Les chirurgiens du roi à Versailles

Comment les chirurgiens ont conquis la confiance des monarques et sont devenus ce que leurs descendants ont toujours la fierté d’être, des « docteurs en chirurgie »

Un acte fondateur: la grande opération du 18 novembre 1686 Depuis le mois de février, Louis XIV souffrait d’un mal mystérieux. On parlait d’une tumeur à la cuisse. En fait, il s’agissait d’une fistule anale que son premier médecin. Antoine Daquin, s’échinait à traiter. Plutôt mal, puisque l’abcès perça au bout de quinze jours mais ne cicatrisait pas. Il résistait aux onguents les plus divers. Seule la chirurgie pouvait le guérir définitivement. Le roi, qui, à cette époque, ne tenait pas les chirurgiens en grande estime, répugnait à se faire opérer. Il se résolut à l’intervention qui fut programmée à l’automne, dans le plus grand secret.

Or. Charles-François Félix (1635-1703) son premier chirurgien en titre ne l’avait encore jamais pratiquée! Qu’à cela ne tienne, on sacrifierait quelques pauvres Versaillais. Félix conçut un bistouri en argent à lame courbe et souple (nommé depuis « bistouri à la royale ») et un écarteur spécial, conservés au musée de l’histoire de la Médecine. Le roi fut opéré dans sa chambre. […] L’opération fut considérée comme un véritable succès […]. [Félix] resta premier chirurgien en titre jusqu’à sa mort en 1703, mais on dit que la tension due à l’intervention fut telle qu’il renonça ensuite à opérer. C’est ainsi qu’il fit appel, en 1696, à Georges Mareschal, lorsque le roi fut atteint d’un très volumineux anthrax à la nuque.ecarteur

Georges Mareschal, à son arrivée à Versailles en 1696                                                       […] Lorsqu’il fut appelé par Félix au chevet du Roi-Soleil. […] [Georges Mareschal] était déjà connu pour l’ « opération de la taille », qui consiste à ouvrir la vessie pour en extraire prestement les calculs […]. Son adresse était telle, qu’un jour, il fit huit de ces interventions en un peu plus d’une demi-heure!

C’est en raison de cette réputation d’extrême habileté que Louis XIV fit appeler Mareschal pour son anthrax. […] La confiance qu’avait le roi en Mareschal s’accrut encore quand celui-ci, en 1698, réussit à guérir le maréchal de Villeroy d’une  « descente d’organe »  jusque dans ses nobles bourses. Son blason figurerait désormais dans l’Armorial de France.

Et c’est tout naturellement qu’après la mort de Félix, il fut nommé premier chirurgien du royaume, sous les acclamations de toute la cour, le 14 juin 1703. […] La même année, il s’était acquis la reconnaissance de Fagon, son alter ego premier médecin, en l’opérant avec succès de la  « taille ». […] Quand en 1715 la santé du roi déclina, il s’opposa à Fagon et à madame de Maintenon qui sous-estimaient l’état du roi. Fagon crut à une sciatique, Mareschal comprit très vite que le roi était perdu. Il ne put rien contre l’horrible gangrène qui atteignit la jambe gauche et progressait très vite. Mareschal évoqua la possibilité d’une amputation.

Le roi était consentant: à Mareschal : « n’avez-vous pas là des rasoirs? Coupez! Et ne craignez rien ! » Et puis  « Me sauvera-t-on la vie ? » Et Mareschal de soupirer: « Il y a bien peu d’apparence. «  Le 1er septembre, le roi s’éteignait, et c’est à son a vieil ami – que revint la charge de l’ouvrir le lendemain. L’autopsie confirma les signes d’une gangrène gazeuse. […]

Mareschal demeura premier chirurgien du roi durant la Régence, et sous Louis XV qui n’avait que cinq ans lors du décès du roi. À l’instigation de Mareschal. François de Lapeyronie s’était fixé à Paris depuis un an, et allait être appelé à épauler son mentor à Versailles.

La fulgurante carrière de François Gigot de Lapeyronie                                                                                                                              Bien qu’anobli en 1720, à la suite de la guérison de Louis XV, celui qui préférait se faire appeler « de Lapeyronie » était originaire de Montpellier, d’un père maître chirurgien et administrateur du principal hôpital de la ville, qui abritait l’une des plus anciennes facultés de médecine d’Europe. |…] Sur les conseils d’un très influent médecin du roi, Chirac, le jeune homme fut envoyé auprès de Mareschal, alors chirurgien major de la Charité.

[…] De retour à Montpellier, il gravit prestement tous les échelons et devint chirurgien-major à l’hôpital Saint-Eloi. […] C’était donc un « virtuose » de la chirurgie européenne que l’on fit venir en 1714 de Montpellier à Paris pour traiter la fistule anale du duc de Chaulnes, maréchal de France et commandant des Chevau-Légers du roi. Déjà opérée à maintes reprises, la fistule traitée par Lapeyronie guérit.                                                                                                       La cour en fit grand cas et, avec l’assentiment de Mareschal, Louis XIV le pria de « bien vouloir se fixer à Paris ». Dès lors, tout alla très vite: il fut nommé chirurgien chef de la

Charité en 1715, démonstrateur royal d’anatomie du collège Saint Côme et du jardin royal (1716-1718), en même temps qu’il était désigné comme chirurgien survivancier de Mareschal. |…] Très vite, le talent, l’esprit et l’ambition [de Lapeyronie] allaient capter la confiance du jeune Louis XV. […] Il participa à l’instruction royale en disséquant avec lui des animaux de la ménagerie royale. À l’été 1720, le roi, âgé de dix ans tomba malade, avec une forte fièvre. Ses cinq médecins préconisèrent une saignée au bras. Le roi exigea de la faire exécuter par

Lapeyronie mais l’état du roi empirait, et Hélvétius, l’un des cinq praticiens, recommanda une nouvelle saignée au pied. Lapeyronie hésitait. C’est alors que le quatrième mousquetaire.

La Martinière, entra en scène. Il réalisa parfaitement la saignée. La fièvre finit par tomber. Le roi guérit et s’en souvint, devenu adulte.

Très proche du souverain, Lapeyronie assista à son sacre fastueux à Reims. […] Lors du siège de Metz, le roi fut déclaré mourant et donné comme perdu. Le clergé exigea une confession publique et le renvoi de la maîtresse du moment, la duchesse de Châteauroux. Mais Lapeyronie vint et Louis guérit.

Après avoir passé une thèse de médecine, il fut nommé médecin consultant par le roi, au grand dam des autorités de la faculté de Médecine qui durent souffrir de le voir devenir le premier président de l’Académie royale de chirurgie, secondé par La Martinière. […]

 

Source :Ronald Virag, chirurgien cardio-vasculaire andrologue. In Les Carnets de Versailles-octobre2014-mars 2015

Vous pouvez retrouver l’intégralité de cet article dans le numéro 15 de la revue Château de Versailles octobre-décembre 2014 (disponible sur la boutique en ligne du château : WWW.boutique-chateauversailles.fr

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