L’Ascension de Jésus-Christ

L’Ascension, la mère et les roses

Depuis le IV‘ siècle, on célèbre l’Ascension du fils de Dieu quarante jours après la Résurrection.

D’après la tradition, Jésus apparut à ses apôtres et leur ordonna de porter la Bonne Nouvelle à travers le monde et, pendant qu’il les bénissait, il fut enlevé au ciel pour s’asseoir à la droite de Dieu. Le récit de l’Ascension, raconté dans les Evangiles de saint Luc, de saint Marc et dans les Actes des Apôtres, n’est certainement pas la relation d’un événement historique, mais un texte lourd de symboles. Si son message théologique n’est pas toujours compris par les chrétiens eux-mêmes, ceux-ci en retiennent de quoi soutenir leur toi en une vie après la mort et en une présence du Christ malgré l’absence de contacts réels.

AscensionDépendant de la date de Pâques, l’Ascension est une fête mobile, qui tombe le plus souvent en mai, justement dans la période où les récoltes à venir courent les plus grands risques. Et comme il est absolument nécessaire d’attirer par tous les moyens la bienveillance céleste sur les champs, la médiation des nouvelles « divinités » fut nécessaire. Gelées tardives qui endommagent les jeunes pousses et les fruits à peine formés, pluies trop ou pas assez abondantes, ou encore éventuellement sécheresses prolongées se trouvent contrecarrées par les nombreuses fêtes des Rogations.

Rite de pénitence d’abord, institué en 459 par saint Mamert, évêque de Vienne en France, après une période de calamités qui ravagèrent le Dauphiné, cette tradition fut adoptée et généralisée par le pape Léon XIII dans toute l’Église romaine en 816. Quel meilleur terme pour le déterminer que celui de « rogations» qui implique cette idée de quête, de prière, et même d’interrogation du ciel et des astres ?

Simultanément religieuses et profanes, les fêtes des Rogations s’étendaient en général au lundi, mardi et mercredi précédant l’Ascension. L’Église chrétienne, reprenant à son compte l’héritage des rites agraires accomplis depuis toujours, instaura assez tardivement les grandes processions autour des champs1.

1 Les rites de « circumambulation » ne sont pas propres qu’au monde catholique ou aux Rogations. Des processions et des chevauchées évoluant dans le sens du mouvement du soleil se pratiquent dans plusieurs cultures en association avec le culte de reliques sacrées et afin de purifier l’intérieur du cercle ainsi «au er les participants. C’est aussi l’occasion de définir un dedans par rapport à un dehors, le « nous » et les « autres », autrement dit la culture et la nature. D’où les connotations régionales, voire nationales de la célébration des Rogations.

Au XVIe et au XVIIe siècle, on avait même l’habitude d’établir une sorte de pronostic à partir de chacun des trois jours : le premier pour les légumes, les fruits et les vendanges, le deuxième pour les moissons, le troisième pour les tonnages, espérant assurer ainsi la subsistance des hommes et du bétail au cours du prochain hiver.

Le jour de l’Ascension est toujours un jeudi, ce qui incite à réfléchir sur une coïncidence avec le cinquième jour de la semaine dédié à Jupiter chez les Latins, à Thor chez les Germains.

Les processions et les chevauchées du temps de l’Ascension ont toujours connu un grand succès dans tous les pays de l’Europe occidentale, centrale et septentrionale. Souvent, elles avaient pour destination une chapelle isolée dans les champs, ou église du village voisin. Les cortèges avançaient en ligne droite à travers la campagne, comme pour déterminer les frontières invisibles des territoires paroissiaux. Cette coutume a certainement des origines laïques et juridiques encouragées et récupérées par le clergé local.

Quand les chevauchées deviennent une fête urbaine, elles sont l’occasion de fabuleux spectacles fleuris où l’art de l’éphémère se manifeste, encore de nos jours, avec toute sa grâce dans une grande partie de la péninsule Ibérique et dans le monde alpin. Pour faciliter la procession équestre sur les pavés des villes, on étale du sable sur lequel sont jetés des tapis multicolores de fleurs, hommage à la nature prodigue et en même temps signe de dévotion. Le christianisme médiéval érige Marie, la Mère de Dieu, au-dessus de tous les autres saints, position continuée au cours des siècles. Reprenant à son compte de nombreux attributs des antiques déesses de la Terre, son culte fut crédité d’innombrables miracles, pour mieux s’accorder aux nouveaux impératifs religieux. C’est dans ce contexte que se déroulent plusieurs Rogations au nom de la Vierge, à qui finalement le mois de mai fut dédié. Dans de nombreux villages et jusqu’à une époque assez récente, avant la désertification des campagnes, on sortait la statue de la Vierge en procession autour des champs, accompagnée d’un cortège de jeunes filles vêtues de blanc, portant des corbeilles de pétales de roses qu’elles jetaient au vent sur tout le parcours de la procession ; la rose, représente la pureté qui conjure les maléfices et les intempéries, un « parfum de louange » qui monte de la terre  vers le ciel en glorification du Christ-Roi. La rose céleste, symbole d’éternité, est ainsi devenue le symbole marial presque à la même époque où le lis s’est identifié à la virginité. Mai, mois dédié à la Vierge, n’est-il pas aussi le mois des roses2 ?

Chez les chrétiens de la Méditerranée orientale, le jour de l’Ascension est marqué par des immersions dans la mer, dont le but purificateur est, de nos jours, déguisé sous le terme beaucoup plus mondain d’ « ouverture de la saison »  balnéaire et, du reste, personne n’a jamais contesté ni démenti l’influence salutaire de la baignade.

ascensionLa procession du Saint Sang, qui le jour de l’Ascension se déroule à Bruges, se réclame d’une origine historique : le comte de Flandre, Thierry d’Alsace, pieux chevalier de la deuxième croisade, aurait rapporté quelques gouttes du sang du Christ qui sont vénérées depuis en grande pompe. Exemple de fête urbaine marquant la fin du cycle pascal, elle associe la foi et le mysticisme populaire au goût pour le spectacle, lequel revêt un aspect didactique parfois proche du prosélytisme triomphant.

La procession, comme partout ailleurs où se réalisent de semblables manifestations, mêle tableaux religieux et allégories bibliques, ainsi que des scènes historiques inspirées des peintres primitifs flamands évoquant le rayonnement de la ville. Ce déploiement de fastes était jadis combiné à la grande foire de la fin mai ; les couleurs chatoyantes du spectacle contemporain évoquent cette gloire révolue, mais expriment aussi la permanence du sentiment religieux.

 

  1. C’est peut-être grâce au souvenir nostalgique que ces célébrations agraires et religieuses que la fête des Mères, tant décriée par les féministes, trouva sa place quasi naturelle au mois de mai. Introduite vers 1917 par l’intermédiaire des soldats alliés, elle est entrée récemment dans les mœurs européennes. Cette fête connaissait déjà un grand succès aux Etats-Unis où, le deuxième dimanche de mai, les hommes portaient un œillet symbolisant l’amour maternel. Récupérée et manipulée par les courants politiques, cette manifestation est actuellement une expression émouvante et sincère des enfants.

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