Hannibal Barca Général carthaginois

Les éléphants d’Hannibal contre les légions romaines

Depuis des années, les guerres opposaient Romains et Carthaginois. En 221 av. J.-C, un jeune homme se fait proclamer général. C’est Hannibal. Commence alors un long périple qui le mène de Sagonte, en Espagne, aux portes de Rame. La traversée des Alpes par son armée et ses célèbres éléphants reste un exploit inégalé.

Une première longue guerre avait épuisé Rome et Carthage. Rome en sortait victorieuse mais elle avait autant besoin de paix que sa rivale. Carthage, elle, était déchirée par les factions. En  241 avant J.-C., juste après la bataille des îles Egates remportée par les Romains, les Carthaginois demandèrent la paix. Leurs mercenaires, qui n’arrivaient pas à se fait payer, assiégèrent Carthage. Il était impératif que Rome n’en fût pas informée (elle aurait pu en profiter pour anéantir sa rivale) et qu’une armée nationale fût créée à Carthage pour mater ces mercenaires. Un chef s’imposa : Halmicar. Mais certains Carthaginois redoutèrent l’ambition et la popularité  de leur plus brillant général si bien qu’on lui préféra d’autres chefs. Le résultat fut désastreux : la guerre dura quatre ans et Carthage fut ruinée. Finalement, les Carthaginois se tournèrent vers Hamilcar qui régla cette révolte.

Carthage-HannibalLes mines d’Espagne

Mais les riches commerçants n’appréciaient toujours pas ce général. Carthage était en effet dirigée par des maisons de commerce qui affrétaient des bateaux, prêtaient de l’argent, envoyaient des marchandises jusqu’en Egypte et en Inde et en recevaient de Suède et d’Angleterre. Elles exploitaient des mines et finançaient des entreprises. Les hommes d’affaires voulaient éviter les conflits et n’appréciaient  guère les militaires toujours prêts pour de nouvelles conquêtes.

Hamilcar trouva une idée pour se les concilier : employer les mercenaires qu’il venait de mater pour achever la conquête de l’Espagne et exploiter les mines qui s’y trouvaient. La monnaie de Carthage servait d’étalon monétaire dans presque toute la Méditerranée ; du métal brut était indispensable pour frapper les pièces. Les mines espagnoles étaient la solution ! En outre, Rome était calme. Elle avait finalement assuré aux Carthaginois leur victoire sur les mercenaires en leur fournissant des armes de peur que la victoire d’une horde de sauvages sur une ville aussi prestigieuse que Carthage ne constituât un précédent.

En 237, Hamilcar partit, à la tête des mercenaires soumis, pour l’Espagne. Il emmenait avec lui son fils Hannibal alors âgé de dix ans et son gendre Asdrubal. Pendant six ans, Hamilcar soumit de nombreuses tribus espagnoles puis fit venir des ingénieurs carthaginois pour exploiter les mines. Les commerçants carthaginois virent alors arriver une prodigieuse quantité de métal qui permit à la monnaie punique de conserver sa réputation. Hamilcar se constitua aussi une telle réserve de guerre avec l’aide de son gendre Astrubal que les deux militaires eurent bientôt le contrôle de l’armée et des finances de leur cité.

C’était sans compter avec la mort prématurée d’Hamilcar, tué en 229. Tandis que Carthage se cherchait un nouveau chef. Marseille s’inquiétait des conquêtes de l’armée carthaginoise. Elle en informa Rome. Lasse de la guerre précédente. Rome se contenta de transmettre cette plainte aux Carthaginois qui répondirent évasivement.  Asdrubal qui avait pris la succession de son beau-père, se montra aussi bon militaire et fin politique qu’Hamilcar, et il éluda les plaintes des Marseillais et des Romains. En fait, Asdrubal préparait la revanche de Carthage sur Rome en amassant en Espagne un armement considérable. Asdrubal ne put cependant poursuivre son but : il fut assassiné en 221.

Carthage-HannibalLa marche sur Rome

Le populaire Hannibal se fit aussitôt proclamer général. Il prit en main l’administration carthaginoise en Espagne à vingt-cinq ans. Ses premières mesures furent de consolider son commandement et d’envoyer à Carthage des subventions importantes afin de plaire au Sénat. Quand il se sentit puissant. il prétexta en 217, une querelle dans la ville de Sagonte, colonie marseillaise en Sicile, et assiégea la ville. Malgré les protestations des Marseillais. Rome n’intervint pas. Hannibal s’empara de Sagonte en 2l9 et envoya son butin à Carthage.

Eblouis par un tel trésor, les Carthaginois repoussèrent un ultimatum des Romains. La guerre fut déclarée.

En avril 220, Hannibal prit la route à la  tête d’une armée entraînée, contrairement à celle de Rome. Il franchit l’Ebre, traversa la Catalogne et atteignit Cerbère, Collioure et Port-Vendres. A Perpignan, il négocia avec les Gaulois le passage de son armée par l’intérieur des terres afin d’atteindre le Rhône entre Avignon et Arles.

Comme une flotte romaine se trouvait à Marseille Hannibal marcha vers Grenoble qu’il atteignit à la fin août. Il s’engagea alors avec ses troupes et ses éléphants, dans les défilés du grand Saint-Bernard qu’il franchit en octobre. Son armée descendit vers les plaines italiennes. Elle battit au Tessin et à la Trébie une armée romaine époustouflée par l’audace des Carthaginois en marche sur Rome. Une autre armée romaine l’attendait sur  l’Arno.

Le 21 juin 217, Hannibal passa à l’attaque sur les bords du lac Trasimène. La victoire carthaginoise sur le consul Flaminius fut totale : les Romains furent défaits et le consul tué.

Et Carthage abandonne son général

Hannibal chercha à grossir ses troupes en pillant une région située au-delà des Apennins qu’il traversa de nouveau. Toutefois, une seule victoire ne suffisait pas pour décider les Italiens à abandonner Rome. On avait déjà vu la ville en péril : on ne l’avait jamais vue détruite. Les sénateurs romains se concertaient déjà pour prendre des mesures. Fabius, le chef d‘une des plus anciennes familles de la noblesse. reçut le commandement de l’armée. Sa stratégie était simple : suivre Hannibal cet se replier toutes les fois que le chef carthaginois cherchait à engager le combat. Une politique de lâche qui dura une année et qui était si contraire à l’esprit romain  qu’elle souleva le mécontentement des soldats.

A Rome, deux hommes devinrent consuls : Vanon, un politicien violent et Aemilius Paulus, raisonnable et bon général. Hannibal se rapprocha de Rome. Les deux adversaires s’observent tout le printemps 2I6 jusqu’à ce qu’Hannibal décide de livrer bataille près de Cannes. Varron cherchait lui aussi l’affrontement. Le 8 août 2l6, Hannibal massacra une nouvelle fois les Romains. Le consul Aemilius Paulus fut tué avec quatre- vingt sénateurs Hannibal envoya à Rome deux corbeilles de bagues de chevaliers en or avec une lettre chargée de mépris. Le soir de leur victoire, les Carthaginois signifièrent à Hannibal leur volonté de marcher sur Rome. Mais Hannibal demeura inébranlable. Il souhaitait obtenir l’alliance des cités italiennes. Souhait exaucé le lendemain : la ville de Capoue lui proposa une alliance. Après avoir placé une garnison à Capoue, il mit le siège devant Naples. Fabius se remit à le harceler.

Hannibal réclama des renforts à Carthage. Mais les notables carthaginois, jaloux de ses succès, ne lui envoyèrent aucun renfort. Que leur apportait Hannibal ? Les Romains étaient revenus en Espagne et s’étaient emparés à nouveau des mines. En Sicile, ils avaient pris Syracuse et toué Archimède. Leur flotte interceptait les navires puniques.

Hannibal-Barca

                                                 Buste trouvé à Capoue, actuellement au musée archéologique de Naples représentant Hannibal Barca

Hannibal condamné à fuir

Regroupant leurs forces, les Romains assiégèrent Capoue qui appela Hannibal au secours Celui-ci revint avec une troupe formée en grande partie d’Italiens dissidents qui fit à deux reprises fuir les Romains. Mais Hannibal ne pouvait à la fois conquérir et maintenir des conquêtes.

En 211, le chef carthaginois de trente-six ans ne parvenait pas à achever sa conquête. Il piétinait. Avec une audace incroyable, il fonça alors sur Rome et se tint pendant cinq jours près de l’enceinte de la ville. Mais il dut rebrousser chemin. Capoue se rendit quelques mois plus tard. Les Romains rasèrent la ville. Les hommes furent tués, les femmes et les enfants vendus comme esclaves. Fabius, dans le sud de l’Italie, reculait quand Hannibal devenait menaçant puis reprenait sa marche dès que le chef carthaginois devait partir ailleurs. Progressant peu à peu, Fabius s’empara de Tarente en 209. Hannibal avait un frère, Asdrubal, qui commandait une importante armée. Asdrubal avait lui aussi franchit les Alpes après avoir trompé la vigilance de Scipion qui gardait les Pyrénées. Son but était de rejoindre son frère.

Mais il fut trompé par un guide et défait au Métaure par le consul Néron. Les Numides et les Gaulois alliés des Carthaginois furent tués. Asdrubal se défendit avec courage avant de périr. Les Romains lui coupèrent la tête. Des éclaireurs la jetèrent en pleine nuit aux pieds d’Hannibal dans un sac.

Comme Scipion avait achevé la conquête de l’Espagne, cette victoire redonna confiance aux Romains. Scipion était partisan d’un débarquement en Afrique auquel Fabius était farouchement opposé. En 204 Scipion parti avec une flotte et une armée.

Hannibal n’osait revenir à Carthage en vaincu. Aussi les Puniques s’effrayèrent-ils de la décision de Scipion. Ils demandèrent la paix au Sénat romain qui refusa. Hannibal fut donc rappelé à Carthage. Il rejoignit aussitôt une patrie qu’il n’avait pas vue depuis trente –cinq ans et reconstitua une armée pendant le printemps et le début de l’été 202 (la plupart des mercenaires italiens l’avait suivi de peur des représailles de Rome).

Au début  de septembre. Hannibal et Scipion se préparèrent au combat. Toutefois, avant le combat, les deux chefs eurent un entretien. Hannibal offrit à Rome la Sicile en échange de l’Espagne. Mais Scipion lui rétorqua que Rome avait déjà conquis ces deux pays Hannibal subit alors sa plus grande défaite. La bataille de Zama fut impitoyable. Scipion eu un allié en la personne du roi numide Masinissa dont l’intervention fut décisive.

Le chef carthaginois s’enfuit avec quelques cavaliers. Il gagna l’Egypte et se mis au service d’Antiochus de Syrie. Mais Hannibal n’oublia pas le serment qu’il avait fait à son père de haïr toute sa vie les Romains. De Syrie, il lutta contre Rome. Afin d’être tranquille, le roi de Bythinie chez lequel il s’était réfugié en 183 le livra aux Romains. Hannibal s’empoisonna avant d’être arrêté.

Elephants-d'HannibalCarthage doit être détruite

Carthage vaincue tenta de négocier la paix. Elle envoya à Rome des ambassadeurs qui furent reçus dans la salle des Séances. Leur chef exposa les conditions de paix. Quand il eut terminé un sénateur lui demanda par quel dieu il jurait de respecter ce traité, le précédent ayant été bafoué. « Parle dieu qui châtie les parjures ». lui répondit l’ambassadeur.

La paix fut rétablie; le commerce repris entre Rome et Carthage. Mais le roi Masinissa ne comptait pas s’en tenir à si bon compte. Aussi pilla-t-il les terres puniques et fit-il subir les pires vexations aux Carthaginois. Quarante ans plus tard, en 151, de nouveaux dirigeants furent élus à la tête de Carthage. Masinissa exigea qu’on rappelât l’ancien gouvernement. Carthage refusa et la guerre reprit à l’avantage de Masinissa. Rome s’émut que la cité punique eût encore la possibilité de lever une armée de cinquante mille hommes et qu’elle ne respectât pas les termes du traité de paix. En outre, des rumeurs couraient sur les ambitions de Masinissa qui voulait s’emparer de Carthage pour en faire sa capitale. Un membre du Sénat qui avait été envoyé à Carthage comme commissaire, Caton, conseilla dès son retour à Rome  la destruction de Carthage. Rome leva une armée et prépara une flotte. Quand l’armée romaine débarqua à Utique, les Carthaginois insistèrent auprès du Sénat romain.  Qu’exigeait-on d’eux ? Le consul leur donna une liste de revendications : ils devaient livrer des armes,  des navires et des machines de guerre : les habitants devaient se rassembler a au moins vingt kilomètres du rivage et s’y établir ;  Carthage serait brûlée et son port comblé

Les Carthaginois craignant les malfaiteurs du désert et les vexations de Masinissa arguèrent qu’ils étaient marins avant tout. Mais Rome refusa de les écouter. Alors, le peuple carthaginois s’organisa et remporta quelques succès avant l’arrivée de Scipion Emilien, neveu et petit-fils par adoption de Scipion l’Africain. En avril 146, Scipion donna l’assaut. Le combat dura six jours. Les derniers défenseurs furent pris dans la forteresse.

La femme du commandant de la garnison se jeta avec ses deux fils dans les flammes en traitant de lâche son mari qui demandait la vie sauve. Les flammes dévoraient tout. Du feu montait des cris et des odeurs de chairs brûlées ou décomposées. Scipion regarda brûler Carthage. Le chroniqueur grec Polybe rapporte qu’il pleurait en songeant que le même sort pût un jour arriver à Rome.

L’ambitieux Hannibal n’avait fait que contribuer à la chute de Carthage.

Source : Violaine Vanoyeke, auteur d’une biographie d’Hannibal (France Empire) pour Historia n°578

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