Inuits : les nomades du froid

Venus du Canada et de l’Alaska, il y a plus de quatre mille ans, les Esquimaux se sont adaptés à une nature invivable.

Vers 2500 av. J.-C., des tribus indiennes chasseuses de caribous se sont mises en mouvement depuis l’intérieur du Canada : à l’ouest, vers l’Alaska ; à l’est, vers le Groenland. Là, sur cette terre vierge, deux voies se sont offertes à elles : la première, la « route du bœuf musqué » leur a permis d’atteindre le nord-est de l’île et de descendre le long de sa côte orientale ; la seconde, longeant la côte ouest, les a progressivement menées jusqu’au sur et au cap Farewell, d’où les paléo-Esquimaux ont remonté la côte est. En été et en automne, des groupes de chasseurs occupent brièvement les lieux de pêche, où ils récoltent le précieux bois flotté. Ces nomades qui chassent à l’arc passent le long hiver et la période sombre  dans des conditions inimaginables, proches de la torpeur. La chasse au phoque ne fournit pas alors l’essentiel des besoins. La survie est assurée par le bœuf musqué, le lièvre et le renard arctiques, la perdrix des neiges, l’oie et la truite… ces tribus minuscules ont-elles des chiens ? Utilisent-elles la lampe à huile et le harpon en os ? On l’ignore.

Entre 2250 et 950 av. J.-C., s’établit la culture dite Saqqaq, du nom de ruines situées dans la baie de Disko, sur la côte ouest, au nord du cercle polaire arctique. Cette phase de civilisation va s’étendre jusqu’à l’extrême Sud et remonter une frande partie de la côte est, jusqu’à Angmagssalik. Elle atteindra la région de Scoresbysund, l’actuel Ittoqqortoormit, l’ »isolat » le plus extrême du Groenland. Les phoques abondent. Le poisson, en été et les caribous à l’automne, assurent les provisions de l’hiver. La nourriture macère dans des sacs en peau de phoque ; on la cuit sur des cailloux brûlants ou des feux à ciel ouvert. Des lampes à huiles assurent l’éclairage et le chauffage. Les pointes de lances et de harpons sont en ardoise.

Vers 1250 av. J.-C., période de réchauffement climatique, une nouvelle vague d’immigration, qualifiée de culture indépendante II, occupe les territoires du Nord et du Nord-Est. Celle civilisation perdure quelque huit cents ans et abandonne le Nord pour descendre sur la côte est. L’habitat, petit et dispersé atteste une présence sporadique. Les objets décoratifs et religieux ou magiques, font leur apparition. Vers 550 av. J.-C., et jusqu’à environ 1200 après J.-C., la culture dite Dorset s’établit indépendamment sur le même espace côtier. Les Esquimaux abandonnant l’arc au profit de la lance et du javelot, attaquent les grands animaux marins, morses et baleines, qui nourrissent des groupes importants. Les techniques de chasse au phoque sur la banquise se développent. Le climat s’étant dégradé vers 1000 av. J.-C., le nord du Groenland restera inhabité pendant près de vingt siècles.

Entre le Xe et le XIe siècle de notre ère, le Groenland connaît deux nouvelles vagues d’immigration, différentes, mais concomitantes, liées au réchauffement climatique. Tandis que les Vikings découvrent le sud du Groenland, une nouvelle population, dite néo-Esquimau, franchit le détroit de Nares, 26 kilomètres entre le Canada  et le Groenland. Originaires de l’Alaska, ils ont profité d’une amélioration du climat et des eaux libres de glace pour traverser le Canada. L’usage du traîneau à chiens leur permet une rapidité accrue. En été, ils s’attaquent aux baleines qu’ils poursuivent dans de grands bateaux couverts de peaux, les umiak. Ils chassent aussi le caribou. Ce sont, sous le nom d’Esquimaux de Thulé, les ancêtres des actuels Groenlandais. L’organisation sociale est assez souple pour permettre aux groupes de se fragmenter durant les périodes d’expansion. Les chasseurs ont atteint le nord du Groenland vers 1050. Aux XIIe et XIIIe siècles, ils finissent par investir le sud du Groenland, puis la côte est, via le cap Farewell.

La période dite Inugsuk, du nom d’une île située sur la commune d’Upemavik, est marquée par les premiers contacts, vers 1200, entre Esquimaux et Vikings. Les conditions de vie ont changé. Les familles sont désormais regroupées dans des maisons à multiples pièces et entrées. On y a retrouvé des objets décoratifs, statuettes, jeux et jouets, des amulettes, des couteaux en fer, ainsi que des copies d’objets vikings ou d’inspiration scandinave. A la même époque, et pour des raisons inconnues, la momification remplace les tombeaux en pierre. Au fil des siècles, les conditions climatiques, puis la politique coloniale des Danois accentueront la différence entre la zone arctique et la zone subarctique.

A partir du XIXe siècle, la pêche devient prépondérante. Les chiens de traîneau ne sont plus utilisés, puis interdits quand l’élevage des moutons se développe. Au nord et sur la côte est, la chasse au phoque, à l’ours et aux petits cétacés s’adapte à l’état de la banquise grâce aux traîneaux à chiens en hiver et au kayak en été. Le kayak reste utilisé sur certains parcs nationaux du Nord-Ouest. Au Centre-Ouest, se sont développées des zones de pêche industrielle.

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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