Le blaireau l’indolent

Le blaireau européen (Meles meles) est un animal lourd et disgracieux. Ses formes massives, sa démarche de plantigrade, son alimentation omnivore et son allure placide le font ressembler à un petit ours. Mais ses 38 dents et ses glandes puantes en font indiscutablement un mustélidé.

Il peut mesurer jusqu’à 1 m de long, dont 20 cm de queue, et peser jusqu’à 15 kg. La hauteur au garrot est d’une trentaine de centimètres. Il a un cou épais, une tête triangulaire au crâne plat, de petits yeux et de petites oreilles, des griffes solides non rétractiles, des pattes courtes et une queue brève  et bien fournie. La glande sus-anale est située entre l’anus et la base de la queue. Sa fente de communication avec l’extérieur laisse sourdre une sécrétion solide très semblable à celle des hyènes. Le pelage long, hérissé, est d’une teinte indécise, dûe au fait que chaque poil est tricolore : fauve à la base, noir au milieu et gris clair à la pointe. La tête blanche est ornée de deux bandes noires qui se prolongent sur les oreilles jusqu’à la nuque. La gorge est également noire.

Les femelles sont plus claires et plus petites que les mâles. Quant aux petits, ils naissent couverts de poils blancs mélangés de quelques poils gris. Les bandes de la tête sont déjà visibles.

L’aire de répartition du blaireau couvre toute l’Europe, à l’exception de la Corse, de la Sardaigne, de la Sicile et du nord de la Scandinavie, et une bonne partie de l’Asie centrale jusqu’au Japon. Des espèces très voisines, comme le Blaireau malais, le balisaur indien et le carcajou d’Amérique du Nord, étendent encore cette diffusion.

Le blaireau vit dans un terrier, qu’il creuse à flanc de coteau avec ses griffes puissantes, dans des bosquets bien ensoleillés, à peu de distance des  plaines cultivées.  Plus complexes que celui du renard, ce terrier se compose d’une vaste chambre centrale, situées à 1,50 m ou plus de profondeur, et communiquant avec d’autres salles et avec l’extérieur par 6 ou 7 galeries dont les issues sont très éloignées les unes des autres. La salle principale est garnie d’un confortable lit de mousse et d’herbe sèche, tenu parfaitement propre. En temps normal, le blaireau utilise toujours la même galerie pour entrer et sortir de son terrier ; les autres servent uniquement en cas d’urgence. Ces galeries sont longues de 8 à 10 mètres et souvent complétées par des puits d’aération verticaux. Le terrier est perfectionné d’année en année par  les générations successives qui l’occupent et les plus anciens sont d’inextricables réseaux souterrains.

Le blaireau passe une grande partie de son existence dans son terrier, souvent en compagnie d’autres blaireaux. Il lui arrive même de tolérer la présence de renards et de lapins, mais ils doivent se contenter des salles supérieures, le maître de céans se réservant la chambre centrale. Il n’en sort qu’au crépuscule, et avec la plus extrême  prudence. Au lieu de bondir à l’extérieur, comme le fait le renard, il pointe son museau, le retire, avance la tête, inspecte les environs, et ne se décide à sortir qu’une fois certain qu’aucun danger ne le menace. Pour rentrer, au contraire, il est toujours très vif, sauf à la fin de l’automne, quand il a acquis une certaine corpulence.

Autour de ce terrier, il détermine des zones d’activité dont la destination est bien précise. On a constaté, par exemple, qu’il existait une zone spéciale pour les bains de soleil, une autre pour les jeux, une troisième pour les excréments, etc.

Les mouvements du blaireau sont lents, sa démarche pesante. Son aspect général rappelle celui d’un porcelet, d’autant plus que son cri est une sorte de grognement. Aussi propre sur lui-même que dans son terrier, il a l’habitude de prendre des bains de boue pour se débarrasser de ses parasites.

La nourriture du blaireau se compose pour un quart de vers de terre. Il en consomme un peu moins pendant l’été, quand les têtards, les grenouilles et les larves abondent. En mai et juin, il se régale d’œufs d’oiseaux. Il lui arrive aussi d’éventrer, avec ses griffes, les nids de guêpes  ou d’abeilles, dont il dévore le miel vergogne, parfaitement protégé contre les piqûres par son pelage rêche, sa peau épaisse et sa couche de graisse sous-cutanée.

En automne, il mange les fruits qui tombent des arbres, les carottes et les navets qu’il va déterrer dans les potagers, des petits rongeurs comme les campagnols ou des taupes. Il ne dédaigne pas non plus les lézards et les serpents, même les vipères contre le venin desquelles il semble immunisé. Il fait aussi des incursions dans les vignes dont il secoue les ceps pour faire tomber les grappes, et dans les champs de céréales, avec une préférence pour l’avoine. S’il s’aventure rarement à rafler un caneton ou un poulet égaré, il fait des ravages dans les nids de perdrix. En règle générale, le blaireau est un animal timide et prudent qui ne se lance dans une entreprise que s’il est sûr de pouvoir la mener à bien sans courir de risque.

A la fin de l’automne, le blaireau est gras et dodu. Il se retire alors dans son terrier, où il s’est préparé une couche moelleuse, s’y roule en boule et commence sa léthargie hivernale. Comme celle de l’ours, son hibernation est souvent interrompue. Il se réveille quand le temps est au beau et sort pour aller boire. Il n’en consomme pas moins ses réserves de graisse, comme les marmottes, et le printemps le trouve considérablement amaigri.

Le mâle et la femelle chassent séparément, mais partagent le même terrier toute l’année. Ils s’accouplent en août-septembre, alors que les petits de la précédente portée sont encore avec eux. La durée de gestation est difficile à déterminée, l’implantation de l’œuf sur la muqueuse utérine étant différée, comme chez le chevreuil. Le fœtus ne commence à se développer que plusieurs mois après la fécondation et la mise bas a lieu entre février et avril. Les portées sont de 3 à 5 petits. Leur mère les allaite pendant un mois. Ils voient clair au bout de huit ours et, à un mois, ils ont la taille d’un lapin de garenne. La femelle leur apporte des vers, des racines et des petits mammifères jusqu’à ce qu’ils soient capables de subvenir eux-mêmes à leur subsistance. Ils quittent le terrier familial au début d’octobre, mais vont souvent s’installer dans quelque terrier contigu.

Les blaireaux sont adultes, c’est-à-dire aptes à la reproduction, vers l’âge de deux ans. Leur durée de vie, pour autant que les chasseurs ne les massacrent pas avant, est de 12 à 13 ans. L’homme avait autre fois de nombreuses raisons pour détruire le blaireau. Indépendamment des dégâts qu’il occasionnait aux cultures, aux jardins, aux vergers et aux plantations dont il saccageait les racines en déterrant les larves de hannetons, sa chair était considérée comme meilleure que celle du porc ; sa peau épaisse servait à de nombreux usages ; les poils de sa queue étaient employés à la confection des « blaireaux » à barbe, et sa graisse servait de médicament et de combustible. Bien que la plupart de ces utilisations aient disparu, l’homme continue à exterminer systématiquement les blaireaux. Pour les déloger de leurs terriers, il va maintenant jusqu’à utiliser les gaz asphyxiants. Il les chasse aussi à l’affût, à l’aube, quand les blaireaux rentrent de leurs expéditions nocturnes.

Lorsqu’un blaireau est surpris à découvert par un chien, il se couche sur le dos et se défend avec ses griffes. Attaqué dans son terrier, il se défend farouchement avec ses crocs.

Un blaireau capturé adulte est impossible à apprivoiser. Pris jeune, au contraire, il se domestique parfaitement et apprend même à suivre son maître et à répondre à son appel. On voit dans les jardins zoologiques des blaireaux qui saluent les visiteurs et quémandent une friandise, en soulevant une des pattes de devant : ils ne dorment plus que le matin et n’hibernent pas.

Un naturaliste qui a élevé pendant un certain temps un blaireau femelle raconte que « … ce blaireau, que nous appelions Gaspard malgré son sexe, s’était construit un terrier sous la petite cabane que nous lui avions installée. Il creusait sans cesse de nouveaux trous pour y enfouir ses excréments, qu’il recouvrait soigneusement. Cet animal éprouvait un très grand plaisir à rester à côté de moi pendant les repas. Pour mendier un petit morceau  de viande, il se dressait sur ses pattes de derrière, et posait sur ma cuisse ses grosses pattes et sa jolie tête lisse en poussant une série de « U, gu, gu, gu ». Pendant l’hiver, il aimait dormir sur le dos devant la cheminée.

Vers la fin du mois d’octobre, il devenait si gras qu’il avait de la peine à courir. Il était omnivore et les prunes étaient son aliment préféré. Il les avalait avec leur noyau. Mon Gaspard mourut misérablement un matin d’automne. Il était parti la nuit, suivant son habitude, déterrer des navets dans les potagers du voisinage. Au petit matin, il rentrait tranquillement à la maison lorsqu’il fut aperçu par des paysans. Ils le prirent pour un sanglier et le tuèrent d’une façon barbare, à coups de fourches, malgré sa résistance désespérée. »

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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