La chapelle royale de Versailles

Le 5 mars 2018, le château de Versailles a officiellement lancé les travaux de restauration de sa chapelle royale, prévus jusqu’en 2020. Un chantier d’envergure qui redonnera à ce joyau tout son éclat.

Manifeste architectural conçu par Jules Hardouin-Mansart et décoré par les plus grands peintres et sculpteurs du temps, la chapelle de Versailles a été le fruit d’une longue élaboration. Achevée en 1710 par Robert de Cotte, au terme d’un chantier entrepris par Jules Hardouin-Mansart en 1687, la chapelle royale de Versailles est l’un des joyaux les plus aboutis du château. La noblesse de son architecture et la qualité exceptionnelle de sa décoration en font un des grands chefs-d’œuvre de l’art sacré. Les plus grands artistes de l’époque — architectes, peintres, et sculpteurs — ont participé à la réalisation de son fastueux décor intérieur, créant une parfaite symbiose avec l’architecture.

chapelle-royale-Versailles

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Les restaurations actuellement lancées ont mis en évidence de graves désordres structurels nécessitant une action rapide. Les dernières restaurations des parties extérieures datent du XIXe-XXe siècles. Des fissures sont apparues sur la maçonnerie en raison de la poussée de l’immense charpente et des fuites, au niveau de la toiture, abîment le bois et menacent les peintures de la voûte. Ainsi, l’ensemble des ardoises vont être refaites tandis que les ornements en plomb — déchirées et affaissées à certains endroits — vont faire l’objet d’une restauration. Les armatures des vitraux, la statuaire de pierre et les ornements en façade — que les intempéries abîment inexorablement en faisant disparaître les reliefs — vont également être restaurés.

Chapelle-royale-Versailles

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Une fédération de mécènes

Pour mener à bien ce projet, le château de Versailles a de nouveau fait appel à la Fondation Philanthropia qui avait déjà participé à de grands chantiers de restaurations dans le château : le bassin de Latone et de Trianon-sous-Bois. L’entreprise Saint-Gobain, dont l’histoire est intimement liée au château — fondée en 1665 par Jean-Baptiste Colbert, sous le nom de « Manufacture royale des glaces » et qui a servi à fournir vitres et miroirs pour la grande galerie et la chapelle — a décidé de soutenir cette opération en prenant en charge des travaux complémentaires pour la partie basse de l’édifice.

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Cinq choses à savoir sur la chapelle du château de Versailles

Louis XIV a profité de « sa » chapelle seulement… 5 ans : on pense souvent que la construction de la chapelle a été pensée en même temps que le reste du château. Il n’en est rien. Avant d’entreprendre la réalisation d’une chapelle autonome, Louis XIV assistait à la messe dans des petites chapelles successives aménagées au cœur du château. Un premier sanctuaire de 1663 se trouvait au niveau de l’actuel cabinet intérieur de Madame Adélaïde, suivi d’un deuxième sanctuaire en 1670 aménagé, à l’origine, dans l’actuelle salle des gardes de la Reine. En 1672, Charles Le Brun entreprend la décoration d’une chapelle plus luxueuse dans l’actuelle salle du Sacre, mais celle-ci disparait huit années seulement après. Une quatrième chapelle provisoire de 1682, située à l’emplacement de l’actuel salon d’Hercule, servit jusqu’à l’édification de la grande chapelle royale. En tant que siège permanent de la cour et du gouvernement, le château devait se doter d’un lieu de culte pleinement adapté au statut de la résidence royale. Après plusieurs années d’ébauches et de réflexion, les travaux de la grande chapelle démarrent pour durer une dizaine d’années. C’est en 1710 que le chantier est finalement abouti, cinq ans seulement avant la mort de Louis XIV.

Chapelle-royale-Versailles

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Construite à l’image des chapelles palatines : conformément à la tradition des chapelles palatines, elle comporte deux niveaux. La tribune principale, au-dessus de l’entrée, était réservée à la famille royale, les tribunes latérales aux princes du sang et aux principaux dignitaires de la cour tandis que les autres fidèles se tenaient au rez-de-chaussée. Pour permettre de s’asseoir, des bancs et des ployant étaient disposés dans la nef, lors des messes et des cérémonies. À l’exception des ducs et des duchesses, qui, comme les ecclésiastiques, jouissaient du privilège du carreau — ou coussin — il était d’usage de s’agenouiller à même le sol.

Chapelle-royale-Versailles

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Une voûte entièrement dédiée à la peinture : la beauté de la chapelle réside tout particulièrement dans son plafond peint. L’idée de disposer des peintures à la voûte de la chapelle n’allait pas de soi, car au sein des résidences royales françaises, seule la chapelle de la Trinité à Fontainebleau constituait un précédent. Les arcs doubleaux, prévus à l’origine dans la chapelle de Versailles, sont finalement abandonnés pour laisser place à une surface unie. Trois peintres parmi les plus grands furent choisis pour réaliser les peintures. Charles de la Fosse se chargea de réaliser la Résurrection sur la partie de la voûte, au-dessus de l’autel, Jean Jouvenet s’occupa de peindre la Pentecôte au-dessus de la tribune royale, tandis qu’Antoine Coypel réalisa, pour la partie centrale, un chef-d’œuvre d’ingéniosité sur le thème de Dieu le Père dans sa gloire. Jouant avec les reliefs des fenêtres hautes et des lunettes, il mit en place une architecture feinte assez subtile pour contrecarrer les difficultés architecturales tout en offrant une surface picturale la plus unifiée possible. En voyant le résultat à l’automne 1709, Louis XIV déclara en s’adressant à Coypel : « Ce morceau est beau et plus on le regarde attentivement, plus il vous fait honneur ».

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Un écrin idéal pour les cérémonies : Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, la chapelle a servi de cadre aux grandes cérémonies de la cour de France. Parmi les grandes dates, on peut évoquer, entre autre, les grandes cérémonies de l’ordre du Saint-Esprit et les mariages des futurs souverains. Le 23 février 1745, la chapelle accueille un des mariages les plus fastueux du règne de Louis XV : celui de Louis, le Dauphin, avec Marie-Thérèse, l’Infante d’Espagne. Le 16 mai 1770, elle est le cadre majestueux du mariage de l’archiduchesse Marie-Antoinette (14 ans) et Louis-Auguste (16 ans), petit-fils de Louis XV et futur Louis XVI.

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Mozart a joué sur l’orgue de la chapelle : le 18 novembre 1763, Léopold Mozart arrive à Paris pour présenter ses deux enfants prodiges : Marie-Anne (12 ans) et surtout Wolfgang (7 ans). Par chance, ils sont introduits à la cour de Versailles par un ami et obtiennent une visite privée. Louis XV les reçoit avec Madame de Pompadour. Après avoir joué pour elle, Mozart souhaite l’embrasser mais la marquise refuse (l’étiquette oblige !) froissant au passage le petit garçon. Il avait déjà eu la chance d’embrasser l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche mais l’étiquette de la cour était alors plus souple. Lors de cette visite, Louis XV demande à entendre Mozart jouer sur le grand orgue de la chapelle, réalisé par Robert Clicquot et Julien Tribuot à l’époque de Louis XIV : « Le roi, impatient, se lève et se dirige vers la chapelle royale. Tout le monde suit. L’enfant frappe une note prolongée, puis une autre, suivie d’un déluge d’harmonie. Le roi est stupéfait ! ».

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