Histoire juive du Marais

Le Pletzl

L’historie juive du Marais commence au début des années 1880 à la veille de la Seconde Guerre mondiale, environ 110 000 Juifs Yiddishophones sont arrivés en France. Poussés ver l’ouest par la misère et les persécutions en Europe de l’Est, ils se sont installés à Paris. Dans la capitale, métropole modernisée par Haussmann, subsistent des îlots à la configuration ancienne peu transformée. C’est le cas des rues et ruelles qui bordent de chaque côté, la grande saignée où se joignent la rue Saint-Antoine et la rue de Rivoli.

Là, se situe ce que l’on appelle le Pletzl (mot yiddish pour « petite place » par opposition à la grande place, celle des Vosges) Il s’agissait sans doute le la place des Hospitalières Saint-Gervais ou de celle de l’actuel métro Saint-Paul. Mais le Plelzl en est vite venu à désigner un quartier réduit symboliquement à la rue des Rosiers.

Avant même l’arrivée des populations parlant yiddish dans la capitale, le lieu est une zone ancienne d’implantation juive. Les Judéo-Alsaciens venus à Paris au XIXe siècle s’y sont installés en grand nombre. Dès les années 1820-1830, les sources attestent de leur présence rue des Jardins Saint-Paul, rue du Figuier ou rue des Rosiers.

Cependant, dès cette époque, le quartier n’est pas spécifiquement juif. Une certaine coloration juive a pu attirer les émigrants. Elle n’a pas été déterminante. D’autres éléments expliquent leur installation. La pauvreté et l’insalubrité des logements, mis en avant par nombre d’enquêtes, en font naturellement le lieu d’implantation privilégié d’une population sans ressources qui, de surcroit, y retrouve ses activités traditionnelles : le chiffon et la casquette.

Le Pletzl est investi par des souvenirs, des projets, des volontés politiques variées ; c’est un quartier d’immigrants avec ceux qui s’installent et ceux qui accueillent.

 

L’école des Hospitalières Saint-Gervais

Ce fut la première école primaire gratuite ouverte à Paris,  placée sous le contrôle du Consistoire juif en 1846. Elle continua d’accueillir à partir de 1880 et jusqu’en et jusqu’en 1940 des enfants juifs, catholiques et de nationalité étrangère et elle restait ouverte le samedi et non le jeudi. Le 16 juillet 1942, des policiers parisiens vinrent arrêter les enfants et leurs enseignants. Aucun ne revint des camps d’extermination. En hommage à leur mémoire, une plaque commémorative rappelle leur martyre sur la façade de l’école

 

La synagogue de la rue Pavée

C’est au mois de juin 1914 qu’est inaugurée la synagogue de la rue Pavée, voulue et financée de manière indépendante par l’association russo-polonaise Agoudas hakehilos, qui a choisit Hector Guimard comme architecte.

Gerson Sirota, le célébrissime hazan (chantre) de la synagogue Tlomacki de Varsovie est venu chanter. Aucun représentant des autorités officielles du Judaïsme français ne s’est déplacé, préférant ignorer une initiative immigrante qu’elles n’ont pu ni  empêcher ni investir.

Cette synagogue demeure aujourd’hui une des rares traces à la fois institutionnelles et architecturales de l’implantation immigrante. Le choix d’Hector Guimard comme architecte peut surprendre. On imagine mal à priori, l’alliance du maître parisien de l’Art Nouveau et des Juifs russes orthodoxes. Elle est pourtant riche de signification. De la même manière qu’est apparue aux Etats-Unis une culture yiddish sensiblement différente de celle de l’Europe centrale et orientale, aurait pu voir le jour à Paris, une culture yiddish également spécifique, marquée par l’influence française. Ceci n’est qu’un hypothèse, mais le choix de Guimard la rend plausible.

 

10-12 rue des Deux-Ponts

Face au quai des Célestins, dans cette rue qui traverse la Cité, la Fondation Fernand-Halphen, installée dans deux corps de bâtiments ( de 1926 et 1930), abritait une cinquantaine de logements aux loyers modérés destinés aux familles nombreuses. Les rafles de la fin septembre 1942 furent catastrophiques. Au total 112 locataires parmi lesquels  40 enfants en bas âge, furent déportés en direction d’Auschwitz-Birkenau, notamment dans les convois n° 37 et 38 des 25 et 28 septembre

 

L’îlot 16

Quartier de chiffonniers, brocanteurs, récupérateurs de vieux métaux… le Marais était vivant et misérable. Trois quarts des immigrés de l’Est y vivant étaient juifs. D’où le terme de « ghetto » souvent associé à cette enclave sise entre les églises Saint-Paul et Saint-Gervais, au sur de la rue de Rivoli. L’opération d’expropriation qui y fut engagée chassa de leur logement des milliers de personnes sans défense face aux autorités. Le Marais désigné par l’expression « ilot 16 » fut au cœur des polémiques liées, en 1996, au débat sur la spoliation des Juifs déportés. La question du  «  pogrom administratif » se posait : en 1941, la Préfecture avait-elle volé des propriétaires juifs sous couvert d’une expropriation – le quartier étant jugé insalubre- et, cinquante ans plus tard, la Ville de Paris tirait(elle encore profit de ces biens mal acquis ?

L’expropriation, envisagée sous la IIIe République, lancée sous le régime de vichy, poursuivie et achevée sous les IV et Ve Républiques, fut un exemple de continuité administrative. Les propriétaires juifs qui furent spoliés obtinrent réparation complète à la Libération, mas les commerçants et locataires juifs et étrangers subirent une discrimination économique indéniable et persistante.

 

 

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