Le bouquetin des Alpes

Animal emblématique des Alpes, il n’est plus aujourd’hui que la cible des appareils photographiques, puisqu’il est animal protégé depuis 1976. Les « chasseurs d’images » ont remplacé les chasseurs de jadis qui, grands amateurs de sa chair, de sa graisse, de ses cornes, de sa peau… ont failli entraîner sa disparition.

Et c’est un prince de la Maison de Savoie, le roi Victor-Emmanuel II, grand chasseur lui-même, qui sauva l’espèce. En 1856, prenant conscience de la raréfaction de son gibier préféré, il décida de le protéger dans sa réserve de chasse personnelle du Gran Paradiso, en Val d’Aoste. Ses successeurs continuèrent son œuvre. Et en 1922, la réserve royale du Grand Paradis devient Parc National italien. En 1963, fut créé en France le Parc National de la Vanoise, grand territoire protégé du bouquetin au point d’en devenir son emblème.

Ce rochassier, appartenant à la même famille que la chèvre, est taillé pour vivre en montagne. Ses pattes courtes mais robustes, ses pieds adaptés, lui permettent de se déplacer aisément sur les rochers les plus escarpés. Cet excellent grimpeur, d’une agilité supérieure à celle du chamois, possède de larges sabots avec au-dessous une partie souple qui adhère à la roche, renforcée par deux doigts écartés sans blocage au milieu comme le chamois. Il peut effectuer sans élan des bonds de trois mètres, les pattes jointes par paires !

Pourtant, son corps trapu pèse une centaine de kilo. Son cou puissant et sa nuque très musclée portent une tête remarquable par ses longues et grosses cornes recourbées vers l’arrière, sortant du crâne en oblique. Elles peuvent mesurer jusqu’à 80-100 cm à l’âge adulte, et peser 6-7 kilo. Ses cornes (et non ses « bois »), dont la cavité est creuse, grandissent tout au long de sa vie. Les gros bourrelets qui se trouvent sur la partie aplatie n’indiquent pas son âge, comme on le croit souvent. On compte les années en repérant, sur l’arrière, les anneaux de croissance qui marquent l’allongement sur un an. En effet un seul segment peut présenter plusieurs bosses. La couleur de son pelage le fait se confondre avec   rocheuse. Son poil court d’été va du gris au marron clair ; en automne, son pelage s’épaissit et devient marron foncé. Au printemps s’effectue la mue : le bouquetin se débarrasse de sa tenue d’hiver en se frottant contre les rochers et les buissons. Son ventre et son fessier sont blancs, ses membres brun foncé. Sa queue est courte et un peu aplatie.

Les femelles ou « étagnes » diffèrent des mâles par leur poids (entre 35 et 50 kilo) et leurs cornes, plus courtes, plus fines, plus pointues et sans bourrelets, un peu comme celle des chèvres. Elles portent un seul petit, mettent bas en début d’été et allaitent avec leurs deux tétines (4 tétines chez la femelle chamois). Les mères se regroupent l’été avec leurs petits, tandis que les mâles parcourent la montagne. Ils rejoindront les femelles pour l’accouplement, en décembre-janvier. Le rut sera alors l’occasion de bruyants combats entre les mâles. Ils se dressent sur leurs pattes arrière et se laissent tomber de tout leur poids, la tête en avant, avec leur paire de cornes qui servent de massues, sur leur concurrent. L’autre les reçoit à l’aide de ses propres cornes. D’où les bruits retentissants de cornes qui s’entrechoquent et s’entendent de très loin.

Le bouquetin vit dans les zones rupestres, au-dessus des forêts. Herbivore, il se nourrit des herbes et plantes des alpages en été, de mousses, de lichen, de jeunes tiges d’arbustes en hiver. Il peut vivre une quinzaine d’années. La journée, il aime rester de longs moments, couché sur le flanc, les pattes repliées, en ruminant tranquillement, sur un rocher chauffé par le soleil. Mais il reste à l’affût, prêt à se redresser brusquement et à partir sans se presser.

Le bouquetin est présent dans toute la chaîne alpine. Il abonde dans le Parc de la Vanoise, bien sûr, mais il est aussi très présent dans le massif du Mont-Blanc, dans les Aravis, dans les montagnes du Chablais, du Grand Massif, etc. Et la vision de sa silhouette à l’allure majestueuse campée sur un rocher se découpant sur le ciel ou sur un fond de neige ou de glacier constitue toujours une des plus belles images que l’on puisse imaginer

Source : Almanach savoyard 2010

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une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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