Le 14 juillet, Fête nationale

Peut-être pensiez-vous, comme moi que le 14 juillet célébrait la prise de la Bastille, car c’est ce que l’école de la République nous avait inculqué. Que nenni, -et j’en suis fort aise- cela n’a rien à voir, et la vérité justifie que nos soldats défilent fièrement ce jour-là, finalement. Tout comme les bals des pompiers sont également justifiés.

C’est une loi de 1880 qui fixe au 14 juillet notre fête nationale. La IIIRépublique parlementaire, nouvellement installée, est alors soucieuse d’éduquer et d’instruire « les fils de la France » dans l’adoration du mythe républicaine.

Les plus convaincus des républicains se réjouissent donc de pouvoir célébrer cette prise par le peuple parisien du symbole du pouvoir absolu de la monarchie. Mais le caractère sanglant et terriblement violent de l’événement qui a vu le meurtre du personnel de la prison et la mise sur une pique du gouverneur Bernard-René Jordan de Launay, n’est du goût ni des modérés ni des monarchistes, qui forment encore une frange non-négligeable de la jeune Assemblée nationale.

En quête de consensus, la proposition est faite par Benjamin Raspail de plutôt commémorer la fête de la Fédération qui, un an jour pour jour après la prise de la Bastille, avait scellé l’unité nationale et réconcilié les français, qu’ils aient été monarchistes ou républicains. L’idée est géniale, le symbole puissant, et le texte de loi voté dans le mois qui suit.

Fête de la Fédération : une idée de Lafayette.

Aux origines de cette fête fédératrice, on retrouve le marquis de Lafayette. Chargé par Louis XVI, au lendemain de la prise de la Bastille du commandement de la Garde nationale, La Fayette a assuré avec succès la protection des Parisiens et a progressivement ramené le calme dans les rues de la ville. Suivant son modèle, des milices citoyennes se créent spontanément dans les villes du Sud de la France, maintenant le calme alors que la Grande Peur fait craindre la mise à sac des métropoles par les pillards. Regroupées en fédérations locales et régionales, ces gardes nationales gagnent très vite (dès août 1789) l’ensemble du pays. Souhaitant rendre hommage à cette volonté du maintien de l’ordre et de l’unité nationale, le modéré marquis de La Fayette propose que soit organisée pour le premier anniversaire de la prise de la Bastille, une fête de la « Fédération », c’est-à-dire du rassemblement des Français dans le calme et la concorde. L’Assemblée nationale applaudit l’idée, souhaitant faire de cette fête civique un symbole de l’unité française retrouvée.

La Nation unie

Le 14 juillet 1790, la fête est grandiose. Le Champ de Mars a été terrassé et aménagé à la façon d’un grand cirque antique, de façon à pouvoir accueillir plus de cent mille personnes. Si l’on prend en considération la foule amassée de part et d’autre des immenses talus faisant office de gradins, on compte deux cent cinquante mille personnes ( !) venues fêter la Fédération.

Les députés des quatre-vingt-trois départements sont également présents. Au centre de ce vaste ensemble est élevé un « autel de la patrie » sur lequel le roi Louis XVI vient officiellement prêter serment à na Nation et à la Loi. La foule reprend en chœur le serment et entonne un  Te Deum. La réconciliation souhaitée semble s’opérer. La concorde est au tournant.

Les fédérés des gardes nationales de toutes les régions défilent au son des tambours devant la foule en liesse –en dépit du mauvais temps. C’est le premier défilé du 14 juillet, célébré encore aujourd’hui. Quand les Français pensent fêter la prise d’une célèbre prison fortifiée, c’est en fait à l’unité retrouvée d’une nation qu’ils lèvent leur verre. Peu importe, le 14 juillet, deux siècles plus tard, permet encore au pays de se retrouver pour partager un peu de joie et de fierté patriotique.

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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