guide de Paris, l’époque classique

L’époque classique

Le règne d’Henri IV fut novateur car il marqua l’avènement d’un urbanisme à grande échelle, même si le XVIe  siècle avait connu des expériences disséminées et limitées, indicatrices d’un changement des mentalités. François Miron, lieutenant civil chargé de l’administration de Paris (1596-1609), cumula un temps cette fonction avec celle de prévôt des marchands, et sut se faire apprécier de la population : « Point avare, point corrompu, aimant le peuple et aimé de celui-ci », dit-on de lui après son décès. Le Grand Voyer de France, créé en 1599, tint une place importante en raison de la personnalité du titulaire de cette charge, Sully, qui y ajouta, en 1604, celle de voyer de Paris. Et cette période fit singulièrement progresser la notion d’intérêt collectif, en particulier dans le domaine des expropriations : ainsi, lors de l’ouverture de la rue Dauphine en 1606, Henri IV menaça les Augustins d’utiliser le canon contre eux s’ils ne cédaient pas une partie de leur terrain ; mais pour aménager l’île Saint-Louis, il fallut négocier un quart de siècle avec les chanoines du chapitre cathédral pour obtenir les espaces indispensables.

Dans le premier tiers du siècle s’affirmèrent des vues d’ensemble et des positions cohérentes en matière d’urbanisme : amélioration de la circulation entre les deux rives avec l’achèvement du pont-Neuf, la concession de la construction du pont-Marie (1614) et du pont de la Tournelle (1620), destinés à rompre l’isolement de l’île Notre-Dame et de permettre son urbanisation, l’édification du Pont-au-Double (1626)pour améliorer l’accès à la partie orientale de la Cité ; enfin, à l’initiative du financier Le Barbier, la construction d’un pont de bois (vers 1635) qui, lors de sa reconstruction en pierre, s’appellera Pont-Royal (1684)

pont-neuf

Le Pont-neuf

Le Pont-Neuf est dans la ville ce que le cœur est dans le corps humain, le centre du mouvement & de la circulation. Le flux & le reflux des habitants & des étrangers frappent tellement ce passage, que, pour rencontrer les personnes qu’on cherche, il suffit de s’y promener une heure chaque jour.

Les mouchards se plantent-là ; & quand, au bout de quelques jours, ils ne voient pas leur homme, ils affirment positivement qu’il est hors de Paris. Le coup d’œil est plus beau de dessus le Pont-Royal ; mais il est plus étonnant de dessus le Pont-Neuf. Là, les Parisiens & les étrangers admirent la statue équestre de Henri IV, é tous s’accordent à le prendre pour le modèle de la bonté & de la popularité.

                                                      Louis-Sébastien Mercier, Le Tableau de Paris, 1782-1788.

 

Les places

Place-des-Vosges-ArcadesLa création de places est sans doute l’œuvre la plus importante de Henri IV. Souhaitant embellir la ville, il songea d’abord à l’est, à l’emplacement de l’hôtel des Tournelles, à établir un quartier à la fois industriel et esthétique qui fût un lieu de promenade pour les Parisiens. La destination industrielle fut vite abandonnée (1605) et cette décision donna le signal de la ruée des aristocrates en ce lieu ainsi que celui de sa brillante destinée pour un siècle. La place Dauphine, imaginée à la même époque (1607) pour améliorer l’accès au palais et à la cathédrale, fut conçue selon les mêmes principes : brique et pierre, toits d’ardoise, ordonnance régulière, statue royale ; ici, toutefois, la statue fut rejetée à l’extérieur, sur le pont, plaçant le roi au milieu de ses sujets. Mais alors que la place des Vosges avait une fonction très résidentielle, la place Dauphine, en raison de la proximité du pont, de ses commerçants, du palais et de ses boutiquiers, eut toujours un caractère utilitaire et populaire. En 1609, Henri IV projeta une troisième place, semi-circulaire, appuyée sur la rue de Turenne, d’où rayonnaient des voies auxquelles furent donnés, pour la première fois, des noms de provinces françaises. La mort du roi fit avorter  le projet d’Alleaume et Chastillon, et ne survécurent que les rues de Bretagne, de Saintonge, de Poitou, de Normandie et Debelleyme. Dans les trois cas, Henri IV se contenta de lancer les opérations puis d’en confier l’exécution à des particuliers, avec des exigences très strictes du point de vue esthétique ; ainsi, à la place Dauphine, il fut relayé par la ville qui mit en échec l’affairisme de Sully, désireux de bâtir les bords de la Seine, ce qui eût camouflé le bel ensemble architectural en cours d’élaboration. La naissance du quartier Dauphine fut une conséquence naturelle de la construction du Pont-Neuf. Ici encore, le promoteur, Carel, fut chargé en 1606 -1607 de construire, selon une ordonnance régulière, les rues Dauphines, Christine et d’Anjou-Orléans (devenu de Nesle), en l’honneur des enfants royaux.

 

Henri IV, constructeur

Le nombre de chambres du palais est considérable, et le roi actuel en fait construire tous les jours de nouvelles ; il dépense des sommes considérables pour l’agrandissement et la décoration de son château. Mais le principal embellissement qu’il a fait consiste en une construction très élégante en marbre sculpté, qui va du palais jusqu’à son jardin de plaisance situé en dehors de la ville, les Tuileries, que l’on appelle également la Maison de la Reine. Le long de cet édifice, on établira une galerie où le roi pourra se rendre de son palais à son jardin, et d’où il pourra, en se promenant, voir tout ce qui se passe sur la Seine. Il emploie journellement et sans relâche pour ce travail un nombre considérable d’ouvriers, afin de pouvoir le terminer et en jouir de son vivant. J’ai entendu dire moi-même à sa Majesté, lorsqu’elle eut empoché un gain au jeu de paume : « C’est pour mes maçons »

                                                           Thomas Platter

 

L’île Saint-Louis

ile-st-louisLa dernière grande initiative de Henri IV, qui mit longtemps à se réaliser, fut la construction de l’île Notre-Dame ; il chargea Sully d’en faire l’étude. L’ouvrage fut concédé à des particuliers et, après bien des vicissitudes, l’entrepreneur Marie put bâtir son pont (1614-1635) ; l’île put être  cernée de quais et lotie.  Si les boutiques et les artisans s’installèrent dès 1618 au centre, les grands hôtels en bordure de Seine n’apparurent qu’à la fin du règne de louis XIII.

 

Le faubourg Saint-Germain

A la même époque naquit véritablement le faubourg Saint-Germain. En effet, la reine Margot s’était aménagé, en 1605, au-delà de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés, une belle résidence, le long de la Seine, dont le jardin, l’un des plus vastes de Paris s’étendait sur plus d’un kilomètre. Après son décès (1615), ce domaine fut acquis par cinq financiers qui le lotirent en un quartier créé de toutes pièces : ouverture de rues selon un schéma orthogonal clair (rues Bonaparte, des Saints-Pères,  de Beaune, du Bac, de Poitiers, de Bellechasse, de Lille, de l’Université), aménagement du quai (1632), d’un marché (un pavillon sur quatre fut réalisé, 1636-1643, le terrain restant ayant été utilisé par une caserne de mousquetaires), d’une pompe pour l’alimentation en eau (1632), enfin construction d’un pont pour accéder directement aux Tuileries (Pont-Royal). Cette opération, comme celle de l’île Saint-Louis, est très intéressante dans la mesure où elle se fit dans le cadre d’une conception globale du quartier. L’une comme l’autre furent de totales réussites : immédiate dans le cas de l’île Saint-Louis, du fait de la proximité du Maris, plus tardive au faubourg Saint-Germain. Ce dernier, en effet, qui dès le XVIe siècle fut colonisé par les particuliers et les couvents, ne connut une urbanisation massive qu’à partir de l’installation de la Cour à Versailles. Sur la rive gauche, l’installation de la reine Marie de Médicis au Luxembourg n’eut guère pour conséquence que la création d’un grand jardin à l’italienne. De même, son goût pour la nature domestiquée, aménagée en avenues-promenades mondaines, se manifesta au Cours-la-Reine (1616). Elle y fit planter trois allées d’arbres et l’endroit devint, au-delà du jardin des Tuileries, la promenade élégante  où il fallait se montrer. A l’est de Paris, en bordure du fleuve et à proximité de l’Arsenal, Sully aménagea les allées du Mail qui furent plantées de quatre rangées d’ormes ; ce fut l’autre promenade à la mode, à laquelle s’ajouta, un peu plus tard, le jardin des Célestins, lors de son ouverture au public.

 

Le Jardin des Plantes

La création du Jardin des Plantes procéda et de ce goût de la nature et de la curiosité de Henri Iv et de Sully, à une époque où débutaient véritablement  l’histoire coloniale et exploratrice de la France (Champlain) et surtout les recherches naturalistes menées çà et là en Europe, qui aboutirent à la naissance de jardins botaniques à Leyde (1587) ou à Montpellier (1599). Toutefois, le projet n’aboutit qu’en 1626 où Héroard et Guy de la brosse, médecins du roi, dépassèrent l’initiative limitée de Houel vers 1580 et créèrent un jardin de plantes médicinales ; Gaston d’Orléans, puis Colbert en firent un institut d’enseignement et de recherches naturalistes. Comme le jardin des Tuileries et celui du Luxembourg ou du palais Cardinal (ou Royal), et ceux d’un grand nombre de couvents, il était ouvert au public.

 

Les lotissements

Si, sous Louis XIII, la reconstruction de la Sorbonne et de l’abbaye du Val-de-Grâce furent l’occasion de donner à la ville de beaux morceaux d’architecture, les places les accompagnant ne furent guère que des parvis prolongés par des rues destinées à mettre en valeur des dômes. L’aménagement du quartier Richelieu à la fin de ce règne se fit lors de la construction de la nouvelle enceinte destinée à protéger les Tuileries et le quartier Saint-Honoré. L’entrepreneur chargé de l’opération reçut en échange les terrains de l’ancien rempart (1633) et les lotit : ainsi apparurent les rues de Richelieu, des petits-Champs, Vivienne, Sainte-Anne, tandis que Richelieu se réservait un terrain sur lequel il édifia le palais Cardinal qui, à sa mort, devint le palais Royal, car il le légua au roi qui y habita. Le nouveau quartier se couvrit de beaux hôtels (Tubeuf, La Brillière, etc.= et l’on bâtit pour le couvent des Augustins, dit des Petits-pères, une grande église (1629) qui devint plus tard paroissiale. Ainsi perçoit-on qu’aux initiatives et au dynamisme d’Henri Iv succéda une certaine passivité de la part de Louis XIII à qui l’on ne doit aucune réalisation majeure. Son règne fut marqué par la poursuite de programmes entrepris précédemment, et, à l’apathie royale, répondit une grande fièvre de construction chez les particuliers et les promoteurs.

A côté des grands projets architecturaux, Henri IV se soucia du confort de son peuple, améliorant ce que l’on appelle les infrastructures. L’on installa la première pompe parisienne au Pont-Neuf : ce fut la Samaritaine ; sa démolition eut lieu en 1813. De son côté, la rive gauche profita de l’aqueduc construit par Métezeau pour alimenter le Luxembourg (1613) avec les eaux de Rungis et d’Arcueil. Dans le domaine de la santé publique, en 1607, on entreprit la construction de l’hôpital Saint-Louis, en dehors de la ville, destiné aux malades contagieux qui ainsi furent isolés ; ce fut une « première » médicale

 

L’œuvre de Louis XIV

Louis XIV dut incontestablement le monarque qui fit le plus pour Paris, contrairement à ce que purent dire Saint-Simon, Voltaire et autres accusateurs. S’il est vrai qu’il manifesta toujours une grande méfiance à l’égard de la capitale, frondeuse, dont il avait dû s’enfuir dans la nuit glaciale du 6 janvier 1649, que de 1666 à 1682 il fit de Saint-Germain-en-Laye sa résidence et celle de son gouvernement et s’installa définitivement à Versailles à cette date, qu’enfin il ne vint que quatre fois à Paris d e1700 à 1715, l’amélioration et l’embellissement de la capitale furent l’une de ses préoccupations constantes. Même si l’on doit attribuer de nombreuses réalisations à Colbert ou à Louvois, ceux-ci n’entreprirent rien d’important sans l’assentiment royal.

Les travaux effectués durant ce règne touchèrent à tous les aspects de l’urbanisme et contribuèrent à l’agrandissement de la ville. dans sa tâche, le roi trouva dans les lieutenants de police créés en 1666, de zélés auxiliaires : Nicola de la Reynie présida aux destinées de la ville de 1667 à 1697, « homme de grande vertu, qui dans cette place pouvait s’attirer la haine et s’acquit pourtant l’estime universelle », dit de lui Saint-Simon, dont les propos furent rarement empreints de bienveillance ; après lui, d’Argenson (1697-1718) fut moins populaire en raison des difficultés d’approvisionnement de la fin du règne ; plus tard, Sartine (1759-1774), puis Lenoir (1774-1775), 1776-1785) firent beaucoup pour la sécurité et l’hygiène. Ces administrateurs peu nombreux (quatorze en cent vingt-deux ans) furent remarquables et purent mener une action en profondeur car ils disposèrent de la durée.

Dans le domaine de la distribution de l’eau, un gros effort fut fait. On installa deux nouvelles pompes aux ponts Notre-Dame (1670) et de la Tournelle (1695), cependant que le nombre de fontaines passait de vingt-deux en 1666 à trente-sept à la fin du siècle. Comme Paris souffrait du manque d’eau, elles ne furent qu’utilitaires, adossées à des murs, et ne furent jamais prétexte, comme à Rome, à usage artistique et gaspilleur : le précieux liquide ne coulait qu’à la demande. Pour améliorer l’hygiène et la sécurité, si l’on décida la réfection du grand égout au nord-est, dès 1651, un édit de 1666 réglementa le nettoiement des rues et, l’année suivante, La Reynie organisa l’éclairage nocturne de la ville, dans les 912 rues, grâce à 2 736 lanternes. L’édit de 1702 réorganisant l’administration municipale et divisant la ville en vingt quartiers au lieu de seize, confirma ces mesures et les rendit effectives par la création de la taxe des boues et lanternes ; en 1769, on généralisa et remplaça ces dernières par 6 000 réverbères à huile, dont le fonctionnement fut confié à une société privée.

L’incendie de Londres (1666) fit prendre conscience des dangers du bois et l’on s’attacha à prévenir le feu en réglementant sévèrement les normes de construction. D’autre part, aux ordres religieux traditionnellement chargés d’éteindre les incendies, on adjoignit plusieurs professions du bâtiment. Enfin, en 1705, on concéda à un entrepreneur privé le service de l’incendie.

A la suite des guerres et des troubles civils, Paris était encombré de pauvres, de miséreux, de malfaiteurs, de marginaux. La création de l’Hôpital général de la Salpêtrière, destinée à nettoyer la ville et à secourir cette population défavorisée en lui fournissant abri et travail, fut une première solution. Toutefois, les cours des miracles subsistaient, mais la plus grande, entre la place du Caire et la rue Montorgueil, fut investie et dispersée par La Reynie en personne, qui dirigea l’opération en 1667.

L’édit de 1666 autorisa les premiers transports en commun sur des itinéraires fixes : ce furent ces fameux carrosses à six sols, pour quatre personnes, dont l’invention serait de Pascal ou de l’un de ses amis, un certain Sauvage. Le succès de cette entreprise fut limité, et les fiacres qui les remplacèrent furent, en 1787, au nombre de deux mille environ.

 

La démolition des remparts et la création des boulevards

Enfin, la démolition des remparts modifia le plus, et de manière définitive et décisive, le paysage urbain. Louis XIV ayant repoussé les frontières du royaume, Paris ne vivait plus sous la menace d’invasions et les remparts devenaient de ce fait inutiles. Le roi décida donc leur démolition (1670) et d’aménager à leur emplacement une promenade publique, plantée d’arbres (nos Brands Boulevards) et ornée d’arcs de triomphe célébrant les victoires du règne : porte Saint-Denis, Saint-Martin, Saint-Antoine et Saint-Bernard. La ville perdait ainsi son caractère militaire et, comme en de nombreux autres domaines, le roi sut reprendre, continuer, perfectionner et systématiser les initiatives isolées de ses prédécesseurs.  Ces boulevards-promenades reprenaient à grande échelle et démocratisaient l’idée de Marie de Médicis au Cours-la-Reine ; dès lors, cet endroit servit « dans toute son étendue de promenade aux habitants » et devint, à partir du XVIIIe siècle, avec théâtres, cafés et autres créations, le lieu de divertissement favori des Parisiens. Ce n’est qu’en 1704 que fut décidée son extension à la rive gauche, des Invalides à la Salpêtrière, mais la réalisation traîna (boulevard du Montparnasse achevé en 1715, le reste en 1760), et le succès ne fut pas le même… Cette entreprise destinée à aérer Paris et à exalter sa grandeur fut complétée par l’aménagement de ses deux plus grands accès : à l’est, le cours de Vincennes, planté d’ormes (1679) dont le point de départ était l’arc de triomphe de la place du Trône érigé lors de l’entrée solennelle de Louis XIV et de Marie-Thérèse (1660) ; à l’ouest, les Champs-Elysées (1671) pour relier les Tuileries à Saint-Germain-en-Laye, réalisés jusqu’au rond(point par Le Nôtre et continués sous Louis XV : l’Etoile fut atteinte en 1724 après de grands travaux pour abaisser la colline, le pont de  Neuilly en 1772. Ici, encore, il fallut attendre la fin du XVIIIe siècle pour que la promenade devint un lieu de réjouissance populaire.

 

Un plan directeur

Le plan levé par Bullet et Blondel en 1675, à la demande du roi, marqua un changement complet de conception de l’urbanisme. Pour la première dois Paris fut l’objet d’un plan d’ensemble où furent « marqués les changements qui pourraient y être faits dans la suite pour la commodité publique pour faciliter les communications des quartiers et pour l’embellissement de cette ville », remarquait le prévôt des marchands, le Peletier. En quelques mots, il exprimait ce qui fut et reste le mal parisien, qui commanda les bouleversements haussmanniens : la circulation puis l’esthétique. Ce schéma directeur, fruit de la collaboration de la ville et de l’Etat, fut partiellement suivi lorsqu’il s’agit de procéder à des alignements ou à des élargissements de rues.

La ville connut, sous louis XIV, un développement progressif : résidentiel, vers l’ouest (faubourg Saint-Antoine et Saint-Marcel), où furent implantées des manufactures de glaces à Reuilly ou de tapisseries aux Gobelins.

L’intérieur de la ville continua de se construire et l’on ne repère guère que deux quartiers neufs : les buttes Saint-Roch et des Moulins. Cette dernière, faite de gravats, fut aplanie à partir de 1667, puis lotie par l’entrepreneur architecte Villedo, grâce à l’ouverture de douze rues (1677). Autre opération d’utilité publique et de promotion immobilière : l’aménagement, au tout début du règne du quai de Gesvres, couvert et abritant une galerie marchande rivale de celle du palais pendant plus d’un siècle jusqu’à sa démolition en 1769, lors du projet général de réaménagement des rives de la Seine qui interdisait les empiétements sur le fleuve.

 

Les grands chantiers

A côté de ces interventions d’intérêt général, quelques grands programmes architecturaux marquèrent de manière importante Paris : les époques précédentes avaient connu des édifices religieux relativement peu différenciés et, à partir de François 1er, le programme Louvre-Tuileries d’une ampleur exceptionnelle ; sous Henri IV, ce fut la naissance de places traitées en éléments autonomes et non plus en carrefours. Sous Louis XIV, Paris prit une dimension moderne et la réflexion architecturale innova en prenant en compte l’environnement, les accès, les perspectives. Et c’est sous cet angle qu’il faut  regarder et admirer le débat public qui se déroula à propos de la façade orientale du Louvre, celle de l’entrée : il s’agissait d’achever le palais et d’en faire ce qu’il y a de plus beau. Les projets se succédèrent. L’on fit venir Bernin de Rome qui proposa une solution fort belle mais inadaptée au contexte parisien ; des architectes étrangers, surtout italiens, adressèrent des dessins (Pierre de Cortone, Rainaldi, Candiani, Bernin). On retint finalement la colonnade proposée par Perrault et d’Orbay, cependant que l’on envisageait une place devant Saint-Germain-l’Auxerrois. Le débat, loin d’être achevé, dura tout le XVIIIe siècle, se heurtant au coût financier des expropriations ; l’on alla même au XIXe siècle jusqu’à proposer la démolition de l’église. Les mêmes préoccupations esthétiques présidèrent à l’édification du collège des Quatre-Nations (palais de l’Institut, à partir de 1663), de l’autre côté de la Seine, dans l’axe de la cour Carrée, et ce n’est pas un hasard si les façades qui se font face sont toutes deux de Le Vau.

Sur la rive gauche, la périphérie de Paris reçut trois édifices « utilitaires » dont les qualités esthétiques et l’environnement contribuèrent durablement à l’ornement de la ville ; la Salpêtrière, l’Observatoire et les Invalides, reliés entre eux par le boulevard envisagé dès le plan de Bullet. La Salpêtrière, à l’est (1656-1659), destinée à recueillir les marginaux de toutes sortes, regardait la ville et, de ce fait, interdisait toute extension urbaine vers l’est. L’Observatoire, au sud, établissement scientifique établi à partir de 1667, ferma la perspective du jardin du Luxembourg, les Invalides (1671), enfin, regardant la Seine et au-delà du Cours-la-Reine, permirent, surtout dans cette zone non bâtie, le développement de belles avenues en étoile qui auraient pu devenir des promenades si l’ascendant de la rive droite ne l’avait empêché. Ainsi, la rive gauche ne fut pas profondément modifiée sous Louis XIV et l’on n’y établit point de place, sans doute parce que la vocation de l’endroit et sa studieuse population ne méritaient pas aux yeux des gouvernants pareil investissement, digne des seules élites politiques,  financières ou économiques de la rive droite. Les deux places créées sous ce long règne se situèrent dans des quartiers récents, à proximité du Louvre, demeure parisienne du roi, et dans le but avoué de le glorifier.

La place des Victoires, aménagée (1681) sur l’initiative privée du maréchal de la Feuillade désireux de fournir, après le traité de Nimègue, un écrin à une statue du roi par Desjardins, eut pour fonction d’assurer la liaison entre le nouveau quartier de Richelieu et le Marais. Elle fut, en même temps, pour Jules Hardouin-Mansart, l’occasion  de réaliser, près de trois quarts de siècle après la place Dauphine, une belle ordonnance architecturale au vocabulaire classique. Quelques années plus tard, Louvois persuada le roi de créer un centre intellectuel et administratif, réplique occidentale de la place des Vosges, qui devait comprendre les académies, la Bibliothèque royale, la Monnaie et la Chancellerie. L’endroit retenu fut le terrain de l’hôtel de Vendôme et une partie de celui du couvent des Capucins, à proximité de ces innombrables établissements religieux installés depuis la fin du XVIe siècle dans l’espace couvert par la nouvelle enceinte entre le Théâtre –Français et la rue Royale. Le programme et le parti architectural changèrent en cours d’exécution (1699). La ville, devenue maître d’œuvre, la solution retenue en définitive s’apparenta à celle de la place des Vosges : façades imposées, liberté de construction par derrière. Mais la place réalisée ne devint un lieu de passage entre les Tuileries et le boulevard qu’au XIXe siècle.

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une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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