Le goût de Marie Leszczynska à Versailles

Exposition-dossier D’art et D’esprit

Marie Leszczynska (1703-1768) était vive, curieuse, généreuse et discrète. On la perçoit d’autant moins dans le Château qu’elle y a laissé peu de traces, la plupart d’entre elles ayant été effacées par les aménagements de Marie-Antoinette. Plusieurs acquisitions majeures, dont le fameux Cabinet des Chinois, offrent l’occasion de mieux la connaître. Ni fade ni bigote, mais dotée d’une belle intelligence et gratifiée d’une foi vive, Marie Leszczynska goûtait les occupations de l’esprit, les lettres, la musique et les arts, et tout particulièrement la peinture. « La reine devrait savoir beaucoup, car elle a beaucoup lu » (Duc de Luynes1)

Au château de Versailles où elle menait une vie réglée par l’étiquette, Marie Leszczynska aspirait à vivre en simple particulière. Derrière son appartement de parade, elle fit aménager des cabinets privés, une dizaine de pièces, où elle se retirait plusieurs heures chaque jour pour prier, méditer, effectuer des travaux d’aiguille et lire. De 1728 à 1747, on modifia plusieurs fois cet appartement intérieur, en partie redécoré jusqu’en 1764. Une très petite pièce, appelée cabinet des Poètes, fut consacrée aux livres. « Ses principales lectures, après celle de piété, sont des livres d’histoire », rapporte dans ses Mémoires le duc de Luynes.  D’ailleurs fort instruite, la souveraine parlait, outre polonais et français, allemand, italien et maîtrisait le latin.

« Elle entend avec finesse et a des saillies et des réparties extrêmement vives » (duc de Luynes). Marie Leszczynska entretenait une riche vie intérieure. Elle y puisait la force d’affronter le poids de la vie de Cour. Mais elle aimait aussi la compagnie. La libre conversation dans un cercle érudit était pour elle le plus doux des plaisirs. Son salon réunissait de beaux esprits, dont le président Hénault, jurisconsulte, historien et correspondant de Voltaire, le ministre Maurepas, à la verve piquante. Paradis de Moncrif, lecteur de la Reine, écrivain, philosophe. Parmi ses amis, le duc et la duchesse de Luynes avaient sa pleine confiance. Elle passa chez eux de nombreuses soirées, soupant ou faisant des parties de cavagnole, le jeu étant la seule passion avérée de la reine.

« Elle aime la musique et joue de plusieurs instruments » (duc de Luynes). Marie Leszczynska avait reçu l’éducation d’une princesse. Elle pratiquait le chant, la danse, jouait du clavecin, de la guitare et de la vielle. Elle organisait des concerts dans les salons de la Paix, de Mars, à Trianon et à la Ménagerie. Campra, Rameau, Colin de Blamont… les compositeurs français avaient sa préférence. Mais l’histoire retient aussi qu’en 1737, elle fit venir à la cour le castrat Farinelli et qu’au Nouvel An de 1764, elle conversa en allemand avec le jeune Mozart.

« Quoiqu’elle ne sache point dessiner, elle sait peindre et s’en amuse et y réussit assez bien » (Duc de Luynes).  Entre tous les arts, ce fut la peinture que la reine apprécia le plus. L’une des pièces de son appartement intérieur, le Laboratoire, fut aménagée en atelier. Son « teinturier », Etienne Jeaurat, guida son pinceau pendant une quinzaine d’années, tandis que Jean-Baptiste Oudry la conseilla. Entre autres œuvres, on doit à la Reine la copie fidèle d’un tableau de ce maître, La Ferme. Avec cinq peintres du Cabinet du roi, elle participa également à la création d’un ensemble de huit toiles, le Cabinet des Chinois) (voir Les Carnets de Versailles n° 14). En tant que commanditaire, la souveraine sut affirmer ses goûts picturaux. Elle se plaisait à la contemplation de sujets légers, chinoiseries, pastorales ou paysages. La série des Cinq Sens, par Oudry, décrit de petites scènes champêtres dans une campagne idéale. La Cueillette des fleurs représente par exemple l’odorat. Parmi ses peintres favoris figurait sans conteste Jean-Marc Nattier qui la portraitura n 1748 en « habit de ville ». Mais celui qu’elle distingua entre tous fut Charles-Antoine Coypel.  Ce dernier exécuta pas moins de trente-quatre tableaux religieux pour les cabinets privés de la souveraine. Ils révèlent la dévotion de Marie Leszczynska pour les saintes martyres des premiers temps de la chrétienté, comme sainte Thaïs. Elle vouait encore un culte aux saints jésuites, tel François-Xavier. Une commande à Joseph-Marie Vien en témoigne. Le 24 juin 1768, après quarante-deux ans, neuf mois et dix-neuf jours de règne, Marie Leszczynska rendit son âme à Dieu. Par ses aménagements architecturaux, ses goûts et, par-dessus tout, sa façon d’être reine, elle avait opéré, à sa manière, une révolution discrète.

Source : Gwenola Firmin, conservateur en chef au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.

1 Charles-Philippe d’Albert, duc de Luynes. Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758), Paris L. Dussieux et Eud. Soulié, 1860-1865

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.