Haussmann

Le consulat et l’Empire

Napoléon-BonaparteAprès tant d’années d’abandon tandis que la ville s’accroissait, Napoléon réagit et ouvrit une période de grands travaux qui ne s’arrêta qu’avec Haussmann. Il fut maître du jeu du fait du statut de la ville, qui était dirigée par des préfets nommés par l’empereur. Comme autrefois les rois, Napoléon voulait faire de Paris la plus belle ville du monde, mais il n’eut jamais de plan d’ensemble à la différence de Colbert ou Napoléon III. Son intervention fut marquée, comme en toutes choses, par son sens de l’organisation et concerna les infrastructures touchant l’hygiène ou la commodité : élargissement, pavage et numérotation cohérente des rues (côté pairs et impairs), suppression des cimetières urbains (ossements transférés aux catacombes, à la suite de ceux du cimetière des Innocents à partir de 1786), création du bassin de La Villette par adduction des eaux de l’Ourcq (), construction d’une quinzaine de fontaines « jaillissantes », comme à Rome, pour servir de décor, création des premiers grands égouts (« j’ai employé jusqu’à trente millions en égouts, dont personne ne me tiendra jamais compte »), achèvement des quais (Orsay jusqu’au Champs-de-Mars, des Tuileries au Trocadéro et tout autour de la Cité), édification de ponts dont certains furent des innovations techniques (pont métallique des Arts, destiné à servir de promenade, ponts de la Cité, d’Austerlitz, d’Iéna que Louis XVIII sauva de la démolition par les Alliés  en 1815  ), enfin, transfert des abattoirs à la périphérie (Rochechouart, Roule, Ménilmontant, Villejuif, Grenelle), reconstruction in situ de la halle au blé, couverte d’une coupole métallique par Bélanger, mise en chantier de la Bourse (1806)…

 Les grands chantiers napoléoniens

Mais c’est dans le domaine monumental que Napoléon ouvrit la voie à ce qui fut plus tard réalisé à grande échelle. Si l’idée d’une voie en bordure du jardin des Tuileries avait vu le jour dès le XVIIIe siècle, c’est l’empereur qui perça la rue de Rivoli de la Concorde à la place des Pyramides (1802), selon le traditionnel schéma : ordonnance imposée aux particuliers avec en plus des servitudes de « standing » : les maisons ou boutiques ne pouvaient être utilisées par les ouvriers travaillant au marteau ou les artisans utilisant un four, ni se signaler par une enseigne ou un écriteau.  Ce fut le point de départ du remodelage du quartier avec l’ouverture des rues de Castiglione et de la Paix reliant les Tuileries au boulevard, ainsi que la liaison du Louvre et des Tuileries par la construction d’une aile entre les pavillons de Rohan et de Marsan (1806). Un goût pour la mise en valeur et le dégagement des monuments était apparu dès les années 1750 : Napoléon le partagea et aménagea dans la Cité un premier parvis devant Notre-Dame ; plus considérable fut l’opération de rénovation de la place du Châtelet, si importante à tous points de vue, à la croisée de Paris : on supprima la prison  et l’on installa la fontaine du Palmier. De même, la mise en valeur du Panthéon s’opéra par l’ouverture des rues d’Ulm et de Clovis qui fit disparaître l’église abbatiale Sainte-Geneviève. Quant à la place Saint-Sulpice, elle fut achevée de piètre manière et l’on se contenta de l’orner, là aussi d’une fontaine à la Paix et aux Arts. Le cas de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés est plus complexe et constitue un cas de vandalisme caractérisé. En effet, la démolition des bâtiments conventuels (1804) donna naissance à la place actuelle et s’accompagna du lotissement des terrains situés entre les rues Jacob et de l’Abbaye, sur lesquels s’était élevé jusqu’à l’explosion de 1794 le célèbre réfectoire de Pierre de Montreuil. Le goût des belles perspectives commanda aussi certaines interventions comme la reprise des travaux de construction de l’église de la Madeleine en harmonie avec la nouvelle façade donnée à l’Assemblée nationale par Poyet, ou la création  de la rue du Val-de-Grâce, dans l’axe de l’église, et, surtout, l’aménagement de la très belle avenue de l’Observatoire, au-delà des jardins du Luxembourg. Comme Louis XIV et Colbert avant lui, Napoléon s’intéressa aux abords et aux entrées de la ville et c’est à la gloire des armées françaises que fut entrepris (1806) l’arc de triomphe de l’Etoile sur la colline de Chaillot : « Le monument serait vu de très loin. Il frapperait d’admiration le voyageur entrant dans Paris. » Quant à l’accès oriental de la capitale, la création de la place de la Bastille, décorée d’un éléphant monumental, fut conçue en 1810), comme un carrefour triomphal opérant la liaison du grand programme nord-sud d’adduction de seaux de l’Ourcq jusqu’à la Seine par le bassin de l’Arsenal, avec la percée de la voie triomphale Vincennes – rue de Rivoli-Champs-Elysées-Arc de Triomphe. Ainsi voit-on que l’action effective  de l’empereur se limita à des opérations ponctuelles et disséminées, mais ne s’intéressa pas à l’articulation organique de la ville, ni à l’épineux problème de  la circulation entre les différents quartiers. Il est bien certain aussi que la chute prématurée de l’Empire l’empêcha de dénouer certaines situations aiguës (les Halles) ou de réaliser certains projets grandioses comme ce tête-à-tête monumental et verdoyant projeté entre l’Ecole Militaire et le Champs-de-Mars d’une part et le palais du roi de Rome (Trocadéro) d’autre part, reliés par le pont d’Iéna.

La Restauration

La Restauration marqua le pas et s’attacha à la poursuite des chantiers ouverts sous Napoléon ou à la construction de huit églises devenues indispensables en raison de l’extension de la ville (chapelle expiatoire, Saint-Pierre-du-Gros-Caillou, Notre-Dame-de-Lorette, Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, Saint-Denis-du-Saint-Sacrement, Saint-Vincent-de-Paul, Saint-Jean-Baptiste-de-Grenelle, Sainte-Marie-des-Batignolles) et de l’absence quasi-totale de nouveaux sanctuaires depuis Louis XVI. Mais l’urbanisation et les lotissements envahissant la zone comprise entre les boulevards et l’enceinte des Fermiers généraux, Laffite organisa le quartier Poissonnière (1822), axé sur la rue La Fayette et l’église Saint-Vincent-de-Paul. Dosne, le beau-père de Thiers, créa le quartier Saint-Georges (1823) avec son sanctuaire, Notre-Dame-de-Lorette (1822) ; au nord, les rues Notre-Dame-de-Lorette, Henri Monnier et Frochot (1824) le relièrent à l’enceinte, et au sud, la rue Laffitte prolongée (1830), au boulevard des Italiens. De même, dès 1819, autour des rues de la Rochefoucauld, de la Tour-des-Dames et Saint-Lazare, le receveur général du département de la Seine, de la Peyrière, créa lle quartier de la Nouvelle-Athènes qui eut tout de suite la faveur des gens de lettres et des artistes. En 1826, ce furent les propriétaires du jardin de Tivoli, Hagermann et Mignon, qui reçurent mandat de la ville pour créer le quartier de l’Europe ; il fut long à se construire en raison des incertitudes relative à l’emplacement de la gare saint-Lazare. Dans le secteur des Champs-Elysées, les terrains de l’ancienne folie Beaujon subirent le même sort en 1825 (rues de Chateaubriand, Balzac, etc.) et le colonel de Bracke fonda le quartier François 1er entre l’avenue Montaigne et la Seine (1823)

La monarchie de Juillet

Responsable de Paris, sous la monarchie de Juillet, le préfet Rambuteau prit à bras-le-corps les problèmes de la ville qui éclatait de toutes parts, qu’il s’agisse des infrastructures (rues, chemin de fer, défense), ou d’une vaste réflexion sur la cité menée par le conseiller municipal, Lanquetin, à partir de 1842. Cette activité se manifesta par l’ouverture de cent douze rues prolongées (rue Racine, de la Banque, boulevard Malesherbes jusqu’à la rue Monceau) ou créées (comme la rue Rambuteau pour relier les Halles au Marais, 1838), le rattachement de l’île Louviers à la rive (1843), la création du premier square à l’emplacement de l’archevêché saccagé en 1831 ; il s’inquiéta aussi de la génération des lampadaires à gaz, créés en 1820, de l’amélioration de l’approvisionnement de Paris en eau par l’achèvement des travaux d’adduction  de l’Ourcq et de la multiplication des bornes –fontaines qui passèrent de cent quarante-six en 1830 à deux mille en 1848. Mais son nom peut surtout rester attaché à l’implantation et à la construction des gares parisiennes, de 1835 à 1847 : gare d’Austerlitz (1835), isolée au-delà du Jardin des Plantes, gare Saint-Lazare en  1837, qui entraîna le prolongement de la rue du Havre au sud et de l’ouverture de la rue d’Amsterdam en direction de la barrière de Clichy. De même, le site de la gare du Nord fut choisi (1843) en fonction de la proximité de la rue La Fayette, de l’abattoir de Rochechouart et du faubourg Saint-Denis, riche d’arrivages de toutes sortes, d’entrepôts et d’industries. Quant à la gare de l’Est (1847), la proximité du bassin de La Villette fut déterminante, mais la percée du boulevard de Strasbourg ne se fit que plus tard. Enfin, la gare de Lyon (1847) donna lieu ultérieurement à la démolition de la célèbre prison de Mazas et à l’ouverture de la rue de Lyon qui permit une liaison rapide avec la Bastille et la place de la R2publique.

L’expansion de la banlieue

Au-delà de l’enceinte des Fermiers généraux, la proche banlieue formée d’une dizaine de villages connut, surtout au nord, en quelques décennies, une croissance invraisemblable due à l’industrialisation favorisée par de vastes espaces et une grande liberté financière et fiscale. Ainsi, le village des Batignolles, apparu après 1800, comptait 44 000 habitants en 1856, La Chapelle passa dans le même temps de 700 habitants à 33 000, quant au village de Beaugrenelle, il fut créé (1824) par un directeur de société, Jean-Baptiste Violet, qui y érigea un théâtre de 1 300 places, une église…

Les fortifications

fortificationsLa prospérité et le peuplement important de la banlieue firent qu’à la suite de la double occupation de Paris, à la fin de l’Empire, il apparut que la ville avait besoin de revoir son système de défense et qu’il était plus question d’en exclure cet environnement industriel. On songea donc à reporter au-delà la ligne de défense et Thiers proposa, dès 1833, la construction de forts extérieurs. Le projet fut écarté et la question revint à l’ordre du jour quand, en 1840, la guerre parut imminente. On décida alors (1841) la construction d’un mur continu sans pour autant démolir l’enceinte existante, et l’on abandonna l’idée de Thiers car ce « système suivant les cas pourrait être tourné soit contre le gouvernement, soit contre la population, ou devenir un instrument de domination au profit de l’étranger. En 1830, si Charles X avait eu des forts à sa disposition, le mouvement national de Juillet pouvait être compromis. » Les travaux furent rapidement conduits (1841 -1845) grâce à un fort contingent de provinciaux qui par la suite, restèrent à Paris au chômage et fournirent le gros des troupes révolutionnaires de 1848. Par ailleurs, les villages environnants cernés par les nouvelles fortifications conservèrent leurs privilèges et leurs franchises, pour peu de temps puisqu’ils furent annexés à Paris en 1860 et entrèrent ainsi dans le régime commun de la capitale, avec toutefois quelques mesures transitoires.

Le « déplacement » de Paris

La chute de Louis-Philippe ne permit pas à Rambuteau de résoudre les problèmes soulevés par les études du conseiller municipal Lanquetin qui mirent en évidence l’engorgement du centre de Paris (Châtelet-les Halles) et l’impossibilité de s’y mouvoir, les mauvaises communications à l’intérieur de la ville et, entre les rives le retard de la rive gauche, enfin, et surtout le « déplacement » de Paris, c’est-à-dire l’abandon du centre par les riches, le luxe, la finance, le haut commerce, en direction des boulevards et du nord-est. Le témoignage le plus évident de ce dernier phénomène était fourni par le récent prolongement du boulevard Malesherbes jusqu’à la rue Monceau et celui de la rue de Tocqueville en direction de l’avenue de Villiers. Lanquetin proposa un rééquilibrage de la ville par le transfert sur la rive gauche de diverses activités : Rambuteau, conscient des problèmes que cela soulevait, nia l’existence du « déplacement » de Paris. Mais le débat continua entre théoriciens et Napoléon III et Haussmann purent tirer profit d’analyses et de projets lucides.

Le second Empire

A l’égard de Paris, la politique entreprise par Louis-Philippe et Rambuteau prit une ampleur inattendue avec Napoléon III et Haussmann. L’empereur, qui avait vécu à Londres, avait pu y apprécier les espaces verts, la lutte pratiquée contre les taudis, la démolition de quartiers entiers ; sa bonté naturelle le poussa à chercher à transporter dans la capitale les solutions d’outre-Manche. Haussmann, préfet énergique de la Gironde, fut appelé pour diriger la rénovation de Paris et appliquer les directives que l’empereur lui fixa, dès leur première entrevue, par un grand plan de la ville sur lequel le souverain avait indiqué les modifications à effectuer et qui servit de référence à Haussmann tout au long de son action. Il conserva comme architecte Hittorff (place de l’Etoile) déjà en fonction, mais eut le plus souvent recours à son ami Baltard (les Halles). Pour le seconder, il fit venir d’anciens collaborateurs : Belgrand, spécialiste des travaux hydrauliques, qu’il avait connu dans l’Yonne, Alphand et Barillet-Deschamps dans la Gironde ; le premier dirigea les travaux, le second, horticulteur, fut responsable des parcs et jardins0 la législation sur les expropriations l’aida précieusement et le financement des travaux fut assuré par des emprunts, souvent critiqués, mais qui seuls permirent cent aggiornamento urbain : ainsi, à la chute de l’Empire, l’endettement était, en dépit des campagnes de presse, fort raisonnable, correspondant à une année de budget. Au contraire de l’empereur plutôt romantique, Haussmann n’appréciait que les larges boulevards, les lignes droites terminées par un monument ou un dôme, tel celui du tribunal de commerce réalisé uniquement pour achever la perspective du boulevard de Sébastopol. Pour la première fois, on considéra Paris dans son ensemble, avec sa pauvreté, ses encombrements, sa population dans l’est et le centre, ses nouveaux quartiers riches à l’ouest, les communes annexées en 1860, sous-équipées, qu’il fallut assimiler et auxquelles on s’efforça de faire rattraper leur retard… Rambuteau, dans la période précédente, n’avait pas voulu entreprendre de grands travaux, hormis ceux qui étaient indispensables (les fortifications), par crainte de faire venir des provinciaux que la ville ne saurait accueillir décemment et qui seraient condamnés à vivre dans des conditions précaires et sordides. Haussmann ne s’arrêta pas à ces considérations humanitaires et fit de Paris un immense chantier quinze ans durant. Mais son œuvre dépassa largement la percée de grandes artères et il dota aussi Paris d’un réseau d’infrastructures vraiment modernes.

Les infrastructures

Si l’approvisionnement en eau fut triplé et cette amélioration soulignée par quelques fontaines monumentales, souvent dessinées par Davioud (Observatoire, places du Théâtre-Français, Saint-Michel), le préfet réalisa la rénovation et l’installation d’égouts modernes, que l’on pouvait visiter, avec la création du collecteur principal d’Asnières ; ainsi, à son départ, on en comptait 560 kilomètres pour 107 à son arrivée. D’autre part, il consacra une part importante de son activité à la création des abattoirs de La Villette, à l’installation de marchés dans les quartiers récemment annexés, et surtout à la reconstruction fonctionnelle des Halles, en « parapluies » fameux, selon des critères d’hygiène et de commodité nouveaux ; et il n’oublia pas d’améliorer les hôpitaux ou de s’intéresser aux transports en commun, avec la construction de la gare Montparnasse (1848), l’agrandissement et la reconstruction des autres gares, la création de la Compagnie  générale des omnibus en 1854, et la mise en place d’un service de transports en commun en dehors de la voie publique : ce fut le chemin de fer de la Petite-Ceinture, qui reliait toutes les sorties de Paris et échappait aux embarras ; dans le même esprit, dès 1853, le principe du métropolitain fut adopté : il s’agissait de créer une ligne tantôt aérienne, tantôt souterraine de La Villette à la rue Rambuteau avec un embranchement vers les Halles. Les auteurs du projet, Brame et Flachat, réalisateurs du chemin de fer de Saint-Germain, arguèrent : « Il pourra être utilisé pour le transport des voyageurs notamment et des ouvriers qui, par suite des transformations opérées dans les quartiers du centre, vont être obligés de se loger aux extrémités de la ville. » Pour une question de garantie d’intérêt aux actionnaires, l’affaire fut abandonnée et eut bien du mal à renaître sur d’autres bases à la fin du siècle.

Les espaces verts

Les espaces verts tinrent une place importante dans la rénovation urbaine, d’abord parce que Napoléon III les aimait et y tenait particulièrement, ensuite parce qu’il était compétent en la matière, enfin parce que ses conceptions humanitaires en faisaient, à ses yeux, un bien de consommation courante, qui n’était pas réservé aux riches, mais utile à tous pour des raisons d’hygiène et aussi d’équilibre social. Certes, Paris disposait de jardins publics qui furent réaménagés : Luxembourg, Tuileries, parc Monceau, sans compter les Champs-Elysées. Mais il eut aussi l’intention de donner un jardin à chaque quartier, comme il avait pu le voir à Londres. Ainsi naquirent, avec ou sans pièce d’eau, nos squares de la tour Saint-Jacques, du Temple, des Arts-et-Métiers (1857), Louvois, louis XVI (1862)… de même que, dans la zone annexée, ceux des Batignolles, de la Chapelle… Mais, en bordure de la ville, dans le même esprit et sans discrimination qualitative, on aménagea en parcs à l’anglaise le bois de Boulogne à l’ouest avec lacs, rivière, cascade (1852-1855), le parc Montsouris au sud (à partir de 1867), le bois de Vincennes (après 1860) et les Buttes-Chaumont (1866-1867) en « paysage de région montagneuse », dont Alphand put dire que c’était sa plus belle réalisation.

Dans la même intention de rééquilibrer l’est de Paris en espaces de loisirs et d’agrément, il reprit l’idée de Napoléon 1er qui avait voulu faire du bassin de La Villette et du Canal Saint-Martin une promenade, « les Champs-Elysées de l’est », et couvrit ce dernier : la voie ainsi obtenue devint le boulevard Richard-Lenoir aménagé en promenade de la Reine-Hortense (1861) ornée de dix-sept squares et fontaines.

Le percement des grands boulevards

boulevards-des-MaréchauxLes communications à l’intérieur de Paris constituèrent le problème le plus important à résoudre pour éviter une asphyxie totale du centre qui réunissait la plupart des activités vitales. L’empereur envisagea globalement la question : traversées de la ville de part et part, jonction des quartiers entre eux, effectuée le plus souvent par la prolongation de voies déjà existantes ou à partir de carrefours (places monuments, etc.) Dans cette réalisation, tout n’est pas à attribuer à Haussmann puisque Napoléon III entreprit dès 1852, l’ouverture du boulevard de Strasbourg et la création de la rue des Ecoles. Mais l’on peut dire que les deux hommes collaborèrent, et la circulation urbaine reposa dès lors sur deux directions : nord-sud et est-ouest ou en anneaux concentriques par rapport à la Seine, répétant le tracé des enceintes médiévales telles les ondes formées par un caillou tombé à l’eau.

Dans le sens nord-sud, la construction d’un certain nombre de ponts multiplia les points de passage : ponts National et de Garigliano, correspondant aux boulevards des Maréchaux, pont de l’Alma, pour relier l’Ecole militaire à l’Etoile, pont de Solférino entre le jardin des Tuileries et le faubourg Saint-Germain. Mais la grande réalisation fut la percée rectiligne gare du Nord –Observatoire, avec les boulevards de Strasbourg, de Sébastopol, du Palais et Saint-Michel. Dans le sens est-ouest, si la rue des Ecoles prolongeant celle de l’Ecole-de-Médecine permit de relier le carrefour de l’Odéon au Jardin des Plantes, les deux grandes opérations furent la liaison directe Bastille-Concorde par la rive gauche (boulevards Henri IV et Saint-Germain) et surtout, par la rue de Rivoli, permettant la réalisation du vieux rêve de la monarchie d’une voie triomphale entre les châteaux de Vincennes, du Louvre, des Tuileries et de Saint-Germain-en-Laye. Ainsi fut achevée, non sans problèmes,  la rue de Rivoli : il fallut araser la colline de Saint-Jacques-de-la-Boucherie au Châtelet, et, en annexe, aménager, de manière décente, cette croisée stratégique, d’où la création de deux théâtres. Plus loin, la proximité du Louvre et des Tuileries fit que l’on soigna le décor de la rue de Rivoli en poursuivant, de la place des Pyramides au Louvre, l’ordonnance et les galeries imposées par le premier Empire.  Pour mettre en valeur le monument, on aménagea les places Saint-Germain-l’Auxerrois, avec la construction d’une mairie et d’un beffroi néogothiques, en harmonie avec l’église ; plus loin, le carrefour du Palais-Royal fut, lui aussi, repensé. Enfin,  tandis que l’on agrandissait le Louvre, la cour du Carrousel fut enfin libérée de toutes les constructions multiséculaires qui l’encombraient et plantée d’un square, ce fut l’achèvement d’un chantier ouvert depuis plus de trois siècles.

Sur la rive gauche, les rues Gay-Lussac et Claude-Bernard d’une part, des Ecoles et Monge d’autre part, dégagèrent la montagne Sainte-Geneviève, tandis que l’ouverture des boulevards de Port Royal et Saint-Marcel réunit les Invalides aux gares Montparnasse, d’Austerlitz et de Lyon ; et la création du boulevard Arago rapprocha la place Denfert  de la gare d’Austerlitz et de Lyon ; et la création de la rue de Rennes, dans l’axe de la gare, amorça sa difficile liaison avec la rive droite. Et l’avenue René-Coty fit  le trait d’union entre la place Denfert et le parc Montsouris.

Sur la rive droite, les réalisations furent plus nombreuses et complexes, et, dans un grand nombre de cas, rayonnèrent à partir de carrefours stratégiques. Ainsi, de la place de la République (dite alors du Château d’eau), on ouvrit le boulevard Magenta (prolongé jusqu’à Clignancourt), qui assura la liaison entre les gares de l’Est, du Nord, de Lyon et d’Austerlitz par la Bastille ; de même, le boulevard Voltaire fit communiquer la place de la Nation avec la gare du Nord, et l’avenue de la République relia le cimetière du Père-Lachaise à l’Opéra et à la Concorde. La place de l’Opéra fut essentielle dans la pensée impériale. Outre l’importance et le prestige du monument, réalisation symbole du régime, le problème de son insertion dans le quartier et celui de ses accès fut capital et traité de manière judicieuse et imaginative : l’avenue de l’Opéra permit d’atteindre les anciens théâtres du Palais-Royal, puis le quartier du Châtelet ; la rue du 4-septembre doubla avec la rue de Réaumur les Grands Boulevards ; la rue Auber, qui se terminait à la rue du Havre, créa une voie d’accès supplémentaire vers la gare Saint-Lazare, utile aux habitants du Châtelet, de la Cité et du Quartier latin, de plus, l’habile tracé en losange des rues Gluck et Scribe relia directement le Palais-Royal à la place Clichy. L’aménagement du quartier des Halles simplifia la topographie et entraîna l’ouverture de la rue des Halles, vers le Châtelet, de celle du pont-Neuf, vers la rive gauche, de celle de Turbigo, vers la République, tandis que l’élargissement de la rue Montmartre améliorait l’accès depuis le boulevard de Clichy.

Le percement du boulevard de Sébastopol

Le projet du Boulevard de Sébastopol ne fut pas accueilli, comme on le supposait volontiers de nos jours, par l’approbation générale qu’avait obtenue le prolongement de la Rue de Rivoli. Bien au contraire.

Nos contradicteurs s’étonnaient, d’abord, de ce qu’au lieu d’ouvrir une voie nouvelle de la ligne des Boulevards à la Seine, entre les rue Saint-Denis et Saint-Martin, à petite distance de l’une et de l’autre, on n’eût pas pris le parti , plus simple en apparence, d’élargir la première. Ils ne se rendaient pas compte de l’énormité des indemnités d’expropriation et d’éviction qu’il aurait fallu payer dans ce cas, aux propriétaires de maisons et aux locataires des magasins et boutiques du côté de cette voie si commerçante.

                                                               Baron Haussmann, Mémoires, 1890-93

Les quartiers du nord-ouest

L’annexion de 1860 fut particulièrement importante pour le nord –ouest parisien. La place de l’Etoile aménagée par Hittorff avait pour corollaire l’anneau circulaire des rues de Presbourg et de Tilsitt, car aucun immeuble ne devait ouvrir sur la place même ; elle irriguait de ses douze avenues rayonnantes les VIIIe, XVIe et XVIIe arrondissements ; et le réseau urbain eut tendance à se raccorder à ces dernières et à les prolonger. Ainsi, la création du boulevard Haussmann, l’achèvement de la rue de Maubeuge inauguraient une transversale Etoile-garde du Nord, ou bien, par la rue La Fayette, Etoile-Bassin de la Villette, de même, la prolongation de la rue Roquépine vers le boulevard Malesherbes doubla la rue de la Boétie et permit d’atteindre, par la rue des Mathurins, la Chaussée(d’Antin ; par ailleurs, l’allongement de la  rue de Miromesnil fit communiquer le boulevard de Courcelles avec la place Beauvau et les Champs(Elysées ; enfin, l’achèvement de la rue Troncher relia directement la Concorde à la gare Saint-Lazare. Le lotissement du quartier Pereire vit aussi la création de grandes artères : partant de la place du Maréchal-Juin (place Pereire), l’avenue Niel en direction de l’Etoile, la rue de Prony vers le parc Monceau, alors qu’à la même époque l’achèvement de la rue Cardinet ou l’ouverture de la rue Jouffroy rapprochaient le pont Cardinet de la place de l’Etoile. Dans le XVIe arrondissement, tandis que la place d’Iéna n’était qu’un relais entre l’Etoile et le Trocadéro, deux importants carrefours apparurent ; la place de l’Alma où l’on ouvrit trois nouvelles avenues vers les Champs-Elysées (Georges –V), vers l’Etoile (Marceau), vers le Trocadéro (Président Wilson) et cette dernière fut reliée à la porte de la Muette et au bois de Boulogne par les avenues Georges Mandel et Henri Martin. Les jardins du Ranelagh furent réorganisés (chaussée de la Muette, avenue du Ranelagh) et l’avenue Mozart constitua la principale voie d’accès au village d’Auteuil, avec, pour prolongement jusqu’aux boulevards extérieurs, la rue Michel-Ange. Dans le sens est-ouest, les rues Mirabeau et de Molitor doublèrent la sinueuse dur d’Auteuil entre la Seine et Boulogne. Enfin, la boulevard Exelmans fit le raccord avec les boulevards des Maréchaux sur la rive gauche.

Les quartiers du nord-est

L’est de Paris connut semblable organisation avec l’ouverture de l’avenue Daumesnil entre la Bastille et le bois de Vincennes ainsi que l’aménagement de la place de la Nation, selon un schéma aussi rayonnant que celui de la place de l’Etoile : le boulevard Diderot menant aux gares de Lyon, d’Austerlitz, le boulevard Voltaire vers celles de l’Est et du Nord, l’avenue Philippe-Auguste, vers le père Lachaise et le bassin de La Villette. Par ailleurs, la rue des Pyrénées traversa les communes de Belleville et de Ménilmontant, du cours de Vincennes aux Buttes-Chaumont au bassin de la Villette. Enfin, l’avenue Gambetta et la rue Belgrand rapprochèrent la porte de la porte de Bagnolet de la place de la République.

Il apparaît ainsi clairement que le second Empire marque la fin d’une époque : celle des grandes ordonnances (rue de Rivoli, places de l’Etoile, de l’Opéra, du Théâtre-Français, boulevard Saint-Germain), mais aussi, celle où furent pensés de manière cohérente et moderne les problèmes de circulation.

On a souvent reproché à Haussmann ses lignes droites ; elles furent certes nombreuses, mais, souvent, le préfet se contenta d’intercaler quelques tronçons nouveaux afin de réunir des rues situées dans le même axe ou deux quartiers éloignés.

Mais sa grande idée novatrice fut la création de rocades évitant le centre : achèvement des grands boulevards de la rive gauche, démolition de l’enceinte des Fermiers généraux (1860) et aménagement du boulevard continu sur la rive droite de l’Etoile à la Nation, utilisation et adaptation du boulevard circulaire des Maréchaux. Et l’on constate aussi que Haussmann perçut parfaitement les points importants : gares, bassin de La Villette, carrefours de l‘Opéra, de l’Etoile, si bien que les travaux effectués depuis n’ont jamais remis en cause ce visionnaire plan directeur

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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