savoie.

S’engager dans les pas de Jean-Jacques Rousseau n’a rien d’une sinécure.

« J’aime à marcher à mon aise, et m’arrêter quand il me plaît. La vie ambulante est celle qu’il me faut », disait-il. De fait, son existence fut des plus vagabondes, partagée entre la Suisse, la France, l’Angleterre. Et la Savoie donc, où il séjourna, avec de plus ou moins longues interruptions, entre 1728 et 1742. Ces années, abondamment évoquées dans ses

Confessions, furent celles de sa formation intellectuelle – Rousseau, en effet, ne commença réellement à écrire qu’à l’âge de 40 ans passés.

Né à Genève, 40, Grande-Rue, le 28 juin 1712, le jeune Jean-Jacques eut une enfance solitaire1. À dix ans, il est placé en pension, à Bossey 2, chez le pasteur Lambercier, alors en territoire genevois. Il y passe deux années heureuses, avant de retourner à Genève. En 1728, après un apprentissage qui finit mal chez un maître-graveur, il s’enfuit en Savoie et trouve refuge chez l’Abbé de Pont-verre, curé de Confignon. Lequel l’invite à se rendre à Annecy auprès de Louise Éléonore de La Tour de Pil, qui avait épousé, puis quitté, Sébastien de Loys, seigneur de Vuarrens 3, et chargée de convertir au catholicisme les huguenots genevois. Native de Vevey, cette « bonne dame bien charitable » a elle-même récemment abandonné la religion de Calvin. Rousseau accepte, moins par réel désir de conversion que par esprit d’aventure… la rencontre décisive avec celle qui va devenir sa bienfaitrice, et son premier amour, a lieu le 21 mars, jour des Rameaux, près du jardin situé à côté de la chapelle du couvent des Cordeliers4 :  « Que ne puis-je entourer d’un balustre d’or cette heureuse place ». Ce sera chose faite en 1928, pour le bicentenaire de cette rencontre : l’endroit sera immortalisé par la pose d’un balustre en fer forgé doré autour d’une fontaine surmontée du buste de Rousseau 5.J-J-Rousseau

Après un bref séjour à Turin, il étudie au Séminaire d’Annecy, d’où il est renvoyé peu après.

Durant son séjour dans « la petit Venise savoyarde », le jeune Rousseau s’initie également à la musique à la Maison de la Maîtrise (située au 13 de la rue J.-J. Rousseau actuelle).

En juillet 1730 il fait une incursion à Thônes. Au manoir de La Tour, à Glapigny, eut lieu la scène fameuse – que Rousseau décrira dans L’Idylle des Cerises -, avec Claudine Galley 6, dont les parents habitaient l’hôtel Galley de St-Pierre, 3, rue Perriére, à Annecy.

En 1732, après un passage infructueux par la Suisse, Paris et Lyon, Jean-Jacques, désargenté, retrouve Mme de Warens, désormais établie à Chambéry, dans l’hôtel du comte de St-Laurent, au 13 C, rue de Boigne. Il travaille un temps à la Mappe Sarde 7, alors située dans le château des Ducs – il était chargé de dessiner les arbres -, tout en donnant des cours de musique à des jeunes filles de la bonne société : « S’il est une petite ville au monde où l’on goûte la douceur de la vie dans un commence agréable, c’est Chambéry ». Il s’initie également à l’herborisation, qui sera une grande passion de sa vie. En août 1733, connaissant des ennuis de santé il se retrouve à Cluses, chez les Pères Cordeliers, pour y suivre une « cure de lait » (méthode de soins médicaux alors en vogue).

J-J-RousseauEn 1736, Rousseau et Mme de Warens partent s’installer aux Charmettes, dans une « maison isolée au penchant d’un vallon » aux portes de Chambéry : « Ici commence le court bonheur de ma vie, ici viennent les paisibles moments qui m’ont donné le droit de dire que j’ai vécu » Certes, ces années seront discontinues (séjours à Montpellier et à Lyon), et marquées par sa rupture avec Mme de Warens, qui l’a remplacé dans son cœur. Le fait n’en demeure pas moins : c’est au Charmettes que, véritablement, Jean-Jacques va devenir Rousseau. Se consacrant à la lecture et à l’étude, il achève, toujours en autodidacte, sa formation intellectuelle. Ainsi se constitue son « magasin d’idées », qui alimentera son œuvre philosophique à venir. Il commence aussi à écrire (Le verger de Mme Warren, 1738) et à composer de la musique, qu’il fait jouer en ville.

En 1742, Rousseau quitte Chambéry pour Paris –il y reviendra à quelques reprises. Commence un autre chapitre de sa vie amoureuse.

1 Sa mère mourra 4 jours après sa naissance : « mon premier malheur ».

2Il figure, lisant un livre, sur un vitrail de l’église.

3 Elle se faisait appeler baronne de Warens (1700-1762)

4Après agrandissement et embellissement, elle deviendra la cathédrale St-Pierre en 1771.

5 Dans la cour du 10, rue J.-J. Rousseau.

6 Et Mlle de Graffenried, sa demoiselle de compagnie.

7 Cadastre commandé par le roi Victor-Amédée II

 

En 1905, Les Charmettes sont achetées par la Ville de Chambéry et classées monuments historiques.

Une rue à Annecy, Bonneville, Gaillard, Aix, La Motte-Serv., Cognin, La Ravoire, aux Echelles, à Oyonnas, une rue et un circuit pédestre à à Thônes, une rue et un rond-point à Chambéry, la Médiathèque de Chambéry, un collège à Thonon et à St-Julien, un gymnase à Cluses, une place à Annemasse… portent le nom de Rousseau. Et avez-vous remarqué sa silhouette sur le panneau situé à l’entrée Nord de Chambéry?

Un lecteur de Chavoires (Veyrier-du-lac) se souvient que son grand-père lui racontait que Rousseau avait résidé dans une maison située à la Combe Noire, appelée ensuite « Vallon J.-J. Rousseau ».  Ses ruines et un tour circulaire ont subsisté  jusque dans les années 1990.

 

Sources l’Almanach savoyard 2012

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