Grand appartement de la Reine Versailles


Plafond du Grand appartement de la Reine –détail d’un médaillon par François Boucher : la Charité

Le Grand Appartement de la Reine rouvre au printemps après plusieurs années de travaux. Marbres, ors et cristaux brillent de tous leurs feux, ravivés par une restauration ponctuée de découvertes.

Nous avons été privés pendant plus de trois ans de l’appartement de la Reine, l’une des parties les plus spectaculaires et populaires de la visite du Château. La redécouverte sera d’autant plus agréable que, à l’occasion de l’énorme chantier de mise en sécurité et de traitement climatique, un certain nombre de restaurations importantes ont pu être effectuées.

Pour l’une des pièces de l’appartement, il s’agissait même d’un chantier à part entière, mené à bien grâce au mécenat de la Société des Amis de Versailles et des Amercan Friends of Versailles : La salle des Gardes de la Reine, l’un des plus beaux témoignages de l’état Louis XIV du Palais, a retrouvé l’éclat de ses marbres en même temps que la splendeur du plafond de Noël Coypel. Celui-ci, réalisé à l’origine pour le salon de Jupiter dans le Grand Appartement du Roi, à l’emplacement actuel salon de la Guerre, a été longtemps sous-estimé en raison du piètre état de conservation de la partie centrale. En mettant au jour une couche originale largement dissimulée par les repeints, en lui rendant sa profondeur et la brillance de ses couleurs, la restauration a rétabli le dialogue entre cette apothéose du roi des dieux et les scènes occupant les lunettes qui l’entourent.  Celles-ci, consacrées à des grands hommes de l’Antiquité qui se sont particulièrement illustrés par leur engagement en faveur du peuple et des plus démunis, ne sont pas seulement des chefs-d’œuvre de la peinture classique, avec leur ordonnance parfaite et leur rhétorique, efficacement servie par le jeu de la lumière et du coloris. Elles méritent que le visiteur s’y attardent pour méditer sur la manière dont la monarchie absolue reprenait à son compte l’idéal démocratique de la Grèce et affichait parmi ses priorités le bien-être de son peuple. Ainsi, Louis le Grand rendait-il hommage à Alexandre Sévère faisant distribuer du blé au peuple de Rome dans un temps de disette ou à Ptolémée Philadelphe rendant la liberté aux juifs. L’ensemble éblouissant qu’offre aujourd’hui cet espace, dans sa somptueuse nudité de salle des gardes restée pour l’essentiel inchangée jusqu’à la Révolution, est aussi un superbe exemple de la manière dont le Château sédimente ses époques successives. Le décor sculpté sous Louis XVIII avec, notamment, les colliers de l’ordre du Saint-Esprit en partie haute.

Plafond du Grand Appartement de la Reine, vue d’ensemble

L’autre pièce où l’on voit s’enchevêtrer les strates de l’histoire est naturellement la chambre de la Reine. Présentée toujours dans son « état Marie-Antoinette », elle est surplombée par ce vertigineux décor rocaille dont on sait qu’il a été créé pour Marie Leszczynska, entre 1729 et 1735, en reprentant la structure de l’époque de Marie-Thérèse. Mais la retauration, qui a été effectuée en quelques mois à l’issue du chantier technique, a apporté son lot de surprises. D’une part le décor de trompe-l’œil, dissimulé comme souvent sous d’épais repeints, a retrouvé toute sa subtilité, ses effets d’ombres, son délicat gris-bleu sur lequel se déploie l’illusion de ses reliefs dorés, rinceaux, croisillons, chiffre de la Reine et autres motifs. D’autre part, la modénature des compartiments de la voûte, que l’on croyait être une partie conservée du plafond Louis XIV, s’est avérée en carton-pierre, comme le reste du décor rocaille : le plafond avait donc été refait entièrement, ce qui signifie que Robert de Cotte et les Gabriel, en réalisant ce décor ultramoderne, y avaient repris tout naturellement des éléments caractéristiques du siècle précédent, avec ses fortes bordures qui compartimentent le plafond en rappelant les quadri riportati1 à l’italienne. Voici donc un nouvel exemple de la persistance des codes du XVIIe siècle dans le décor de l’époque de Louis XV.

Quant aux panneaux de boiserie, qui présentaient un état de conservation médiocre et avaient beaucoup souffert de l’intensité des flux de visiteurs dans cette partie du Château, ils ont fait l’objet d’une réintégration de la dorure et d’un rechampissage rétablissant un ton blanc-gris plus conforme à la réalité historique que les multiples couches posées au fil du XXe siècle qui tiraient vers le jaune.

Pendule dite « aux Sultanes », par Urbain Jarossay (horloger) et François Rémond (bronzier) 1781

C’est donc bien une nouvelle chambre de la Reine que le public va redécouvrir, avec ses œuvres d’art restaurées également pendant la période de travaux, comme les extraordinaires portraits en tapisserie de Cozette ou les grisailles de Boucher appartenant au décor du plafond. Parmi les spectaculaires restaurations liées à cet appartement, cintons enfin la sublime pendule aux sultanes du comte d’Artois, présentée dans le salon des Nobles et flanquée des irrésistibles candélabres aux autruches. Ces bronzes dorés véritablement ressuscités pourront exercer toute leur magie devant la tenture de damas vert pomme, retissée pour l’occasion.

En attendant le prochain grand projet de remeublement, celui des appartements du Dauphin et de la Dauphine, qui comprendra un grand nombre de nouveautés et d’améliorations majeures, la réouverture du Grand Appartement de la Reine ressemble davantage à des retrouvailles, mais les plus familiers du château seront eux-même étonnés de sa splendeur.

1 « Tableaux rapportés », c’est-à-dire que les scènes peintes, encadrées en trompe-l’œil, sont traitées au plafond comme des tableaux de chevalet

Source : Laurent Salomé, Directeur du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon  in Les Carnets de Versailles n° 15 avril-septembre 2019

Un grand chantier pour protéger le Château : La réouverture du Grand Appartement de la Reine, de l’appartement de Madame de Maintenon et de celui de la Dauphine, marque l’aboutissement de l’opération de modernisation et de mise en sécurité de la partie sud du Château. Ces travaux d’envergure visaient à prendre les dispositions indispensables pour préserver le public et les collections d’un risque d’incendie : mise aux normes des réseaux d’électricité, installation d’une détection incendie et de recoupements coupe-feu, création de locaux techniques, balisage de l’évacuation, mais également déploiement d’équipements de sûreté (vidéosurveillance et contrôle des accès) et modernisation du traitement climatique. En effet, les importantes variations de température et du taux d’humidité des pièces portaient préjudice aux œuvres. Le nouveau système de traitement d’air atténue efficacement ces écarts en réagissant suivant les conditions climatiques et la fréquentation des lieux. Le tout avec la plus grande discrétion, derrière les murs, sous les parquets.

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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