Dionysos, dieu de la fertilité

Dans la pensée de Nietzsche, Dionysos, dieu de l’enthousiasme, s’oppose et compose avec Apollon, dieu du rationalisme ; grâce à cette synthèse, l’esprit grec crée la tragédie, et dépasse ainsi l’opposition pessimisme / positivisme. Mais ce dieu ambigu de l’antiquité hellénique, avant de devenir le patron de la vigne et s’assimiler au Bacchus romain, possède une personnalité chthonienne complexe, proche des divinités archaïques de la nature. Des rites agraires sont pratiqués à travers le temps et l’espace, jusqu’aux traditions populaires contemporaines. C’est à ce titre que nous proposons ici une analyse succincte des mythes et du culte qui lui sont attachés.

DionysosConçu des amours illégitimes de Zeus et de Sémélé, une mortelle, Dionysos ne termine pas sa gestation dans le ventre de sa mère, foudroyée par une théophanie – apparition de Zeus en gloire –fomentée par Héra, son épouse jalouse de cette nouvelle infidélité. Pour sauver l’embryon, Zeus l’arrache du ventre de sa mère et le porte jusqu’à terme cousu dans sa cuisse, d’où l’expression « né de la cuisse de Jupiter ».

D’après la tradition orphique, Dionysos est le fils de Zeus et de Perséphone. Héra, jalouse, livre l’enfant aux Titans qui déchirent son corps et le mangent. Il est ressuscité, ou naît une seconde fois (comme son nom l’indique), car son cœur arraché, recueilli par Athéna, féconde à nouveau Sémélé. Zeus foudroie les Titans pour les punir de leur crime et c’est de leurs cendres que sont nés les hommes : ils comportent dans leurs corps une parcelle de bestialité héritée des Titans, et, une parcelle de divin héritée de Dionysos, au corps duquel ils avaient communié.

Durant les trois mois d’hiver, quand Apollon quittait Delphes pour le pays des Hyperboréens, ceux qui habitent l’extrême Nord, où il expiait ses crimes, Dionysos occupait le sanctuaire. Le dithyrambe résonnait alors sur les pentes du Parnasse et les femmes, au début de décembre, abandonnaient les gynécées et les devoirs domestiques pour participer en tumultueux cortèges  aux orgia « rites » extatiques. Elles tenaient dans une main une torche allumée et, dans l’autre, un bâton garni à son extrémité d’une pomme de pin, couvert de feuilles de vigne et de branches de lierre ; elles couraient et dansaient dans l’obscurité et, lors de cette course frénétique, elles avaient accès à l’extase. Elles consommaient alors crus lièvres et autres animaux qu’elles attrapaient dans les maquis du Parnasse pour s’incorporer le dieu, croyant que Dionysos s’était incarné en eux. Ces cérémonies étaient communes en Macédoine, en Thrace et en d’autres endroits de la Grèce proprement dite. Plusieurs mythes associés à ce culte rappellent le sort tragiques de ceux et celles qui feignaient d’ignorer l’appel du dieu, appel venu du plus profond de soi-même.

DDionysos-bacchanales-PoussinMais cette « libération » extatique des femmes, qui compensait peut-être la place mineure qui leur était accordée dans la société antique, n’est pas la seule caractéristique du culte de Dionysos.

Il était considéré, avant tout, comme un dieu civilisateur, bienfaiteur des hommes ; c’est lui, en effet, qui leur a enseigné, entre autres techniques de labour l’utilisation de la charrue attelée à des bœufs, le pressage des olives et, bien évidemment, la viticulture, propagée en même temps que son culte et la production de vin, extrait divin, libérateur des âmes et des corps.

Dieu des fruits et du renouveau saisonnier, Dionysos est le seigneur de l’arbre, le génie de la sève et des jeunes pousses, celui qui répand la joie à profusion. Il est le maître de la fécondité animale et humaine et la procession du Phallus occupe une place importante dans son culte (cf. le «Dévoilement du phallus » dans la maison des Mystères à Pompéi).

Lions, panthères, boucs, chèvres, lièvres, dauphins, sont les animaux proches de Dionysos ainsi que l’âne. Des amours de Dionysos avec Aphrodite naquit Priape, divinité de la Fécondité, porteur d’un membre viril en érection constante, gardien des vignobles, accompagné lui aussi d’un âne. Par la suite, il épouse Ariane (l’héroïne abandonnée par Thésée qu’elle avait pourtant aidé à sortir du labyrinthe), héritière des attributs d’une divinité crétoise de la végétation et plus particulièrement des arbres La représentation du couple symbolisait l’union du dieu et de l’initié aux mystères.

Pour avoir entrepris comme Orphée la descente aux enfers afin de libérer sa mère et de l’introduire parmi les immortels, Dionysos était considéré comme un conducteur d’âmes, un initiateur aux mystères de la vie et de la mort, car, selon un hymne de l’Antiquité, « toute production terrestre a son ultime source dans les profondeurs infernales ».

Dionysos conciliateur joue le rôle de médiateur dans les conflits opposant dieux féminins, majoritairement lunaires et terrestres et dieux masculins majoritairement solaires ; c’est son identification à une divinité très archaïque de la Nature qui explique cette position particulière : dans l’aridité du climat méditerranéen il est impératif de se concilier les effets du soleil, qui peuvent se révéler désastreux pour la terre porteuse de végétation et de cultures.

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