La Loutre commune ou Loutre des rivières

La Loutre commune (Lutre lutra) ou Loutre des rivières est un animal spécifiquement aquatique. Elle mesure 90 cm à 1,30 m. dont 30 à 50 cm de queue et pèse de 5 à 14 kg. Sa forme allongée, ses pattes courtes, sa denture et ses glandes anales l’apparentent aux putois et aux martres, mais sa tête est celle d’un phoque, avec son crâne étroit, son museau arrondi, ses grosses moustaches, ses petits yeux vifs et ses oreilles menues qu’une membrane obstrue en plongée. Le corps est cylindrique, la queue épaisse à la base et effilée. Les pattes très courtes, munies de 5 doigts palmés sur plus de la moitié de leur longueur, s’appuient sur le sol avec toute la plante du pied en laissant des empreintes rayonnantes, plus profondes à l’avant qu’à l’arrière. La peau nue, ridée et pustuleuse qui couvre la pointe du museau est caractéristique. La fourrure imperméable, dense et drue, est formée de poils grossiers rigides et brillants, de couleur brune, couvrant un sous-poil très fin, brun clair à la racine et brun foncé à la pointe. L’aire de répartition de la loutre commune est très vaste. Elle comprend toute l’Europe, toute l’Asie, l’Afrique et l’Amérique du Nord.  

Cet animal manifeste une préférence marquée  pour les rivières dont les rives sont couvertes par la végétation sur de longs parcours. Il vit dans des terriers appelés « catiches », dont l’entrée est toujours immergée, généralement d’un mètre de profondeur. De cette entrée part une galerie inclinée, longue de près de deux mètres, qui conduit à la chambre principale du terrier, toujours très spacieuse et souvent tapissée d’herbe sèche. Une seconde galerie, plus étroite conduit de la chambre principale à une issue de secours, située sur la rive, et qui permet l’aération du terrier. Pour construire son gîte, la loutre profite  le plus souvent des entonnoirs naturels que les crues du printemps laissent dans les berges et qu’elle élargit e, creusant la terre avec ses pattes et en déchiquetant les racines avec ses dents. Elle ne s’établit que rarement dans un terrier abandonné par un autre animal, et à condition qu’il soit assez proche de l’eau. De toute façon la loutre dispose toujours de plusieurs terriers, et passe de l’un à l’autre pour exploiter rationnellement les endroits les plus poissonneux. Lorsque les eaux en crue noient son terrier, la loutre trouver refuge sur les arbres voisins et s’abrite dans les cavités des troncs.         

Ce mustélidé est sans doute un des animaux les plus gracieux et les plus sympathiques de la faune terrestre. Il suffit de le regarder marcher pour comprendre qu’il est avant tout un animal aquatique. Ses courtes pattes l’obligent presque à ramper comme un serpent, quoique avec une certaine rapidité. Même sur la neige ou la glace, il se déplace assez vite. L’aisance et la légèreté avec lesquelles elle virevolte sont une des caractéristiques de la loutre. Elle sait aussi se dresser sur ses pattes postérieures et rester dans cette position sans perdre l’équilibre, en tournant la tête de tous côtés. En cas de nécessité, elle grimpe aux arbres  en s’aidant de ses courtes griffes.           Mais l’eau est son véritable élément, et elle s’y réfugie chaque fois qu’elle le peut. Elle nage avec la queue, comme les poissons, les pattes collées au corps. Sa capacité pulmonaire lui permet de rester plusieurs minutes sous l’eau, où elle se livre à toutes sortes d’évolutions. Elle joue, plonge, nage sur le côté, se couche sur le dos, replie ses pattes sur sa poitrine et se laisse porter par le courant en faisant la planche. Même lorsqu’elle nage sous l’eau, on peut surveiller son trajet grâce aux petites bulles d’air qui viennent crever à la surface. Son pelage, qui reste lisse et sec même quand l’animal passe beaucoup de temps dans l’eau, semble gainé d’une enveloppe argentée, constituée par de minuscules bulles d’air. Pendant les mois d’hiver, quand la rivière est gelée, la loutre cherche les crevasses qui s’ouvrent dans la glace et s’y faufile pour descendre dans l’eau. Il ne lui reste plus qu’à en trouver une autre pour remonter respirer à la surface.          

Lorsqu’elle est satisfaite, la loutre fait entendre un aboiement léger, ressemblant à un faible ricanement, mais si elle a faim, elle pousse un cri aigu, comparable à la syllabe « girrk ». Pour exprimer la colère, elle hurle d’une façon insupportable, tandis qu’elle manifeste ses élans amoureux par un sifflement sonore.        Ce  mustélidé a des sens très développés. Sa vue, son ouïe et son odorat sont si fins qu’ils décèlent l’approche d’un chien à plusieurs  centaines de mètres. Il n’est pas rare que la loutre s’approche des lieux habités. Sans être exclusivement nocturne, elle se met souvent en chasse après le coucher du soleil et pêche toute la nuit, surtout quand la lune brille. Bien que la loutre ne semble pas apte à faire des marches prolongées, elle peut cependant, en cas de besoin, entreprendre de longues migrations, par exemple pour se rendre dans des zones plus riches en poissons.

La loutre chasse dans l’eau comme le renard et le lynx chassent sur terre. E, eau peu profonde, elle traque souvent les poissons jusqu’à des cachettes dont elle les déloge sans trop de difficulté, mais sa méthode favorite est l’affût. Embusquée  sur une pierre ou le tronc d’un arbre abattu, elle plonge à l’improviste sur sa proie. En règle générale, la loutre avale les plus petits poissons sans cesser de nager, tandis qu’elle transporte les plus gros sur la rive, où elle les mange en les tenant solidement avec ses membres antérieurs. Elle laisse intactes la tête, la queue et certaines parties du corps. Dans les rivières les plus poissonneuses, elle devient si gourmande qu’elle se contente de croquer quelques bouchées du poisson, laissant le reste aux humains qui n’ont pas à se donner la peine de pêcher. La loutre mange également des  écrevisses, des grenouilles, des rats d’eau et des petits oiseaux, mais les poissons, et surtout les truites, restent son mets favori.

Les petits de la loutre peuvent naître en toute saison, bien que la période des amours se situe généralement à la fin de février ou au début de mars. Mâles et femelles, qui mènent habituellement une existence solitaire, s’appellent à tour de rôle avec un sifflement aigu et prolongé, puis jouent allègrement dans l’eau. Neuf semaines plus tard environ, la femelle met au monde, 2, 3 ou 4 petits dans son terrier jonché d’herbe sèche et moelleuse. Les petits naissent avec les yeux fermés et ne commencent à voir qu’au bout de 9 ou 10 jours. Au bout de huit semaines, ils sont capables de nager avec leur mère et d’apprendre les premiers rudiments de la pêche. Mais ils ne sont complètement adultes, ou, tout au moins, aptes à la reproduction, qu’à trois ans.

Capturées jeunes et nourries au pain et au lait, les loutres s’apprivoisent sans difficulté. Les Chinois  les utilisent pour la pêche. En Inde, on les dresse à poursuivre les poissons pour les obliger à se jeter dans les filets tendus par les pêcheurs. Le dressage est assez simple. Il faut avant tout que l’animal n’ait jamais goûté à la chair du poisson et ait été nourri exclusivement de pain et de lait. Lorsqu’il a atteint une taille suffisante, on lui donne un faux poisson en cuir avec lequel il s’amuse sur le sol. Ensuite, le faux poisson est jeté dans l’eau, et plus tard, remplacé par un poisson véritable, mais mort, que la loutre joue à attraper. Enfin, on place de vrais poissons vivants dans un baquet, dans lequel on dépose la loutre. Elle s’habitue ainsi à leur donner la chasse, puis à les saisir et à les rapporter à son maître. Lorsque cette phase  du dressage est terminée, l’animal est prêt à pêcher, pour le compte de son maître dans les étangs, les lacs et même dans les plus grands fleuves.

En liberté, la loutre a toujours été persécutée par l’homme, tant à cause des dégâts qu’elle cause à la pisciculture qu’à la valeur de sa peau. Mais elle est si méfiante et rusée qu’elle a toujours été très difficile à tuer ou à capturer, et si elle paraît en voie de disparition en Europe, il ne semble pas que la chasse en soit entièrement responsable. La destruction de ces mustélidés ne se justifie d’ailleurs pas. Leur fourrure est de moins en moins recherchée, il y a bien longtemps qu’on n’utilise plus leur sang et leur graisse en pharmacie, et l’examen de leur contenu stomacal a démontré qu’ils étaient indispensables au von équilibre de la faune, les poissons absorbés étant, en majorité, des vieilles bêtes cannibales et stériles.

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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