David Le Serment des Horaces

David Le Serment des Horaces

La recherche d’une expression néoclassique composée de thèmes antiques qui, sous l’impulsion de Mengs et surtout de Winckelmann, se répandait alors à travers toute l’Europe, s’était notamment traduite, avec un bonheur inégal, dans des œuvres de Gavin Hamilton, Pompeo Batoni, Angelica Kauffmann et Joseph-Marie Vien. Aucun de ces peintres ne parvint cependant à accomplir cette synthèse harmonieuse entre le fond et la forme qui caractérise les réalisations de David. Elle correspond aux aspirations, encore insatisfaites, des cercles artistiques et intellectuels de Rome et de Paris. La pompe et l’emphase théâtrale de cette époque auxquelles s’étaient complaisamment abandonnés tant d’artistes s’épuraient enfin dans l’art de David, comme si, après un processus de distillation, devait surgir la plus pure et la plus noble des essences.

Le Serment des Horaces allait consacrer définitivement la notoriété de David et être le premier chef-d’œuvre néoclassique européen. Le peintre s’inspira directement de l’Horace de Corneille et des Décades de Tite-Live, qui met en scène le serment prêté devant leur père par les trois frères Horace de lutter jusqu’à la mort contre les trois frères Curiace. A droite de la scène, les sœurs, une femme et deux enfants viennent compléter l’ensemble.

Une fois arrêté le choix de son sujet, David décida de l’exécuter dans l’atmosphère inspiratrice de Rome avec l’aide d’une pléiade d’élèves et d’assistants. La toile, exposée  pour la première fois dans le cadre de son atelier romain en 1785, fut unanimement acclamée, notamment par l’Eglise et la noblesse. De retour à Paris, ce succès retentissant se confirma lors de l’exposition du tableau au Salon de la même année.

Considérée par certains comme un manifeste, voire comme un véritable appel aux armes, cette œuvre eut un impact et une résonance tout autant formels que politiques.

David-le-Serment-des-HoracesClarté et sobriété caractérisent cette composition au style épuré. Tel un bas-relief, la perspective linéaire enferme les figures. Déjà présente dans d’autres œuvres de l’artiste, la « précision du trait, cette particularité des anciens », s’exprime ici avec plus de vigueur et d’acuité. Comme chez Greuze et Hogarth, l’espace théâtral se trouve souligné par une lumière caravagesque provenant de la partie gauche du tableau. La puissance plastique des figures masculines, aux muscles tendus, prêtant serment autour des épées (rituel hérité du Moyen Age et non de l’Antiquité romaine), montre que l’artiste a assimilé ce qu’il a appris à Rome. Ces nus académiques contrastent avec l’expression de tristesse du groupe de femmes aux visages finement ciselés. L’ardeur patriotique des hommes s’oppose au tendre accablement des femmes.

Dans un souci d’accentuer le caractère dramatique de la scène, David a préféré s’abandonner à une certaine extériorisation de sentiment, à la manière greuzienne. Enfin, par sa « crédibilité » résultant de cette composante réaliste, ce tableau constitue un apport novateur supplémentaire au Néoclassicisme (voir le Parnasse de Mengs et la Marchande d’amours de Vien).

Dans le Serment des Horaces, les intentions politiques du peintre restent assez floues. Bien que certaines informations permettent d’éclaircir quelque peu cette question, il demeure hasardeux d’établir des conclusions définitives. On peut cependant constater que, jusqu’à une époque récente, un certain nombre d’interrogations, apparues du vivant du peintre, ont persisté. A partir des vingt dernières années du XVIIIe siècle, toutes les créations, manifestations artistiques ou faits marquants faisaient, en France, l’objet d’une lecture politique. C’est ainsi que cette œuvre a suscité de nombreuses interprétations à connotations sociopolitiques. Cette situation s’est trouvée en quelque sorte soulignée par les paroles écrites en 1790 à l’occasion de la commande du Serment du jeu de paume : « Pour immortaliser nos idées, nous avons choisi le peintre de « Brutus » et des « Horace », le patriote français dont le génie a anticipé la Révolution.

Gagné à la cause révolutionnaire, David mit un terme à son indifférence et à sa passivité pour s’impliquer davantage dans le processus historique en cours. Cependant, aucun document ne vient étayer la thèse selon laquelle David aurait eu une activité politique ou soutenu des opinions républicaines avant 1789.

Si, dès 1790, il chercha à diffuser à travers son art le message révolutionnaire, ce n’est que deux ans plus tard, avec son élection à la Convention, qu’il participera directement à la vie politique jusqu’à la réaction thermidorienne de 1794, année de son arrestation et de son incarcération.

Depuis que des érudits ont eu accès à des documents et à des fragments de la correspondance de l’artiste, ces faits semblent établis de manière irréfutable. Dans une lettre datée du 14 juin

1789 et adressée à son élève Jean-Baptiste Wicar à peine arrivé à Florence, David, qui travaillait alors à son Brutus, exprime toute son admiration pour cette ville où il espère se rendre prochainement ainsi qu’à Rome. Plus loin, il parle de Brutus sans évoquer la moindre interprétation politique de l’œuvre. Cette lettre fut envoyée un mois seulement avant la prise de la Bastille, alors même que les représentants des Etats généraux s’érigeaient en Assemblée constituante ; il ne faut pas cependant oublier que plus de quatre ans s’étaient écoulés depuis la réalisation des Horaces.

Par la suite, impressionné par la personnalité charismatique de Napoléon en qui il voyait l’homme capable de consolider les acquis de la Révolution, David devint un fervent partisan de l’empereur. L’Empire fit à nouveau de lui un peintre officiel. Il semble par conséquent qu’il se soit posé peu de questions relatives à l’opportunisme ou à l’idéologie ambiguë de Napoléon.

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une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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