La croix de l’Ordre du Temple

«L’association de l’Eglise et de la chevalerie, de la guerre avec la religion se consomma dans une institution inconnue à tous les peuples antérieurs et qui se rattache encore plus intimement aux croisades : nous voulons parler des ordres religieux…, écrivait César Cantu, un historien du siècle précédent. Nulle part la chevalerie ne se montre plus digne d’admiration que dans son institution militaire religieuse ; là, elle accepte le renoncement à la gloire du guerrier comme au repos du moine, et charge du double fardeau de ces deux existences le même individu, en le vouant tour à tour aux périls du champ de bataille et au soulagement de la souffrance. Les autres chevalier allaient en quête d’aventures pour leur dame et l’honneur, ceux-ci pour secourir l’indigence et le malheur ».

Les Templiers, en s’installant à Jérusalem, se qualifièrent de pauvres soldats du Christ. Soldats, ils le restèrent, mais soldats du Christ ? A leur procès, il fut prétendu le contraire : leur Christ n’était pas celui des théologiens de Rome, leur foi ne passait plus par ces dogmes sur lesquels, pendant mille ans, évêques sanctifiés, pères fondateurs de l’Eglise et papes intransigeants, avaient fondé l’Occident chrétien. Au contact de l’Orient, en revenant aux sources de leur religion, sur les lieux mêmes où elle était née, les Templiers semblaient vouloir l’interpréter autrement. L’Eglise de Rome a-t-elle, secrètement perçu l’ésotérisme templier comme une grave menace ? A-t-elle voulu tuer, avant qu’elle n ‘éclate, l’hérésie templière comme elle avait anéanti l’hérésie cathare ?

Pour abattre le Temple, il fallait un glaive. Philippe le Bel, homme avide, s’y prêta d’autant plus volontiers que ses caisses étaient vides.

Il n’eut pas à lutter contre ses scrupules : ne s’employa-t-il pas aussi, on l’oublie souvent, tout au long de son règne, à briser la chevalerie en lui imposant des règlements, notamment sur les combats et les tournois ? Fut-il un roi calculateur, visionnaire, qui voulait favoriser une bourgeoisie commerçante face à une noblesse en impasse dans sa féodalité ? Ou fut-il un roi faible, manipulé par ses conseillers, à l’instar de ses trois lamentables fils, ces rois maudits » que Maurice Druon a su rendre si romanesques ?

On a souvent décrit Philippe le Bel comme un être impulsif et violent, et le pape Clément V, son complice dans l’holocauste templier, comme un être faible à ses ordres. Et si c’était le contraire ? Si Clément V, connaissant le tempérament emporté du roi de France, l’avait manipulé et laissé faire, tergiversant jusqu’à ce qu’il ait accompli la sale besogne ?

Une fois le Temple écrasé à Paris (où l’Ordre avait installé sa maison mère, après le départ de Palestine et de Chypre), plus de risque d’hérésie ! A l’Est les Teutoniques s’occupaient moins de religion que de bâtir un empire, en Espagne les Templiers rescapés chassaient les dernier Maures de la péninsule sous la haute surveillance des princes et des rois locaux.

L’erreur des Templiers fut de ne pas rester « pauvres ». Sans doute, aux signes extérieurs de leur richesse ajoutèrent-ils l’arrogance : pour être Templier, il fallait être noble, et la modestie ne devait pas être la qualité première de ces soldats d’élite : ils avaient accompli, lors des guerres de Palestine, des exploits héroïques, avaient fait généreusement don de leur vie, mais devaient le faire savoir, ce qui ne pouvait qu’irriter les autres chevaliers ravalés à la condition de reîtres laïcs, de porte-lances royaux.

croix-templièreLes nombreux dons reçus ne leur attirèrent pas non plus la sympathie des héritiers spoliés ; les Templiers, s’ils firent profiter de leur savoir les artisans compagnons, ne surent pas partager leur richesse ; ils se contentèrent de la prêter. Avec ce qu’on leur offrait, ils se faisaient banquiers, même s’ils s’ingéniaient à ne pas se mettre en désaccord avec l’Eglise, qui interdisait l’usure.

Des murailles cernaient leurs domaines, leurs chapelles étaient secrètes… : pour la populace naïve, les Templiers étaient trop mystérieux pour être honnêtes ; aussi ne s’indigna-t-elle pas quand on les accusa de magie, voire de sacrifices humains… Les Templiers au faîte de leur puissance, comme on dit dans le jargon des publicitaires contemporains, ne surent pas « communiquer ».

Cela n’excuse en rien –et explique à peine- la violence de la répression dont ils furent l’objet. A moins qu’à l’instar de Jésus-Christ dont ils étaient les pauvres soldats, il ait été nécessaire qu’ils subissent un martyr pour entrer dans l’Histoire et la légende, pour qu’ils deviennent mythiques…

Le pape Eugène III, lorsqu’il leur accorda la croix rouge à coudre sur leurs blancs manteaux, pour rappeler le vœu qu’ils faisaient d’être toujours prêts à répandre leurs sang pour la défense de la religion chrétienne, pouvait-il se douter que ce serait un autre pape qui laisserait mettre à mort ces soldats de Dieu après un procès inique, indigne, « stalinien » ?

La croix templière, derrière laquelle se rangeaient les pèlerins, cette croix templière, qui fit trembler des armées d’infidèles est devenue, après le sacrifice de Jacques de Molay, symbole de martyr et d’injustice. Dans le grand cimetière des espérances assassinées, elle se dresse à côté de la croix occitane, symbole du catharisme.

Comment a pu survivre l’esprit d’un  ordre dont l’épopée fut l’une des plus belles pages de notre Moyen-Age

Editorial Actualité de l’Histoire mystérieuse

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une grand-mère qui s'amuse tout en espérant gagner un peu d'argent

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