La Thaïlande en quelques lignes-1

Les siamois ont choisi le beau nom de « hache d’or » pour désigner leur royaume. Le fer de cette hache est bordé à l’ouest par la Birmanie, au nord par le Laos, au sud-ouest par le Cambodge. Le manche baigne d’un côté dans le golfe de Siam, de l’autre dans la mer Andaman, avant de prendre appuis dur la Malaisie.

Le climat de mousson domine tout le territoire. L’alternance d’une saison chaude et d’une saison humide n’interdit pas les variations locales qu’expliquent le relief, le volume des précipitations et leur répartition. C’est ainsi qu’il pleuvra sensiblement plus longtemps au Sud qu’au Nord, que le taux d’humidité sera particulièrement plus élevé dans le bassin de la Ménam. Si Bangkok peut se  targuer d’un des hivers les plus brefs du monde, celui-ci pourra se prolonger et devenir véritablement cruel dans le Nord du pays. Les reliefs du Nord et du Nord-Ouest appartiennent au système himalayen et constituent les derniers sursauts vers le sud.

L’altitude varie entre 1000 et 2000 mètres. C’est dans les vallées des cinq rivières que culture du riz et cultures maraîchères sont devenues florissantes.  Toutes ces rivières descendue du Nord baignent de leur lacis les riches plaines du Centre, avant de se rejoindre brièvement pour se diviser en deux bras, dont l’un va traverser Bangkok, alimenter le port en eau profonde de Klong Toey avant de se jeter dans le golfe de Siam. Ses alluvions ont fait émerger la riche plaine de la Menam. Cette zone admirablement irriguée, se prêtant naturellement à la culture du riz a vu s’établir les trois dernières  capitales du Royaume : Ayuthaya au XIVe siècle qui devait demeurer un centre politique pendant quatre siècles et fut totalement détruite par les armées birmanes en 1767.Thonburi, sur la rive droite du fleuve, capitale éphémère d’un roi utopiste qui devait connaître une fin tragique. Bangkok enfin, établie sur la rive gauche du fleuve par Chao Praya Chakri, successeur du roi Taksin et fondateur de la dynastie qui règne encore aujourd’hui. En adoptant le patronyme de Rama 1er, le roi Yodfa allait inaugurer une tradition respectée par tous les souverains successifs. Symbole du bien, Rama est une des incarnations de Vishnou. On comprend pourquoi Histoire et légende demeurent en Thaïlande inextricablement mêlées.

La région du Nord-Est fait figure de parent pauvre. Cette région défavorisée est la source des plus grands problèmes humains et économiques de la Thaïlande. La saison des pluies y est plus courte qu’ailleurs. Le pays n’est qu’un vaste plateau, mal arrosé par des rivières qui se réduisent à de minces filets d’eau pendant la saison sèche. Le riz généralement cultivé est un riz glutineux, impropre à l’exportation. Au contraire, la presqu’île de Malacca que la Thaïlande partage avec la Birmanie bénéficie de précipitations abondantes et d’une végétation luxuriante. La culture de l’hévéa, introduite au début du siècle, y prend un développement considérable. Mais la richesse de base, reste l’étain qu’on trouve dans les dépôts alluvionnaires. Phuket est un des principaux centres de production. Cette richesse minière ne fait pas que des heureux dans une région dont la beauté attire de plus en plus de touristes qui n’apprécient guère  de voir virer au gris les superbes plages de sable blanc.

Ces Thaïs qui sont-ils ?

Mais les Thaïs, qui sont-ils ? Siamois jusqu’en 1940, ils deviennent Thaïs par décision du gouvernement de Phibun Songkram, sous l’effet d’un « pan-thaïsme » qui visait à regrouper tous les peuples appartenant au même groupe linguistique. Ils redeviennent Siamois à la fin de la seconde guerre mondiale pour retrouver leur appellation antérieure après 1950. Nombreux sont ceux qui regrettent le beau nom de Siam.

Thaïlandais ou Siamois, qui sont ces orientaux qui ont réussi à maintenir à distance les colonialistes européens du XIXe siècle et les conquérants communistes du XX?   Pour un touriste fraîchement débarqué, ils forment une race unique où l’on peut sans doute, opposer les infiniment riches et les infiniment pauvres. Ce n’est qu’avec le temps qu’on finira par relever ici ou là, des traits qui distinguent des groupes ethniques bien définis. Ainsi, ce que remarque un farang installé à Bangkok, c’est l’importance de la communauté chinoise. Plus clairs de peau, plus en rondeurs, moins athlétiques, les Chinois constituent la moitié de la population de la capitale. Industrieux, dynamiques, prospères et bruyants, le quartier chinois est leur village, la ville toute entière leur empire. Partout se dressent condominiums, centres commerciaux, hôtels 4 étoiles, né de leur passion du travail et de leur génie commercial. L’arrivée de cette population, providentielle à plus d’un titre, ne date pas d’hier. On sait que le bouddhisme Theravada, qui est pratiqué au Siam, a constamment détourné ses fidèles de la recherche du profit. Le salut n’est possible, et partant, le bonheur, qu’à condition de mépriser les richesses matérielles. Ainsi les paysans se contentaient-ils d’une économie de subsistance, tandis que les Thaïs évolués s’orientaient vers le service de l’Etat, seul capable de conférer honneur et pouvoir. La porte de ce pays, raisonnablement fertile, se trouvait partiellement ouverte au vaste réservoir humain contenu en Chine. Le roi Ramkamhaeng l’ouvrit toute grande en faisant venir des potiers chinois dans sa capitale de Sukhothai. Au XVe siècle les Chinois exploitaient les mines d’étain du Sud. Dans la capitale légendaire d’Ayuthaya, les commerçants chinois se construisaient des demeures incomparablement plus luxueuses que leurs confrères hindous ou arabes. Si leur importance numérique demeurait encore faible, on voit que leur importance économique était déjà considérable. Les premiers rois de la dynastie Chakri encouragèrent cette immigration. Ils y voyaient le moyen, par le jeu des taxes, d’alimenter les caisses royales et d’enrichir leur trésor de guerre, en développant la culture et le commerce d’exportation. Du riz. Ils ne devaient jamais abandonner cette position de suprématie commerciale. Leur influence culturelle ou religieuse ne fut pas à la mesure de leurs succès économiques. Cependant, s’il convient de considérer la cuisine comme un des Beaux-Arts, alors la gastronomie thaïe leur doit beaucoup. Ne mentionnons  que les apports les plus connus : les plats de pâtes (Kuey tiaw), la cuisson des volailles et la sauce  de soja. L’immigration chinoise s’est bien tarie aujourd’hui, vraisemblablement  à la suite des mesures restrictives introduites par les gouvernements  de Phibun Songkran et Sarit Thanarat. On a par ailleurs assisté à une intégration progressive de cette population dont témoigne la siamisation des patronymes et la disparition des écoles chinoises. Il n’en reste pas moins vrai que la société thaïe conserve une culture binaire. : Chinois/commerce, Thaïs/administration. Pour illustrer ce phénomène, il suffit d’indiquer le cas de la joaillerie qui reste un monopole chinois.

Les Indiens se reconnaissent aisément avec leur costume traditionnel. Ce groupe très minoritaire est formé essentiellement de Sikhs, spécialisés dans le commerce des tissus. Le marché de Phahurat, qui s’étend de soï en soï témoigne  de leur habileté. Leur influence  fut déterminante dans les domaines de la culture et de la religion. C’est à eux que les Thaïs doivent d’avoir embrasé le bouddhisme Theravada. C’est leur poème épique, le Ramayana, devenu le Ramakien, qui nourrit l’imaginaire collectif depuis plus de 5 siècles. C’est une de leurs principales divinités, Vishnou, qu’ils adorent à  travers les rois successifs de la dynastie Chakri. C’est encore une langue indienne, le Pali, qui sert de véhicule aux sermons et aux prières bouddhiques. Le sanskrit a alimenté le vocabulaire thaï tandis que les Indiens transmettaient aux Thaïs leur goût des épices et des currys. Et cela s’est accompli, sans effusion de sang, sans menées impérialistes, sans intrigues politiques, par la magie de l’œcuménisme religieux et culturel de ce grand pays.

Les habitants du Sud, d’origine malaise, peuvent être aisément repérés par le touriste averti à leur peau plus sombre, leur chevelure frisée, leurs yeux bridés et brillants, et à  un je ne sais quoi de plus sec et de plus vif dans l’allure. Leur groupe représente la minorité la plus importante : 4% de la population totale. Ils forment une communauté soudée par l’islam, parcourue de brefs frissons d’indépendance et vivent principalement à proximité de la frontière, dans les provinces de Songkla, Pattani, Satun, Yala, et Narathiwat. Le satay provient de ces régions avec le goût de la cuisine épicée, qui fait un usage généreux du curcuma.

Et les Thaïs, dans ce « melting pot » ? Ce n’est pas toujours simple. Certes, ils constituent 90% de la population. Mais d’où viennent-ils ? Comment en sont-ils arrivés  à bâtir le royaume que nous connaissons ? Une ethnie thaïe fait son apparition dans les chroniques chinoises du Ve siècle de notre ère. On la signale au sud du Yang Tseu. Deux siècles plus tard, on la retrouve dans les hautes vallées du Yunnan où elle a fondé le royaume de Nan Ch’ao. Les Thaïs sont-ils arrivés en masse sous la pression des Mongols qui annexent le Yunnan ? Ou encore, se sont-ils déplacés en suivant le cours d’eau, par ce glissement continu qui caractérise les phénomènes de peuplement dans cette région ? Une nouvelle théorie, alimentée par les résultats des fouilles de Ban Chien, tendrait à prouver une présence plus ancienne.

Toujours est-il que les Thaïs allaient progressivement découper  leurs territoire aux dépends des Birmans et des Khmers. Les Thaïs proprement dits intègrent par conséquent  de nombreux éléments hétérogènes ; communautés khmères au Nord et à l’Est, Môn  sur les rives amont et aval de la Menam. Chao Phraya, Karen à l’Ouest, Meo, Yao, Akka et Lisu au Nord. Le larp, la viande séchée, le riz parfumé dans l’eau de jasmin, le riz gluant sont des apports caractéristiques de ces différentes communautés.

La trinité magique.

La devise « Dieu et mon Roi » est inscrite dans le cœur de chaque Thaïe. C’est la conjonction du royalisme et du bouddhisme qui tend et fait vibrer la fibre nationale. L’épopée du Ramakien tisse le lien entre l’histoire et la légende. Rama, incarnation de Vishnou, confrère à la dynastie régnante une dimension  mythique. L’abolition de la royauté absolue au profit d’un régime constitutionnel en 1932, n’empêche pas que Rama X soit encore aujourd’hui  le dernier recours moral du pays, tout en retenant le privilège de pouvoir nomme le Premier ministre  en dehors du système des partis. L’armée, quant à elle, conserve par tradition et en raison de l’insécurité frontalière, un poids déterminant dans les principales orientations politiques du pays. Ce que la Thaïlande perd ainsi en maturité politique, elle le regagne en poésie du quotidien : l’or des temples, des palais et des barges royales, les Bouddhas géants qui dominent, du  haut de leur douceur résignée, les nuages d’encens dispersés par les fidèles, les danseurs hiératiques et chamarrés, la grâce des gestes, la sérénité des visages, l’ineffable courtoisie, la tentation du luxe, le goût des plaisirs et des fêtes, tout cela et bien autre chose encore qui est la Thaïlande et rien que la Thaïlande, tout cela est engendré par cette trinité magique : Bouddhisme, Royauté, Ramakien.

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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