Guide de Paris-quartier latin-Ministères et ambassades

Un peuplement ancien

Montagne-sainte-genevièveLe versant de la montagne Sainte-Geneviève jusqu’à la Seine correspond à la partie de la ville en dehors de la Cité dont le peuplement est le plus ancien. Et, avec la paix romaine, l’urbanisation de cette zone ne cessa de se développer suivant un quadrillage régulier ; au point que la ville comprenait un forum (rue Soufflot), des thermes (Cluny), un théâtre (près du lycée Saint-Louis) et un amphithéâtre (les Arènes). Les invasions du milieu du IIIe siècle provoquèrent le reflux de la population dans la Cité.  La rive gauche ne ressuscita, semble-t-il, qu’au temps de Clovis, qui fonda sur la montagne Sainte-Geneviève une église près de laquelle s’installa l’abbaye Sainte-Geneviève au VIIIe siècle. Après la paix carolingienne, les invasions normandes causèrent des destructions et un nouveau repli de la vie dans l’île. Dans le courant du XIe siècle, la vie reprit définitivement sur la rive et les paroisses Saint-Julien-le-Pauvre, Saint-Séverin, Saint-Bacque, Saint-Etienne-des-Grès et Notre-Dame-des-champs se développèrent. L’activité économique était agricole, répartie entre  de grands clos (Bruneau, Laas, Garlande, Mauvoisin).  Le processus d’urbanisation fut accéléré par la construction de l’enceinte de Philippe Auguste et l’on sait que le quartier Saint-Séverin comptait, à la fin du XIIIe siècle, des artisans, des orfèvres, des fripiers, des cordonniers, des étuves (établissements de bains)… et l’on estime que la population était ici d’environ 20 000 habitants.

Les premiers collèges

Mais ce qui imprima de manière déterminante au quartier son caractère intellectuel fut l’installation, au XIIe siècle, d’écoles transfuges de la Cité. Abélard fut l’un des maîtres qui eut le plus de succès. Ce mouvement aboutit au XIIIe siècle à la création de l’Université placée directement sous l’autorité du pape (1231). Simultanément, les collèges destinés au logement des élèves, à l’origine, firent leur apparition (Bernardins, Sorbonne, Cholets, Cluny) et proliférèrent au XIVe siècle (une trentaine). Le succès de l’enseignement fut tel que le quartier s’appela l’Université. Il était à l’époque très vivant, cosmopolite, rassemblant des maîtres et des élèves de toute provenance en Europe et il fallut la guerre civile des Armagnacs et des Bourguignons puis ensuite l’occupation anglaise pour que cette prospérité cessât.

Le quartier de l’édition

Le renouveau universitaire se fit avec l’apparition de l’imprimerie en 1470, lorsque le Badois Jean de la Pierre, régent de la nation d’Allemagne, installa une première presse à la Sorbonne même, à la demande de Sorbon. Ce renouveau économique caractéristique de la fin du règne de Charles VII se manifesta aussi par de nombreux chantiers civils (hôtel des abbés de Cluny) ou religieux (Saint-Séverin, Saint-Etienne-du-Mont). Avec la Renaissance, la rue Saint-Jacques devint le quartier général de l’édition et, en 1500, l’on comptait plus de quatre-vingt imprimeurs dans le secteur (comme par exemple les Estienne et les Ballard, rue Jean-de-Beauvais), employant plus de cinq cents personnes. L’institution du Collège de France, en 1530, apporta du sang neuf et les lecteurs royaux, en toute indépendance, enseignèrent les langues anciennes (hébreu, grec) et les sciences. Malheureusement, cette belle quiétude fut perturbée par la Réforme et la place Maubert devint un lieu d’exécution et d’autodafés. L’Université resta en majorité papiste puis devint ligueuse, tandis que le monde de l’imprimerie embrassait dans sa grande majorité la cause de la Réforme et des nouvelles idées.

Mais en 1622, l’arrivée d’un nouveau proviseur à la tête de la Sorbonne changea la physionomie de l’établissement et, par conséquent, celle du quartier, Richelieu, devenu peu après cardinal, décida de reconstruire les bâtiments vétustes (1626) autour d’une chapelle, sur les plans de son architecte Lemercier (à partir d e1631) ; et il décida de s’y faire inhumer. L’architecte fit en même temps œuvre d’urbanisme en aménageant une place devant l’édifice. Le cardinal ministre ne réussit pas, cependant à ranimer le quartier dont l’activité économique était beaucoup moins brillante que celle de la rive droite. Ainsi, à la fin du XVIIIe siècle, avait-on tendance à penser qu’il rassemblait « la populace de Paris la plus pauvre, la plus remuante et la plus indisciplinée », bref, plus ou moins un peuple de ratés ou de marginaux. De fait, l’enthousiasme  révolutionnaire s’empara des esprits et le club des Cordeliers installé (1790) dans le couvent des Cordeliers (rue de l’Ecole-de-Médecine) compta parmi ses membres, outre Danton, son fondateur, Desmoulins, Marat, Brissot, Legendre… qui furent les premiers chefs de la Révolution. Ailleurs, la section du Panthéon, de recrutement plus populaire, réclama en 1794 la tête de Mme Elisabeth et joua un rôle de premier plan dans la diffusion des idées collectiviste de Gracchus Babeuf. La Révolution passée, tout rentra dans l’ordre : les établissements retrouvèrent leurs locaux et les étudiants la vie paisible et insouciante immortalisée par Murger dans La Vie de Bohême.

Alors que le dernier grand chantier de l’Ancien Régime, la reconstruction de l’église Sainte-Geneviève, devenue Panthéon à la Révolution, n’avait entraîné que des conséquences limitées pour le quartier, celui-ci fut brusquement réveillé par les travaux d’Haussmann qui l’éventrèrent en y taillant de toute pièce des rues transversales le traversant en tous sens : outre les deux axes Saint-Michel et Saint-Germain destinés à faciliter la circulation nord-sud et est-ouest, doublée par la rue des Ecoles, on ouvrit une rocade contournant la colline (rue Monge, Claude-Bernard, Gay-Lussac) ; ailleurs, on prolongea certaines voies (rues du Sommerard, d’Ulm), ou on les régularisa… On redessina la place de la Sorbonne et l’on démolit sans compter et sans discernement pour créer une bille belle, moderne et fonctionnelle.

Cette politique qui tolérait la proximité d’immeubles vétustes et sordides (entre le boulevard Saint-Germain et la Seine, par exemple) eut, du moins, le mérite de laisser intacts quantités d’îlots dont on peut aujourd’hui apprécier la beauté et opérer avec discernement la restauration. L’action d’Haussmann se prolongea, en fait, jusqu’aux années 1900 et s’acheva par la reconstruction de la Sorbonne (1885-1900).

 

Au cœur de la contestation étudiante

Si le Quartier latin vit fleurir sur son sol tous les mouvements étudiants de droite, de gauche, anarchistes… et de soutien aux guerres (mouvement de résistance 1939-1945, aide aux Algériens, etc.), il fut à l’origine et au cœur des événements de mai 1968 : à la suite de la fermeture de la Sorbonne le 3 mai, les étudiants occupèrent la rue et, pendant un mois, dressèrent des barricades et narguèrent les forces de police sur un arrière-fond de palabres interminables où l’on refaisait la société dans des amphithéâtres transformés en asiles de clochards. A partir des accords de Grenelle (25-27 mai), de l’échec du meeting du stade Charlety et du raz-de-marée de la manifestation de soutien au général de Gaulle sur les Champs-Elysées (30 mai), le mouvement s’anéantit au courant du mois de juin. Alors que les événements de 1968 s’étaient produits en réaction contre la société de consommation (« On n’est pas amoureux d’un taux de croissance »), en décembre 1985, le mouvement lycéen puis étudiant se réveilla pour des raisons inverses : la crise, le chômage, la peur de la sélection, de l’avenir… La rue fut alors, pour un mois, aux mains des lycéens isolés des autres catégories sociales et tout rentra dans l’ordre lorsqu’on enterra un énième projet de réforme de l’enseignement…

A traverser le quartier, on repère plusieurs secteurs : celui du folklore étudiant avec cafés, restaurants, cinémas, libraires, de la rue Soufflot, à la place Saint-Michel, où l’on trouve une foule très cosmopolite ; le quartier Saint-Séverin, ancien et pittoresque, livré aux touristes avec quantité de restaurants grecs ; enfin, à l’est de la rue Saint-Jacques, ou bien rue de l’Ecole-de-Médecine, dans une atmosphère calme et studieuse, presque dépourvue de cafés, les grands établissements scientifiques.

La place Saint-Michel marque le début du quartier étudiant et des librairies scolaires. Gibert en est le plus pur symbole avec ses divers bâtiments qui s’échelonnent sur le quai et sur le boulevard.

 

Les thermes de Cluny

6, place Paul-Painlevé

Ce sont les thermes du nord qui datent de l’époque romaine, ceux de l’est se trouvant au voisinage du Collège de France. Cet édifice, construit par les nautes parisiens de la fin du IIe siècle et du début du IIIe siècle, a longtemps été considéré comme le palais de l’empereur Julien, dit l’Apostat, qui séjourna effectivement à  Lutèce en 358 et 360. Les ruines situées au carrefour des boulevards Saint-Germain et Saint-Michel sont imposantes et comprennent : une première salle dont la voûte s’effondra au XVIIIe siècle et qui fut recouverte en 1875 ; puis, le frigidarium pour les bains froids, vaste salle voûtée de quatre berceaux retombant sur des consoles sculptées de proues de navires armés et pourvue d’une piscine au nord ; ensuite, le tepidarium pour les bains tièdes qui n’a plus de voûte ; enfin, le caldarium et son hypocauste pour les bains chauds, dont les ruines furent dégagées en 1953.

L’hôtel des abbés de Cluny est, avec l’hôtel de Sens, le seul témoin important de l’architecture civile médiévale à Paris. Un premier hôtel avait été élevé vers 1330 par l’abbé de Cluny, Pierre de Châlus. De 1485 à 1498, il fut reconstruit dans le style flamboyant par Jacques d’Amboise, frère du cardinal. A la mort de Louis XII, Marie d’Angleterre, sa veuve, vint habiter ici (1515). En 1832, l’hôtel fut acquis par Alexandre du Sommerard, conseiller à la Cour des Comptes qui y installa une importante collection d’objets du Moyen Age. A sa mort, la ville (1837), puis l’Etat, acquirent l’ensemble et, après restauration des lieux, on ouvrit un musée consacré au Moyen Age et à la Renaissance.

La façade nord donne sur le boulevard Saint-Germain d’où l’on peut voir également les vestiges des portails de l’église Saint-Benoît-le-Bétourné (XVIe siècle) et du collège de Bayeux (XIVe siècle). La cour est bordée du grand corps de logis avec une tour à pans coupés, et de deux ailes : l’une en galerie reposant sur quatre arcades et terminée par la chapelle, l’autre à usage de communs, le tout abondamment décoré de gâbles et meneaux.

L’école polytechnique, fondée en 1794, sous le nom d’Ecole centrale des travaux publics, prit, dès l’année suivante, son appellation actuelle. Après avoir siégé au Palais-Bourbon, elle demeura de 1805 à 1977 dans les locaux de l’ancien collège de Navarre (fondé en 1304, par l’épouse de Philippe le Bel, Jeanne de Navarre).

Par le portail dû à Renié (1838), on pénètre dans la cour d’honneur dont l’aile gauche fut édifiée au siècle dernier à l’emplacement de la bibliothèque de l’ancien collège ; au fond, le bâtiment Joffre est une partie de celui construit par Gabriel (1738) pour les bacheliers du collège. Il fut presque entièrement démoli vers 1936 ; à droite, se trouve l’ancienne résidence du général gouverneur de l’école. Depuis le départ de l’école à Massy-Palaiseau, les jardins sont ouverts au public et plusieurs centres de recherche ont pris possession des locaux.

La montagne Sainte-Geneviève

L’espace situé entre l’abbaye Sainte-Geneviève, fondée par Clovis et Clotilde, et le bourg Saint-Marcel, connut très tôt un peuplement tant au long de la rue Saint-Jacques, route de pèlerinage, que de la rue Mouffetard, chemin direct et escarpé aboutissant à l’église Saint-Médard. La population devint ici de plus en plus nombreuse ; ainsi arriva-t-on, dès le XVIe siècle, à une urbanisation totale d’un quartier peuplé essentiellement de commerçants et de petites gens. Le XVIIe siècle est celui de l’établissement des communautés religieuses : en 1612, les Ursulines (au niveau de n° 255, rue Saint-Jacques) ; en 1626, les Visitandines ; en 1688, les Filles de Sainte-Perpétue (rue Tournefort) ; en 1690, les Filles de Sainte-Aure (n° 16, rue Tournefort) ; en 1603, le Carmel de l’Incarnation fondé grâce  à la duchesse de Longueville ; il eut pour supérieure Mme Acarie et la duchesse de la Vallière s’y retira en 1674 ; en 1624, le Val-de-Grâce ; en 1626, l’abbaye de Port-Royal, centre de disputes théologiques célèbre. Le quartier fut, pour longtemps, le centre janséniste de Paris, et l’affaire des convulsionnaires de Saint-Médard (1727-1732) ne fut qu’un épisode du conflit politico-religieux qui opposait une partie de l’université janséniste et du monde de l’édition au roi et au pape.

Les grandes modifications survenues dans ce secteur commencent au XIXe siècle, avec l’établissement des grandes écoles : Ecole normale supérieure (1813, rue Lhomond ; 1826, rue Saint-Jacques ; enfin, 1847, n° 45 rue d’Ulm) ; Institut d’océanographie (1910) et Institut de biologie-physico-chimique (rue Pierre-et-Marie-Curie) ; divers instituts dont l’Institut Curie (1931, 26 rue d’Ulm) ; Ecole Nationale des Arts Décoratifs (31, rue d’Ulm) ; Institut national de recherches pédagogiques (29, rue d’Ulm) ; Institut national agronomique (16, rue Claude Bernard). Ces établissements marquent, pour la plupart, une grande spécialisation vers les disciplines scientifiques. L’autre facteur déterminant pour la transformation de la partie  sud-ouest de ce quartier fut la grande campagne de travaux et de percées menée dès l’Empire et poursuivie par Haussmann : rue Gay-Lussac (1859), Monge (1864) Claude Bernard (1850), Ulm (1807-1844), Pierre Curie (1909), des Ursulines (1800), Erasme (1937), Pierre Brossolette (1923), Pierre Nicole (1864-1904), Berthollet (1857), sans compter la politique délibérée de reconstruction en immeuble bourgeois des habitations antérieures. A traverser ce secteur, il s’en dégage une curieuse impression de manque d’unité entre la partie « récente », faute de constructions souvent sans caractère, voire inattendues (Laboratoires de Physique de l’Ecole normale, rue Lhomond, Maison des mines, 282, rue Saint Jacques) dans les rues aux proportions médiocres et les îlots anciens préservés, comme la rue Mouffetard et les rues adjacentes. On y a conservé le cachet et le pittoresque d’un vieux village tout en l’adaptant aux exigences contemporaines. Depuis une trentaine d’années les réhabilitations soignées y ont été nombreuses, entraînant l’arrivée en masse de « bourgeois » qui ont littéralement pris d’assaut des taudis insalubres qu’ils ont intelligemment rénovés.

Ministères et ambassades : le quartier des beaux hôtels

C’est ici, au cœur du faubourg Saint-Germain, que s’est installée massivement l’aristocratie, depuis la fin du XVIe siècle jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, se faisant élever des demeures vastes et régulières, sur de larges terrains alors en culture : ce secteur constitue ainsi un véritable musée de l’architecture parisienne du XVIIIe siècle. C’est ici encore que se passa une part de la vie intellectuelle, dans des salons restés célèbres (Mme du Deffand, Mlle de Lespinasse).

Autant dire que le quartier fut particulièrement touché par les saisies révolutionnaires, et que nombreux furent ses habitants qui émigrèrent ou périrent sur l’échafaud.

D’emblée, l’administration apprécia le parti qu’elle pouvait tirer de ces grandes et belles maisons, et elle se les approprié. La tourmente passée, quelques aristocrates récupérèrent leurs biens, d’autres furent indemnisés, mais la vocation administrative du quartier était définitivement établie, et n’a fait depuis que se développer. Dès le XVIIIe siècle, un autre phénomène était apparu : l’installation d’ambassades dans ce secteur proche du Louvre et sur la route de Versailles, et surtout riche en immeubles de standing suffisamment vastes pour accueillir un diplomate et sa suite. Le courant se poursuivit, s’amplifia même au XIXe siècle, du seul fait de la proximité du ministère des Affaires étrangères.

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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