L’Empereur, la Marine et Trianon

A Versailles les barques sur le Grand Canal, à Trianon les navires de guerres : pour la première fois depuis 1828, les « Maquettes de la Marine impériale » ont retrouvé leur écrin de la galerie des Cotelle au Grand Trianon, lors d’une exposition à Versailles en 2014 avec le musée national de la Marine.

En 1810, alors qu’il procédait au remeublement du Grand Trianon en vue de s’y installer avec la nouvelle impératrice Marie-Louise, Napoléon décida de faire placer dans la galerie des Cotelle, une collection de modèles réduits de navires de guerre de tous types, que l’on appelle aujourd’hui la «Collection Trianon ». Jacques-Noêl Sané (1740-1831). inspecteur général du Génie maritime, l’un des principaux artisans de la rénovation de la Marine sous Louis XVI grâce à la standardisation des plans de trois types de vaisseaux (118, 8o et 74 canons), fut chargé de constituer la collection en lien avec Duroc, Grand Maréchal du palais, et Alexandre Desmazis, administrateur du Garde Meuble impérial.

MarineSané était l’un des meilleurs ingénieurs-constructeurs de sa génération, une figure de la construction navale française et de la marine à voile pendant près d’un demi-siècle, le « Vauban  de la marine ». Des octobre 1810, l’année même où fut décidée la constitution de la collection, il eut droit aux honneurs de l’Empereur qui le nomma Baron d’Empire. Peut-être qu’avec cet ensemble. Napoléon a d’ailleurs souhaité à la fois rendre hommage au concepteur et témoigner de l’excellence de la construction navale française de l’époque.

Treize modèles étaient prévus: « Un vaisseau à trois ponts, un de 80, un de 74, un de 50, une frégate, une corvette, une chaloupe canonnière, un cutter « cotre », une tartane, un lougre, un bateau canonnier, un caïque, une péniche »Marine

Dans cet ensemble, figuraient les petites embarcations destinées à envahir l’Angleterre. Est-ce la raison pour laquelle l’Empereur souhaita rassembler la collection de modèles dans un palais de campagne relativement isolé où il pouvait étudier à loisir les capacités de ses navires et relancer son projet d’invasion ? Rien ne le dit, mais cela est fort possible.

Pour remettre en état, concevoir les modèles, Sané créa un atelier à Paris dans lequel il fit venir trois ouvriers des arsenaux. Les sites d’Anvers et de Rochefort furent également mis à contribution. Alors qu’on aurait pu croire cette collection simple à constituer, le projet se poursuivit après l’Empire, sous la Restauration. Certaines maquettes, comme le Friedland, un vaisseau de 80, ou la prame d’artillerie la Foudroyante, n’arriveront cependant jamais à Trianon. En revanche, les modèles de plusieurs navires dont la construction était antérieure au lancement de la collection « Trianon »  – l’Odéon, par exemple, un vaisseau à trois ponts mis en service en 1790 sous le nom d’Etats-de-Bourgogne,  « chef-d’œuvre de Sané » – furent vite apportés à Trianon. Des modèles prestigieux de l’Ancien Régime comme l’Artésien, vaisseau de 64 canons typique de la guerre d’indépendance américaine, ou le chébec des années 1750 furent également placés dans la Galerie. Au final, ce fut un état complet de la marine impériale qui fut planifié: outre les navires déjà mentionnés, on y trouvait aussi bien le vaisseau de 74 (le Triomphant), une frégate (la Renommée), une corvette (la Bayadère), une flûte (la Normande), un brick (l’espérance) et de petites embarcations comme une gabare-écurie, ou une chaloupe canonnière.

MarineEn 1818, il fut demandé la création d’un musée spécifiquement attaché à la Marine au sein du Louvre. Dix ans plus tard, en 1828, la collection quitta le petit palais de Trianon pour gagner ce nouveau musée de la Marine, un temps appelé  « musée Dauphin n (1828-1830). Rassemblé à Trianon pour la première fois depuis cette date, cet ensemble exceptionnel montre les différents types de navires de guerre de l’époque, ceux de la guerre d’escadre et du combat d’abordage jusqu’aux navires de charge, plus modestes. L’exposition fut accompagnée de tableaux représentant des scènes de combats navals, peints par Crépin, Hue, Motel-Patio ou Mayer ainsi que de portraits d’amiraux comme Latouche-Tréville, Magon de Médine ou Blanquet du Chayla et de quelques armes évocatrices de l’abordage.

Soure : Jérémie Benoit, conservateur en chef en charge des châteaux de Trianon, et Hélène Tromparent de Seynes, conservateur en chef au musée national de la Marine

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une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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