Ile de la Cité-Paris

L’île de la Cité

Cette île qui fut longtemps le centre de la capitale en est la partie la plus anciennement habitée et l’on admet que les Parisii s’y établirent au IIIe siècle av. J-C. En 52 av. J.-C., les Romains s’en emparèrent et favorisèrent son développement. Si de nombreux monuments et le forum s’installèrent sur la rive gauche, le palais se situa dans l’île et l’empereur Julien l’Apostat y résida (357-358). Clovis, en faisant de Paris sa capitale, renforça l’importance de l’île et quand, au IXe siècle, les Normands à plusieurs reprises assiégèrent la ville (notamment lors du grand siège de 885), les riverains trouvèrent refuge ici. Le caractère premier de l’île est défensif et en période troublée on l’entoura d’un rempart. Le rassemblement de tous les habitants confirma la vocation administrative du lieu où se regroupèrent toutes les fonctions urbaines : religieuses (cathédrales) et civiles (palais, parlement, Chambre des Comptes). Le calme revenu, au XIe siècle commença l’essor ininterrompu des deux rives et les souverains reconstruisirent et améliorèrent le palais ; quand ils vinrent habiter sur la rive droite, ils ne se désintéressèrent pas pour autant de l’île et Henri IV l’agrandit à l’ouest pour y aménager une place destinée à embellir la ville.

ile-de-la-Cité-ParisJusqu’à la fin de l’Ancien Régime, la cathédrale et les grandes administrations restèrent concentrées dans  la Cité, tandis que dans un dédale de petites rues comprenant de nombreuses églises, les artisans (orfèvres notamment) continuaient d’exercer leurs métiers. C’est à Louis Philippe, puis à Haussmann que l’on doit l’espace actuel dénaturé : tout le tissu urbain médiéval évoqué avec tant de talent par Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris a disparu et la cathédrale dégagée que nous admirons aujourd’hui est complètement sortie de son contexte archéologique et architectural. Du vieux quartier ne subsistent que quelques éléments en bordure du quai aux Fleurs, autour de la rue Chanoinesse. Pour le reste, l’hôtel-Dieu, la préfecture de police, le tribunal de commerce, la Palais de justice et le marché aux fleurs disent assez la destination administrative et édilitaire de la Cité qui n’est guère habitée qu’à ses extrémités : place Dauphine et au nord de Notre-Dame. Voisine et suzeraine de l’île Saint-Louis, peu atteinte par les opérations haussmanniennes, la Cité a, au contraire, beaucoup souffert physiquement d’être le point d’appui de la politique urbaine du grand homme qui, à tout prix, a sauvegardé sa fonction et son rôle essentiel dans la vie parisienne et a continué d’en faire l’un des centre vitaux. L’animation du quartier est due à sa destination administrative et surtout aux  innombrables touristes qui, en toutes saisons, viennent visiter Notre-Dame et, quand les beaux jours arrivent, flâner sur le parvis et au marché aux fleurs, le plus célèbre de Paris.

Notre-Dame

 La construction d’un chef-d’œuvre

notre-dame-de-ParisAu temple de Jupiter de l’époque gallo-romaine succéda une basilique dédiée à saint Etienne, située à l’emplacement du parvis. Détruite par les Normands en 857, elle fut rapidement reconstruite et dura jusqu’à la construction de l’édifice que nous connaissons par l’évêque Maurice de Sully, à partir de 1163. Originaire de Sully-sur-Loire, ce fils de paysan présida trente-six ans aux destinées du diocèse de Paris. Le plan primitif de Maurice de Sully était très simple : nef à doubles collatéraux, transept non saillant, chœur profond cerné d’un double déambulatoire. Sans entrer dans le détail, on peut dire que la construction commença par le chœur, achevé vers 1180, et que le légat du pape consacra le maître-autel en 1182. Le transept ensuite fut terminé en 1198, peu après l’arrivée de l’aristocrate Eudes de Sully (1197) qui entreprit l’élévation de la façade principale : en 1225, elle atteignait la base de la galerie à arcatures et fut terminée, tours comprises, avant 1250. On procéda aussitôt à des modifications en construisant des chapelles entre les contreforts de la nef, si bien que les bras du transept étant en retrait, Jean de Chelles dut reconstruire la façade. En 1258, il entreprit la façade sud qui fut terminée par Pierre de Montreuil. En même temps, pour éclairer davantage l’intérieur, on agrandit les fenêtres hautes, ce qui força à modifier les arcs-boutants et à les faire  d’une seule volée. A la fin du XIIIe siècle, et au début du XIVe, Pierre de Chelles, puis son successeur, Jean Ravy, édifièrent les chapelles du chœur (1396-1344)

Une histoire mouvementée

A la fin du XVIIe siècle, Robert de Cotte, chargé de la réalisation du vœu de Louis XIII, détruisit le maître-autel, le jubé, les stalles, une partie des bas-reliefs de la clôture du chœur ; plus tard, les chanoines remplacèrent les vitraux par des verres blancs ; en 1771, Soufflot supprima le trumeau et une partie du tympan central pour permettre au dais de sortir lors des processions. Sous la Révolution, les grandes statues des portails (sauf  la Vierge de la porte du cloître) et les rois de Juda, pris pour les rois de France, disparurent ; leurs têtes ne furent retrouvées que par hasard en  1976, rue de la Chaussée  d’Antin, au cours de travaux dans la maison du frère de Lakanal, qui, en bon monarchiste, les avait sauvées et emportées chez lui. Elles ont été déposées au musé de Cluny

 

Viollet-le-Duc

Viollet-le-DucLe retour en grâce du gothique avec Chateaubriand et les romantiques, le succès de Notre-Dame-de Paris de Victor Hugo (1831) créèrent un mouvement d’opinion favorable à la restauration  de l’édifice. Elle fut décidée par un  décret de 1844 et les acteurs en furent Lassus puis Viollet-le-Duc (1857-1879). Ce dernier, surtout, avec une conscience tout archéologique, chercha à rétablir l’édifice dans son état d’origine et, grâce aux gravures existantes, put restituer la statuaire disparue. Son action trop zélée et systématique, qui chercha parfois à recréer l’édifice comme il aurait dû être (il créa la flèche !), a souvent été critiquée. Il faut bien savoir cependant que, sans son souffle puissant, le bâtiment qui était dans un état de délabrement incroyable, aurait disparu.

Le rayonnement de la cathédrale

Le rayonnement de Notre-Dame fut immense, tant pour sa qualité architecturale qu’en raison de la place occupée par Paris et l’Université du XIIe  au XIVe siècle. Et l’on peut dire qu’elle a accompagné les grands moments de l’histoire de France : réunion des premiers états généraux (1302), couronnement du jeune Henri VI d’Angleterre comme roi de France (1431), ouverture du procès  de réhabilitation de Jeanne d’Arc (1445), innombrables Te Deum et funérailles de grands personnages, sacre de Napoléon (1804), magnificat d e la libération de Paris (1944)… sans compter toutes les funérailles nationales.

L’extérieur

Du square Jean XXIII, on ne peut qu’admirer le chevet de la cathédrale et sa solidité, presque trapue, en dépit du mouvement ascensionnel créé par la flèche de Viollet-le-Duc. A la porte rouge (rue du Cloître-Notre-Dame) le tympan figure le couronnement de la Vierge (vers 1260) et les voussures des épisodes de la mort et de la vie du Christ ressuscité, l’Assomption, le Jugement dernier et le miracle de Théophile.

Le portail nord est consacré à la Vierge (trumeau), à l’enfance du Christ (linteau) et aussi à la légende du moine Théophile qui, ayant signé un pacte avec le diable fut sauvé par la Vierge. Avant la Révolution, les piédroits étaient occupés par les statues des Rois mages (à gauche) et les Vertus théologales (à droite). Le portail sud (à partir de 1257) est consacré à la légende de saint Etienne.

La façade occidentale

La façade principale saisit par son équilibre grandiose, son refus des solutions extrêmes (tours très élevées, porches très enfoncés créant des contrastes de lumière trop intenses), et aussi sa structure géométrique marquée avec insistance par les horizontales ou des verticales. A l’exception des linteaux du portail central, les sculptures des tympans et des voussures sont d’origine. Au portail de gauche, Le Couronnement de la Vierge domine  La Dormition et L’Assomption représentées de manière astucieuse en une seule scène ; dans le linteau, des patriarches et des rois entourent l’arche d’alliance. Tandis que des rois, des anges, des patriarches et des prophètes occupent les voussures, les signes du zodiaque et les travaux des mois décorent de manière un peu anecdotique les piédroits.

notre-dame-de-parisAu portail central, Le Jugement dernier  et  la plupart des voussures (Jugement, Paradis, Enfer) datent des années 1220. Tout le reste a été refait : La Résurrection des morts et La Pesée des âmes, Le Christ du trumeau, Les Vertus et les Vices des piédroits. Le portail Sainte Anne illustra aux linteaux des scènes de la vie de sainte Anne et de la Vierge ainsi que de l’enfance du Christ, et, au tympan, la Vierge entourée de saint Germain et saint Childebert qui firent tant pour l’Eglise de Paris ; les voussures sont occupées par des anges, des rois, des prophètes et les vieillards de l’Apocalypse. Au-dessus des trois portails, dans la galerie de Judas et d’Israël, ont été mises en place des restitutions de Viollet-le-Duc.

 L’intérieur

A l’intérieur, la nef est flanquée de deux bas(côtés sur lesquels donnent quatorze chapelles ; l’élévation qui comprend grandes arcades, tribunes et fenêtres hautes est bien traditionnelle et son voûtement sexpartite englobe deux travées à la fois. Au-delà du transept non saillant se déploie le chœur bordé par une clôture sculptée ainsi que le double déambulatoire sur lequel donnent les chapelles rayonnantes. La rose de la façade, où sont représentés autour de la Vierge les vertus et les vices, les travaux des mois et les signes du zodiaque, a été presque entièrement refaite par Viollet-le-Duc. Les orgues sont de Clicquot (1730). Les fenêtres de la nef et les tribunes  ont des vitraux  modernes de Le Chevallier.

La première chapelle à droite est celle de la confrérie des Orfèvres qui contribua de manière très importante à la décoration des chapelles. Sous Philippe Auguste, elle avait offert une châsse, mais c’est en 1549, avec la création de la confrérie Saint-Anne et Saint-Marcel, que naquit une tradition : l’offrande au premier mai d’un arbre vert à la Vierge qui, à la fin du siècle devint l’offrande d’un autel portatif. En 1630, ce don fut celui d’un tableau et jusqu’en 1707, (sauf pour 1683 et 1684), soixante-seize tableaux, de meilleurs artistes, entrèrent à Notre-Dame. La Révolution dispersa l’ensemble : certains sont au Louvre, d’autres dans les musées de province, mais les plus importants sont ici. Dans les sept chapelles du bas-côté droit on trouve : La Lapidation de saint Etienne (1651) et Le Martyre de saint André (1647) par Le Brun, Le Crucifiement de saint Pierre (1653) par Sébastien Bourdon,  La Prédication de saint Pierre (1642), par Charles Poërson, Le Centurion Corneille aux pieds de saint Pierrre (1639), par Aubin Vouet, La Conversion de saint Paul (1637) et saint Pierre guérissant de son ombre les malades (1635), par La Hyre. La rose du bras du transept droit, très restaurée au XVIIIe siècle, représente autour du Christ les Vierges sages et les Vierges folles, des saints et des apôtres.

L’entrée du chœur est marquée, à droite, par une statue de la Vierge (XIVe siècle) et à gauche par une de saint Denis de Nicolas Coustou. La décoration du chœur a été entièrement refaite par Robert de Cotte de 1708 à 1725, en commémoration du vœu de Louis XIII. Outre les stalles richement sculptées qui furent réalisées sur les dessins de Dugoulon et Charpentier, on remarquera, au fond du chœur, une Vierge de pitié (1723) par Nicolas Coustou et les statues de Louis XIV (1715) par Coysevox et Louis XIII offrant sa couronne à la Vierge (1715) par Guillaume Coustou. La clôture du chœur réalisée avant 1351 par Jean Ravy et Jean Le Bouteiller, son neveu, fut très endommagée par les travaux de Robert de Cotte, ce qui nécessita une grande restauration de Viollet-le-Duc. A droite du chœur figurent Les apparitions du Christ après la Résurrection. Dans la chapelle, deux tombeaux méritent l’attention : celui de Juvenal des Ursins et de sa femme (XVe siècle) et celui du lieutenant général d’Harcourt par Pigalle ; de même, dans la chapelle de la Vierge, les monuments du maréchal et du cardinal de Gondi à genou sont de beaux morceaux de sculpture (XVIIIe siècle), tandis qu’au mur, dans une fresque, la Vierge et les saints accueillent l’âme de l’évêque Mattifus de Bucy, mort en 1304, dont le gisant se tient derrière le maître-autel.

La rose du transept nord est presque intacte et représente la Vierge entourée des grands personnages de l’Ancien Testament. Comme dans l’autre bas-côté, les chapelles sont décorées de mays, à l’exception de la première à partir du chœur, occupée par l’impressionnant monument du chanoine Yver (XVe siècle) figuré presque sous les traits d’un transi. Dans les autres on trouve les mays suivants : Les Fils de Scéva (exorcistes juifs) battus par le démon (1702) par Mathieu Elyas, Le  prophète Agabus prédisant à saint Paul ses souffrances à Jérusalem (1687), par Louis Chéron, Saint André tressaille de joie à la vue de son supplice (1670), par Gabriel Blanchard, La Flagellation de saint Paul et de saint Silas (1655), par Louis Testelin, Saint Paul rend aveugle le faux prophète Barjesu (1650), par Nicolas Loir, La Descente du Saint Esprit (1634), par Jacques Blanchard.

Le trésor dans la sacristie, à droite du déambulatoire, conserve des manuscrits et des ornements, des souvenirs des trois archevêques assassinés (Mgr Affre, Mgr Sibour et Mgr Darboy), de l’orfèvrerie et les cadeaux des souverains et des papes et surtout la croix palatine, reliquaire contenant un morceau de la Croix, qui appartint à manuel Comnène, empereur de Byzance au XIIe siècle

Le Parvis de Notre-Dame comportait jadis divers établissements : Saint-Pierre-aux-Bœufs (dont le portail remonté orne la façade de Saint-Séverin), Sainte-Marine et l’Hôtel-Dieu à l’emplacement du square Charlemagne. Haussmann les fit disparaître ainsi que le dédale de petites rues plus ou moins lépreuses qui reliaient la cathédrale au palais. L’Hôtel-Dieu actuel, de style néo-florentin par Diet (1866-1878) a remplacé l’hôpital des Enfants-Trouvés de Boffrand (1747) dont la chapelle avait été décorée par Natoire. La crypte du parvis présente l’histoire « ancienne » du lieu : murs romains, salle hypocauste, enceinte de la Cité (IIIe siècle), vestiges de la première cathédrale Saint-Etienne et de maisons médiévales…

Le Palais de justice

4, boulevard du Palais

Palais-de-Justice-ParisL’Ouest de la Cité pendant longtemps ne fut constitué que ‘îlots marécageux qui se solidifièrent par l’apport d’alluvions et de dépôts humains de toutes sortes.  Bien qu’il n’y ait jamais eu de campagnes de fouilles systématiques, on pense que dès le début de l’époque gallo-romaine le prétoire se trouvait dans la cour de la Sainte-Chapelle ; on y découvrit en 1845 une salle peinte dont les pierres provenaient de bâtiments publics transformés en citadelle après les invasions du IIIe siècle. L’île fut alors cernée d’un rempart qui passait à proximité de la rue de Harlay. A côté du prétoire se trouvait le palais impérial (où Julien fut proclamé empereur en 360) : ainsi les administrations civile et militaire siégeaient en cette extrémité de l’île.

De Clovis à saint Louis

Clovis et ses successeurs habitèrent le palais, en face duquel fut fondé le couvent Saint-Eloi. A partir de Dagobert, les souverains désertèrent la Cité, qui fut par trois fois prise par les Normands (845, 856, 861), cependant que l’évêque reprenait en main l’administration, rétablissait le rempart du Bas-Empire, permettant ainsi de soutenir victorieusement le grand siège de 885-886. Vers la même époque, les comtes de Paris responsables de la ville s’installèrent dans le palais. Au début du XIe siècle, Louis le Pieux, le reconstruisit et éleva la chapelle Saint-Nicolas, là où saint Louis créa la Sainte-Chapelle. A la suite d’un coup de main sur le palais en 1111, Louis VI fit bâtir une grosse tour capable d’abriter le trésor, derrière la cour du Mai ; elle fut démolie en 1783 après avoir servi longtemps de prison ‘Ravaillac, Damiens). Louis VII poursuivit les aménagements du palais et surtout de son environnement, où se trouvait le quartier général de la communauté des drapiers, aussi riche que puissante (rue de Lutèce). Près de ses appartements, Louis VII se fit aménager une chapelle dédiée à la Vierge (l’actuelle chapelle de la Conciergerie dite des Girondins). L’œuvre de Philippe Auguste fut de compléter la défense de l’île par deux remparts sur les rives, reportant ainsi la fonction militaire à la terre ferme. Saint Louis, ayant reçu la couronne d’épines, décida de construire un écrin qui en fût digne : ce fut la Sainte-Chapelle. En même temps, il édifia de plain-pied avec ses appartements la galerie des Merciers et, au nord de la Sainte-Chapelle, une sacristie pour ses archives : toutes deux furent détruites en 1782.

La première prison

Philippe le Bel, ayant rebâti l’entrée du palais avec deux grosses tours, fit du concierge un personnage important et le chargea de la garde de quelques prisonniers : ainsi naquit la prison. Il refit la plus grande partie du bâtiment (1308-1316) et agrandit le palais. Les générations suivantes apportèrent leurs contributions et Charles V, vers 1370, installa  la première horloge publique de Paris. A la fin du XIVe siècle, les rois transportèrent leur résidence sur la rive droite (hôtel Saint-Paul, Louvre), laissant le palais à l’administration : le Parlement et la Chambre des comptes notamment. Deux incendies causèrent d’énormes dégâts : celui de 1618 entraîna l’intervention réparatrice de Salomon de Brosse (au-dessus de la salle des Gens d’armes) ; celui de 1776, beaucoup plus grave, qui fit disparaître une grande partie des archives de la Chambre des comptes donna lieu à la construction de la cour du Mai par Antoine et Desmaisons (1783-1786). Des agrandissements furent effectués après 1850 par Duc (quai des Orfèvres, aile du Parquet ; façade de la rue de Harlay et Cour de cassation), puis, vers 1880, par Daumet. Enfin, Tournaire, de 1911 à 1914, édifia les chambres correctionnelles à l’angle du boulevard du Palais. Si l’aspect actuel de l’édifice ancien en bordure de la Seine correspond à ce qu’il était au Moyen Age, il ne faut pas méconnaître les interventions du XIXe siècle : ajout d’un étage aux trois tours, en raison de la surélévation du quai. Enfin l’utilisation intensive des locaux à la révolution leur fut préjudiciable et le plus célèbre cachot, celui de la reine Marie-Antoinette, fut transformé en chapelle expiatoire par Louis XVIII. Par ailleurs, à côté de la vie administrative, le palais connaissait des activités variées et ses galeries étaient encombrées de boutiques et de marchands. Tout ceci n’est plus : nombre d’entre elles disparurent dans l’incendie de 1776 et quelques-unes survécurent jusqu’au temps de Louis-Philippe.

La galerie marchande et la salle des pas perdus.

pas-perdus-ParisDe belles grilles de ferronnerie d’époque Louis XVI donnent accès à la cour du Mai, surveillée par les statues de l’Abondance, de la Force, de la Prudence et de la Justice. Au-delà de l’escalier, sur toute la largeur, la galerie marchande était sous l’Ancien Régime, un endroit particulièrement animé où les hommes de loi et les plaideurs côtoyaient marchands et libraires. A droite, la salle  des pas perdus, ancienne Grande Salle reconstruite par Salamon de Brosse (1618), fut refaite à la suite des incendies de la Commune par Duc et Daumet : c’est une double nef, très vivante, que Balzac appelait la « cathédrale de la chicane ». Dans le monument de Berryer d’après Lebas (1821), la tortue illustre les lenteurs de la justice. Au fond à droite, la première chambre civil siège dans l’ancienne Grand-Chambre, décorée sous Louis XII (1502) ; là siégea le Tribunal révolutionnaire, présidé par Fouquier-Tinville (1793-1794) incendiée en 1871, elle fut refaite dans le même style.

La Sainte-Chapelle

L’empereur Baudouin II de Constantinople (1237-1261) ayant engagé la couronne d’épine du Christ pour obtenir un prêt et ne pouvant faire face à l’échéance, saint Louis s’entremit, régla le créancier et reçut en échange la couronne (1239). Il alla la chercher  à Troyes. En 1241, il acquit du même Baudouin un morceau de la vraie Croix. Il décida alors la construction d’un édifice digne d’accueillir ces précieuses reliques, fit édifier, peut-être par Pierre de Montreuil, la Sainte-Chapelle (vers 1245-1248). L’incendie de 1630 détruisit la charpente et le clocher ; pendant la Révolution, la châsse fut fondue et les reliques en partie sauvées (aujourd’hui à Notre-Dame) ; l’édifice mis en vente devint un magasin à farine, un club, puis un dépôt d’archives ; il fut finalement restauré par Duban, Lassus et l’inévitable Viollet-le-Duc (1837-1867) et échappa par miracle à l’incendie de 1871.

Ce joyau de l’art gothique saisit par son unité, la synthèse entre les contraintes techniques et les exigences artistiques. La chapelle fut conçue sur deux niveaux : son étage inférieur destiné aux serviteurs est un peu massif et supporte l’étage supérieur. Pour ce faire, dans la chapelle basse, une rangée de colonnes a été aménagée à faible distance des murs, dégageant toutefois un vaste espace central. Au-dessus de ce socle inférieur, quelque peu rustique, les grandes fenêtres occupent tout l’espace situé entre les contreforts qui assurent la liaison entre la base austère et la partie supérieure légère et abondamment décorée. A l’intérieur, la chapelle haute est une véritable « cage de verre », prouesse technique rendue possible par la solidité et l’excellente conception des contreforts. Le soubassement est décoré d’arcatures au-dessus desquelles s’élancent les verrières (six cents mètres carrés) qui, pour plus des deux tiers, datent du XIIIe siècle. Enfin, les statues des douze apôtres accrochées aux colonnes assurent la transition entre le soubassement aveugle et les fenêtres.

La Conciergerie

1 quai de l’Horloge

Conciergerie-ParisElle correspond à la porte médiévale du palais, parvenue jusqu’à nous. La tour de l’Horloge, à l’angle du boulevard, date du second quart du XIVe siècle. En 1371, Charles V commanda à Henri de Vic la première horloge publique, dont Germain Pilon refit le cadra et le décor sculpté avec les figures de la loi et de la justice.

Dans la Conciergerie subsistent trois belles salles gothiques : la salle des Gardes (fin XIVe) et la salle des Gens d’armes (début du XIVe) située sous la salle des pas perdus. Cette dernière est aussi importante que celles du Mont-Saint-Michel et du palais des Papes. On lui a donné une destination culturelle depuis quelques années (expositions, concerts, etc.). Les cuisines, qui datent des années 1350, présentent dans les angles quatre cheminées dont les contreforts sont calés par des colonnes.

On ne peut pas visiter cet endroit sans penser à la prison et à l’époque révolutionnaire. La première travée de la salle des Gens d’armes était la « rue de Paris », car le bourreau Sanson, dit monsieur de Paris, y régnait. Sous la Terreur, on y logea les gens sans ressources qui ne pouvaient payer leur logement. La galerie des Prisonniers, au-delà, était l’endroit le plus animé par où passaient tous les condamnés, hommes de loi et visiteurs. L’une des cellules donnant sur cette galerie fut occupée par Marie-Antoinette du 2 août au 16 octobre 1793 : elle ne comprenait alors qu’un lit de camp, une chaise et une table ; dans la cellule voisine furent détenus Robespierre (une nuit) et Danton. L’ancien oratoire de Louis VII fut transformé en prison collective dans laquelle on enferma vingt-deux girondins avant leur exécution en 1793 : c’est pourquoi on l’appelle la chapelle des Girondins. On y a installé depuis un petit musée regroupant quelques souvenirs révolutionnaires, des gravures et des registres d’écrous de prisonniers politiques (Napoléon III, Clémenceau, etc.)

La place Dauphine

Place-DauphineAlors  que les travaux entrepris place des Vosges avançaient, Henri IV concéda, en 1607n au premier président du Parlement, Achille de Harlay, la pointe de l’île de la Cité, jadis occupée par ses jardins, ainsi que trois îlots marécageux. Il s’agissait de construire une nouvelle place entre le Pont-Neuf qui devait recevoir une statue du roi, et le palais, elle s’appellerait Dauphine en l’honneur du fils du roi, tout comme la toute voisine rue Dauphine, ouverte la même année, dans l’axe du pont. En raison de la forme du terrain, on conçut une place triangulaire fermée, qui ne communiquait avec l’extérieur que par deux ouvertures sur le pont et rue de Harlay. Comme à la place des Vosges, les façades devaient respecter une ordonnance en brique et pierre comprenant des arcades au rez-de-chaussée, deux étages et un toit d’ardoises. L’absence de règlement d’urbanisme fit qu’au fil des ans, des travaux, des ravalements, la belle unité architecturale disparut. Le coup de grâce lui fut donné en 1874, lorsque Duc, pour dégager la nouvelle façade du palais, rasa le fond de la place. Toutefois, ce qui subsiste constitue un bel ensemble du XVIIe siècle, aussi bien dans la place que sur les quais.

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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