David et le néoclassicisme 

Malgré un prix de Rome obtenu en 1774 et illustrant un thème de l’Antiquité classique, Érasistrate découvrant la cause de la maladie d’Antiochus, Louis David (Paris 1748 Bruxelles 1825) ne se sentait nullement attiré par cette époque sur le plan artistique : «L’Antiquité ne me séduit pas, elle manque de brio et ne m’émeut pas », dira-t-il. De fait, à cette époque, David admirait surtout Cortège.

Les premières œuvres de David sont surtout marquées par l’influence conjointe du Rococo et du Baroque et traduisent la recherche d’un style personnel. David n’est pas seulement le représentant par excellence du style néoclassique, et le réduire à cette seule définition serait méconnaître son œuvre. Le romantisme de son Portrait équestre de Bonaparte au mont Saint-Bernard (1800, versions à Rueil-Malmaison, Versailles et Berlin, Charlottenburg)  apporte en effet un démenti formel à cette vision étroite du langage artistique du peintre. Cependant, cette restriction s’explique sans doute en partie par le fait que David doit sa notoriété à l’exécution d’une œuvre, considérée comme le véritable manifeste du nouveau style :

Le Serment des Horaces (1784).David-le-Serment-des-Horaces

Si l’on peut apprécier dans son œuvre des influences assez lointaines, produit de son admiration pour certains grands peintres du passé comme Raphaël et Poussin, ou encore Caravage, c’est en revanche chez ses contemporains Boucher, Greuze, et en particulier chez son maître Vien, qu’il convient de chercher une source d’inspiration plus directe.

L’empreinte du premier de ces artistes transparaît dans les visages féminins d’œuvres telles que le Combat de Minerve contre Mars (1771), qui lui vaudra le deuxième prix du concours de Rome, ou La Mort de Sénèque (1773). On y retrouve les mêmes caractéristiques de beauté facile, juvénile, douce et inexpressive propres à l’œuvre de Boucher. De ce dernier, il conserve également, dans Les Funérailles de Patrocle (1779), le rythme tourbillonnant et les figures volantes, toile encore empreinte d’une agitation confuse. David superpose son goût pour les compositions chatoyantes et pittoresques sur une œuvre de conception historique.David-portrait-de-l-artiste

L’influence de Greuze (1725-1805) se manifeste dans le décor dépouillé et l’énergie des portraits du jeune David. Les tableaux vivants exécutés par Greuze trouvent leur continuité esthétique dans nombre de réalisations de David, même dans sa période de Classicisme sévère. Pourtant, tout en l’épurant, David prolonge son style, tout comme celui de Vien. Pour surprenante qu’elle puisse paraître de prime abord, cette assertion devient beaucoup plus évidente si l’on se réfère successivement à la scène romaine de Brutus (David), puis à celle figurant de supposés paysans du XVIIIe siècle (Greuze). On comprend mieux, dès lors, pourquoi Greuze fut tant décrié. Tout cela donne à réfléchir sur les critères d’analyse observés par les experts dans leur approche des œuvres d’art et de leurs créateurs.

Il faut d’ailleurs se souvenir que Greuze est l’un des rares artistes qui, dès 1769, était parvenu, dans une œuvre comme L’empereur Septime Sévère reproche à Caracalla, son fils, d’avoir voulu l’assassiner, à cette synthèse tant recherchée entre peinture morale et historique précisément à la base des recherches plastiques de David dans sa première période. La critique, depuis cette époque jusqu’à nos jours, n’a fait que corroborer les critères de l’Académie. La composition déploie en effet toute la mise en scène et le langage tant appréciés à l’époque ; toutefois, le tableau possède également une sévérité et une virtuosité descriptive dans le rendu des détails historiques qui constituent quelques-unes des caractéristiques majeures de l’œuvre de David (les tentures recouvrant partiellement le mur du fond, présent dans nombre de ses peintures, ou le bras étendu de Septime Sévère dans Brutus, Le Serment des Horaces, La Mort de Socrate ou Bélisaire…). Si R. Rosenblum évoque l’étude minutieuse de Greuze de la statuaire hellénique, A. Brookner souligne son inégalable contribution au Néoclassicisme, et déclare que David « fut intéressé par les têtes peintes par Greuze et par la décoration à la manière de frises de certaines des œuvres exécutées par ce dernier dans les années 1770 ».David-La-Mort-de-Seneque

Les figures féminines qui, dans les premières œuvres de David subissent l’influence de Boucher s’inspirent, à partir des années 1780 de Greuze. L’expression profondément théâtrale d’Andromaque, dont les yeux se tournent vers le ciel, devant le cadavre de son époux, de même que l’attitude de son fils traduisent une douleur exacerbée, expression comparable à La Prière du matin de David. Si Andromaque cède à la douleur, elle n’y succombe pas. David préfère la clarté narrative qui exalte la vertu et l’héroïsme.

L’œuvre de Joseph-Marie Vien (1716-1809), maître de David et initiateur du style pompéien, se caractérise  surtout par une certaine frivolité comme en témoigne La Marchande d’amours  qui s’inspire de « Le antichità di Ercolano » publication agrémentée d’une série de gravure reproduisant les découvertes d’Herculanum. Dans cette toile, seul le style est classique, contrairement à l’esprit d’ensemble qui reste attaché au Rococo.

Peintre de moindre envergure que Greuze, Bien s’avéra en revanche un théoricien de grande qualité ayant incontestablement exercé une notable influence sur les courants néoclassiques et la jeune génération d’artistes de son époque.

L’homme et son œuvre

Après plusieurs tentatives infructueuses qui ne lui valurent que de secondes places, David obtint enfin le grand prix de Rome de l’Académie en 1774 pour son tableau Érasistrate découvrant la cause de la maladie d’Antiochus inspiré des Vies parallèles de Plutarque, auteur très lu à cette époque. Cette œuvre qui relate la passion amoureuse d’Antiochos ler Soter pour Stratonice, épouse de son père, reflète encore des influences rococo et des réminiscences baroques dénuées de tension dramatique dans les formes.

David partit pour Rome en 1775 en compagnie de Joseph-Marie Vien qui venait d’être nommé directeur de l’Académie de France à Rome. Il y séjourna cinq ans durant lesquels, malgré ses a priori déjà évoqués, il découvrit avec ravissement – sans doute exalté par la ferveur contagieuse ambiante à l’égard des nouveaux courants artistiques — l’Antiquité et Raphaël qui allaient constituer les deux piliers de son art.David-Erasistrate-decouvrant-la-cause-de-la-maladie-d-Antiochus

A son retour à Paris en 1780, David, qui haïssait l’Académie (il échoua trois fois au prix de Rome avant de l’obtenir en 1774avec son tableau Érasistrate découvrant la cause de la maladie d’Antiochus), fut malgré tout contraint de se soumettre à sa loi. Depuis 1776 en effet, l’Académie, soucieuse d’épouser les grandes lignes de l’État, avait interdit l’organisation de toute exposition en dehors de l’espace du salon du Louvre, réservé à ses membres.

En 1781, le tableau intitulé Bélisaire reconnu par un soldat marque l’ouverture officielle de l’institution. Dans cette œuvre, David fait du drame un événement actuel, comme le faisait Raphaël. Tel un bas-relief, les figures, réduites au minimum, sont disposées de profil.

Au premier plan elles occupent majestueusement l’espace, le spectateur ne peut les éviter d’autant qu’elles sont clairement définies par une lumière dense et des ombres profondes. La force de l’œuvre est accentuée par l’architecture dont les bas de colonnes prolongent l’espace extérieur au tableau.

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