Le Plus Beau des Papillons : le Monarque

Voici les mœurs secrètes du Monarque, ce joyau volant, si répandu en Amérique du Nord

Durant tout l’été, aux Etats –Unis comme dans le sud du Canada, dans toutes les régions où s’épanouissent des fleurs,  les Monarques,  ces grands papillons aux couleurs éclatantes, orange et noir, connus sous le nom de Monarque, voltigent gracieusement dans les jardins. Puis vient un jour où ils se rassemblent par milliers,  pour un long voyage en direction du sud. Et les arbres où ils font escale pour  la nuit plient sous le poids de ces grappes suspendues à leurs feuilles ou à l’extrémité de leurs branches. Cette migration est l’un des déplacements de masse les plus considérables et les plus extraordinaires que l’on ait jamais observés chez une espèce vivante.

Vers la fin de septembre, ces minuscules voyageurs de l’air franchissent le continent nord-américain, certains d’entre eux couvrant, du Canada oriental au sud du Mexique, une distance bien supérieure à 3 000 kilomètres volant à la vitesse moyenne de 18 km/h et à une altitude d’environ 4,50m, ils contournent les Grands lacs, se lancent à l’assaut des vallées sinueuses des montagnes Rocheuses et traversent des déserts brûlants. Poursuivant avec opiniâtreté leur chemin à travers vents et orages, ces frêles créatures, à peine plus lourdes qu’un duvet d’oiseau, peuvent parcourir jusqu’à 130 kilomètres en une seule journée au terme du voyage, elles se concentrent en colonie immenses sur la côte de Californie, depuis Pacific Grove jusqu’aux abords de Los Angeles et le long du golfe du Mexique.

Les essaims de Monarques, qui atteignent Pacific Grove vers la fin d’octobre, sont depuis longtemps célèbres. Durant tout l’hiver, sur une superficie d’environ 2,50 hectares, les branches des pins sont couvertes de près de deux millions de papillons. Chaque année ils retrouvent les mêmes arbres et s’assemblent sur les branches, du côté abrité des vents dominants. Par les chaudes journées ensoleillées, on les voit voltiger dans les jardins environnants, occupés à butiner les fleurs, après quoi ils regagnent leurs arbres.

Pacific Grove est fière de ses Monarques et la ville s’est instituée leur asile inviolable. Aux termes d’un arrêté municipal, « il est du devoir de tout citoyen de protéger les papillons ». Des milliers de touristes viennent tous les ans les contempler et des pancartes conduisent les visiteurs aux arbres qui les abritent. Tous les ans, les enfants des écoles organisent un cortège pittoresque pour célébrer leur retour.

Les papillons sont éphémères et pas un monarque ne saurait vivre assez longtemps pour accomplir deux fois le voyage aller et retour.  Comment donc ces légions, dépourvues de guides et de points de repère, peuvent-elles retrouver leur chemin sur d’aussi grandes distances ? A l’heure actuelle, un aimable savant canadien d’une cinquantaine d’années, le Dr Fred Urquhart,  professeur de zoologie à l’université de Toronto, essaye d’éclaircir ce mystère. Personne n’a vu autant de Monarques que lui et personne n’et mieux informé sur leur compte. Grâce à son enthousiasme et à sa persévérance, grâce aussi à la collaboration de centaines d’amateurs de tous les points des Etats-Unis et du Canada, on a réussi à démêler en grande partie la vérité en ce qui concerne cet extraordinaire lépidoptère.

Urquhart a commencé de collectionner ces insectes dès son plus jeune âge. A l’époque, on pensait qu’ils hibernaient à la manière de l’ours ou de la marmotte, dormant tout l’hiver. Durant cette saison, notre jeune curieux passa donc son temps à parcourir les bois, à leur recherche. En vain il retourné les pierres, inspecta les souches, grimpa aux arbres pour visiter les trous et sonder l’écorce.

Qu’advenait-il de ces papillons pendant l’hiver ? Cette question le hanta au cours de ses années d’études. Attaché ensuite au Royal Museum d’Ontario, il poursuivit ses recherches. L’expérience prouvait que le Monarque ne peut survivre dans un climat où la température demeure à certaines époques plusieurs jours de suite inférieure à O°.  Manifestement, ces papillons devaient émigrer vers le sud.

Afin de découvrir où ils allaient, le Dr Urquhart entreprit, en 1938, de leur coller aux ailes une petite étiquette. Mais les étiquettes ou bien se détachèrent, ou bien rendirent instable le vol des papillons ; toujours est-il qu’on ne revit jamais un seul de ces Monarques.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le Dr Urquhart, alors officier météorologiste, dans la Royal Canadian Air Force, se perfectionna dans la connaissance des lois de l’aérodynamique et de la navigation aérienne, ce qui lui permit de découvrir une manière efficace « d’étiqueter » les papillons. Il s’agissait de replier une minuscule étiquette de papier fin sur le bord d’attaque de l’aile, tout près du corps de l’insecte afin de ne pas gêner son vol. Ensuite, il mit au point une méthode permettant d’inscrire sur ce tout petit espace un numéro d’identification et les directives à suivre pour lui renvoyer le spécimen capturé. Grâce à ce procédé, il récupéra enfin un premier sujet, marqué près e Toronto, dont la capture, plusieurs semaines après, en Virginie, à 800 kilomètres de là, était on ne peut plus significative.

La nouvelle de cette initiative commença à se répandre, et des milliers de lettres affluèrent, provenant de personnes dont l’imagination avait été séduite par l’intérêt que portait Urquhart à ces magnifiques insectes. Le savant sélectionna plusieurs centaines de « collaborateurs » parmi les plus qualifiés de ses correspondants et leur envoya des étiquettes en leur expliquant la manière de les fixer sur les papillons, après y avoir noté des observations.  Actuellement, 50 000 monarques ont été pourvus de ces nouvelles étiquettes. Des hommes de loi et des ménagères, des commerçants, des industriels et des savants de tous les points de l’Amérique du Nord, prennent part à l’ « opération Monarque »

-Sans l’aide de mes collaborateurs, a dit le Dr Urquhart, on ne saurait pas grand-chose sur les mœurs des Monarques.

migration-Papillons-monarquesToutefois, malgré les lointaines ramifications de cette vaste organisation d’amateurs, les récupérations de spécimens se font difficilement, les papillons marqués étant en nombre infimes, par rapport à l’ensemble. Encore, pour fournir d’utiles renseignements, les quelques spécimens identifiés doivent-ils  échapper aux tempêtes, aux oiseaux de proie, aux maladies et autres coups du sort, et tomber entre les mains de personnes disposées à se donner la peine de les renvoyer à l’université de Toronto. Malgré tout, le Dr Urquhart a pu recevoir un nombre suffisant de ces insectes pour commencer à reconstituer par bribes leur existence mystérieuse.

Ces papillons atteignent leur nombre maximum en automne. Seules émigrent les générations nées à la fin de l’été, les précédentes mourant avant l’automne. Les essaims migrateurs s’envolent, pour leur hivernage, en direction du sud-ouest. Au printemps, les survivants doivent faire face aux périls du long voyage de retour vers le nord. Ailes abimées, couleurs fanées, ils accomplissent ce long vol, se faisant à peine remarquer en raison de leur nombre réduit. Ils ne s’arrêtent que rarement dans les jardins pour aspirer le nectar des fleurs, pressés qu’ils sont de rentrer, à cause des œufs qui se développent dans leur abdomen.

Ces œufs, délicatement taillés en facettes de diamant, ils les pondent uniquement sur une plante lactescente qui pousse en abondance le long des routes et dans les pâturages de l’Amérique du Nord. Cette plante constitue la seule nourriture de leurs chenilles. Quinze jours plus tard environ, la chenille s’enferme dans une belle chrysalide verte piquetée d’or ; une quinzaine s’écoule encore, et le papillon apparaît. Ces papillons peuvent, à leur tour, engendrer une ou deux nouvelles générations avant la fin de l’été, donnant ainsi naissance à ces colonies qui vont quitter leur lieu d’origine afin de passer l’hiver sous des cieux plus cléments.

Chenille-du-MonarqueL’un des mystères des Monarques est la façon dont ils se dirigent dans les airs. Le Dr Urquhart a pensé tout d’abord qu’ils suivaient des voies aériennes déterminées. Il sait maintenant que leur route est semblable à la rivière qui reçoit de petits affluents au long de son cours, jusqu’au moment où elle devient, en automne, un large fleuve s’écoulant vers le sud-ouest. Doués d’une faible vision, il est impossible que les Monarques utilisent des points de repère et, d’ailleurs, il ne saurait y en avoir dans le labyrinthe des vallées montagneuses. Leurs seuls jalons ne peuvent se trouver que dans le ciel, le soleil faisant office de boussole.

Par temps calme, ils sont capables de parcourir d’une traite, plus de 1 000 kilomètres. Portés par le vent, ils traversent mers et continents. Leur énergie indomptable, secondée par des vents portants et des arrêts sur des navires allant dans leur direction, a permis à certains d’entre eux de faire le tour du globe. Le premier a été capturé en 1876, en Grande-Bretagne et l’on en a pris des centaines aux Açores, aux Canaries et en Europe occidentale. Faute de trouver dans ces pays la plante nécessaire à la nourriture de leurs chenilles, les Monarques ne peuvent s’y reproduire. Mais cette herbe pousse en maints endroits du Pacifique, aussi le Monarque,  voyageant d’ile en ile depuis l’Amérique du Nord, est-il devenu une espèce commune aux iles Hawaï, en Australie, en Nouvelle-Zélande et aux Philippines.

Le trait le plus spectaculaire de la migration automnale est bien  le rassemblement sur les « arbres à papillons », ces arbres particuliers qui, d’années en année, servent de refuge aux essaims migrateurs.  On a cru que le choix des mêmes arbres chaque année provenait de ce que les mâles les enduisaient d’une sécrétion glandulaire spéciale à l’odeur tenace. En fait, rien, d’une année à l’autre, ne relie ces arbres aux papillons. Ces derniers choisissent toujours certaines espèces d’arbres, car leurs pattes ne peuvent s’accrocher  qu’aux aiguilles du pin, aux pétioles étroits des feuilles de saule et aux rebords des entailles profondes de l’étable. Parmi ces espèces sélectionnées, les papillons choisissent celles qui peuvent leur offrir le meilleur abri contre les vents dominants. Le Dr Urquhart a découvert que chaque génération nouvelle de Monarques choisit invariablement les mêmes arbres parmi des centaines et des milliers à la ronde.

Heureux l’amoureux de la nature qui tombe en fin d’été sur un  de ces arbres embrasés par les vives couleurs de milliers de papillons festonnant ses branches. Il peut se vanter de contempler une des plus rares et des plus magnifiques de toutes les féeries naturelles.

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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