Les frères jumeaux Cœur-gauche et Cœur-droit.

Il y avait une fois dans l’île du Sud un roi, qui avait deux fils: les princes Cœur-gauche et Cœur-droit.

Cœur-droit et Cœur-gauche étaient frères jumeaux et ils se ressemblaient tellement que ni leur père, ni leur mère n’auraient pu les distinguer, s’ils n’avaient eu un signe particulier. L’un avait le coeur qui battait à droite, l’autre avait le cœur qui battait à gauche. C’est ainsi qu’on les appela Cœur-droit et Cœur-gauche.

Quand la maman appelait : Cœur-droit! » les deux enfants touchaient vite leur poitrine et celui qui sentait son cœur battre à droite courait vers sa mère. Si la maman appelait Coeur-gauche, celui qui sentait son cœur battre à gauche se précipitait vers elle. C’était facile, non? Pour mieux les reconnaître, leur papa leur avait offert un petit bracelet d’or, Cœur-gauche l’avait au poignet gauche et Cœur-droit au poignet droit; d’un simple coup d’œil on pouvait ainsi faire la différence.

Les jumeaux se servirent bien vite de leur ressemblance pour faire des polissonneries. Quand ils ne voulaient pas qu’on les lave, ils se sauvaient: la bonne attrapait Cœur-droit et le frottait énergiquement, puis elle prenait Cœur-gauche qui hurlait comme un poulet qu’on égorge en affirmant avoir déjà été lavé! Les deux bambins avaient mis leur bracelet au poignet droit. La gouvernante en laissait un pour prendre l’autre… et elle lavait deux fois le même…

Quand ils furent grands, Cœur-droit et Cœur-gauche allèrent à l’école. Cœur-droit aimait les lettres, Coeur-gauche les sciences. Quand on les interrogeait, ils s’arrangeaient toujours pour que le seul qui s’était préparé récite sa leçon.

Les années passèrent et les jumeaux devinrent de grands garçons,forts, beaux et courageux. Ils avaient pratiqué tous les sports avec de bons résultats et avaient terminé brillamment leurs études. Coeur-droit était un fin lettré et Coeur-gauche un mathématicien apprécié.

jumeauxUn jour les frères dirent au roi, leur père: – Nous avons décidé d’entreprendre un long voyage à travers le monde. Si tu nous donnes ta permission, un bon équipage et un bateau, nous partirons tout de suite. Le roi leur donna le navire et l’équipage et, après maintes recommandations, les laissa partir.

Coeurdroit et Coeurgauche avaient eu une étrange idée: l’un s’était habillé en chevalier, l’autre en écuyer. Ainsi on ne pouvait pas se rendre compte de leur extraordinaire ressemblance. Ils traversèrent la mer et abordèrent dans une petite île riche et peuplée: l’île du Levant.

La capitale Levantépoli était en fête. C’était l’anniversaire de l’indépendance. Les discours officiels étaient terminés, les jeux et les tournois allaient commencer. Coeur-droit, habillé en chevalier, et Coeur-gauche en écuyer, s’inscrivirent à toutes les compétitions.

– Les compétitions se suivront sans intervalle, dit le Président du Comité des Fêtes. Vous ne pouvez pas participer à toutes; après un ou deux jeux vous serez mort de fatigue!

– Inscrivez-moi à toutes les compétitions, répondit le chevalier étranger en clignant de l’œil à son écuyer, vous verrez bien!

La première compétition était une course à pied sur un parcours de cinq mille mètres. Coeurdroit resta toujours en bonne position et, au dernier tournant, s’échappa et gagna facilement.

Le chevalier étranger était, comme les autres concurrents, fatigué et en sueur quand il pénétra dans le vestiaire, suivi de son fidèle écuyer. Quelques instants plus tard il sortit, frais comme une fleur, prêt pour la seconde compétition. Naturellement c’était le frère jumeau qui avait mis les habits de chevalier tandis que l’autre, habillé en écuyer, se reposait et reprenait haleine.

–    Attention, départ de la compétition de natation! cria le Président. Double traversée du golfe!

Le chevalier étranger, maintenant c’était Coeur-gauche, se présenta au départ.

– C’est un fou! disait la foule horrifiée. Nager après cinq kilomètres de course! Il va se noyer.

Avec une brasse vigoureuse, le chevalier étranger fut vite parmi les premiers et, au grand émerveillement de toute la population, il gagna la course. Il était très fatigué quand il entra au vestiaire pour se sécher et se rhabiller. Une minute après il était frais et dispos pour la troisième compétition. C’était de nouveau Coeurdroit qui se préparait à l’épreuve tandis que son frère se reposait.

Durant toute la journée, les compétitions se succédèrent et le chevalier étranger fut toujours ou le premier ou parmi les premiers. Coeur-droit et Coeur-gauche étaient vraiment valeureux, car malgré tout ils avaient fait chacun la moitié des compétitions, gagnant sur des adversaires nouveaux et reposés. La foule, qui ne connaissait pas le subterfuge des jumeaux, était émerveillée et enthousiaste. Après les compétitions sportives eurent lieu les jeux de société, les chants, la peinture et la sculpture.

jumeauxLe chevalier étranger participa à tout le programme, ou plus exactement les jumeaux participèrent à tout le programme, l’un après l’autre, toujours remportant de splendides succès.

Le soir, le conseil des Anciens nomma le chevalier citoyen honoraire de la ville et lui demanda d’y rester.

Le chevalier refusa poliment. Il voulait continuer son voyage. Le lendemain, suivi de son fidèle écuyer il s’embarqua sur son navire qui l’attendait au large et disparut à l’horizon.

Après plusieurs jours de navigation les deux frères arrivèrent à Ponantépoli, la capitale d’une île riche et peuplée, l’île de Ponant. Les deux frères débarquèrent, Coeur-gauche vêtu en chevalier et Cœur-droit en écuyer.

La ville était en fête. C’était l’anniversaire de l’Indépendance. Les discours officiels étaient terminés et les compétitions allaient commencer. Coeur-gauche en chevalier, s’inscrivit à tout le programme et c’est ainsi qu’encore une fois les jumeaux furent vainqueurs partout: dans les compétitions sportives, aux jeux de société et dans les tournois artistiques.

A la fin des fêtes, le comité des Anciens se réunir et donna au chevalier le titre de citoyen honoraire de la ville en le priant d’y rester. Le chevalier remercia mais refusa: il devait continuer son voyage. Le lendemain, suivi de son fidèle écuyer, il s’embarqua et disparut à l’horizon.

Peu de temps après les deux frères arrivèrent à une île riche et peuplée. Ils y débarquèrent et se trouvèrent à Nordépoli, la capitale de l’île du Nord. La ville était en grand émoi: la révolution venait d’éclater. Le dictateur avait été chassé et s’était retiré à l’intérieur de l’île avec ses mercenaires les plus fidèles. La population était en armes, mais les chefs insuffisants et incapables.

Coeur-droit, qui avait pris le vêtement de chevalier, accepta d’accord avec son frère-écuyer, de prendre le commandement d’un escadron de cavalerie. Avec un tel chef à sa tête, l’escadron fit des miracles. Sur tous les fronts il repoussa les mercenaires du dictateur. Cœur-droit se vit bien vite confier d’autres troupes.

– Ces lapins deviennent des lions quand ils ont un lionceau à leur tête! avait dit le dictateur. Il organisa alors sa défense sur deux fronts: – Une troupe devra se retirer, car le lionceau et son escadron sont imprenables, mais de l’autre nous gagnerons et nous entrerons dans la ville!

Au coucher du soleil la bataille s’engagea. Coeurdroit, à la tête de ses escadrons, s’avançait fièrement quand une sentinelle l’avisa que les troupes étaient attaquées à l’arrière. Coeurdroit et son écuyer échangèrent un rapide coup d’œil et l’écuyer partit en galopant vers l’autre front. Sans descendre de cheval il retourna son manteau, enleva son béret d’écuyer, se coiffa du feutre de chevalier et arriva dans la mêlée.

– Le chef est avec nous! crièrent les soldats en reprenant courage. A l’attaque!

Les mercenaires du dictateur, pris à l’improviste, reculèrent. Leurs adversaires combattaient et leur chef était à leur tête. Il n’y avait plus d’espoir et les troupes se retirèrent en désordre. La bataille était gagnée sur les deux fronts et le dictateur, craignant une juste vengeance, s’embarqua avec quelques fidèles pour une destination inconnue.

Le lendemain dans la ville en fête, les jumeaux furent acclamés et honorés comme sauveurs de la liberté. Cœur-droit et Coeur-gauche remercièrent mais refusèrent honneurs et charges car ils voulaient continuer leur voyage. Ils s’embarquèrent et bientôt disparurent à l’horizon. La mer était calme, le navire s’arrêta le vent étant tombé. Les deux frères voulurent en profiter pour se baigner et pour pécher. Ils mirent à l’eau une petite barque et restèrent en mer toute la journée en attendant que le vent se levât pour permettre au navire de repartir. Vers le soir le vent se leva, mais il se leva si vite que les deux frères ne réussirent pas à rejoindre leur bateau. La bourrasque s’éleva et empêcha toute manœuvre et, sous le vent violent qui le poussait, le navire s’éloigna vers le Sud, tandis que le deux jeunes gens restaient sur leur petite barque, en proie aux éléments déchaînés. Une vague plus haute que les autres renversa la fragile embarcation.

Cœur-droit fut trouvé le lendemain, à demi-mort, par un pécheur de Levantépoli qui le conduisit à la ville. Là, reconnu comme le chevalier étranger, on lui fit un bon accueil et on le soigna.

Un pêcheur de Ponantépoli trouva Coeur-gauche et le conduisit en ville où il fut reconnu comme le chevalier étranger. On lui fit un bon accueil et on le soigna.

jumeauxLevantépoli et Ponantépoli étaient en émoi. Le dictateur qui s’était enfui de l’île du Nord, avait envoyé des émissaires qui firent si bien leur méchant travail, que les deux îles amies avaient rompu leurs relations diplomatiques. Soit dans une capitale, soit dans l’autre on craignait une invasion. Personne ne voulait la guerre mais tous la craignaient.

Les Anciens de Levantépoli prièrent Coeurdroit de prendre le commandement des troupes, avec un tel chevalier ils auraient mieux su préparer la défense de leur île.

Les Anciens de Ponantépoli prièrent Coeurgauche de prendre la tête des troupes, avec un tel chevalier ils auraient mieux su préparer la défense de l’île.

Coeur-droit dans l’île du Levant et Coeur-gauche dans l’île de Ponant se mirent à l’œuvre sans regarder à leur fatigue et à leur chagrin. Tous deux croyaient son propre frère mort en mer.

Un jour, un agent secret de Levantépoli, rentrant d’une mission spéciale dans l’île ennemie, demanda à être reçu par les Anciens. Le Conseil se réunit et apprit avec stupeur que le chevalier étranger les trahissait. Oui, l’agent secret l’avait vu, de ses propres yeux, parmi les chefs de l’autre île en train d’en organiser la défense: durant la nuit le chevalier trahissait l’île du Levant.

On réunit immédiatement un tribunal spécial et, sans tambour ni trompette, le pauvre Coeur-droit fut condamné à mort: il serait pendu haut et court le lendemain, au coucher du soleil. Par hasard, mêlé à la foule, se trouvait un agent secret de Ponantépoli envoyé en mission dans l’île ennemie. Il vit le chevalier enchaîné, apprit la condamnation et courut vite à son bateau pour rejoindre son île. A peine arrivé il demanda à parler aux Anciens.

– Notre chef est prisonnier des ennemis, dit-il, je l’ai vu, de mes propres yeux, hier enchaîné et ce soir au coucher du soleil il sera pendu haut et court!

Les Anciens se regardèrent décontenancés.

– Mais c’est impossible. Il était ici toute la journée, ensemble nous avons surveillé les travaux de défense.

– Messieurs me voici, dit Cœur-gauche en pénétrant dans la salle, je vous prie de ne me faire aucune demande mais de mettre immédiatement à ma disposition une barque et de braves et rapides rameurs. Ayez confiance en moi!

Le soleil allait disparaître à l’horizon quand Coeur-gauche arriva à l’île sous le regard émerveillé des soldats du port.

– Vite un cheval, et il partit au grand galop.

Sur la grande place une foule attendait anxieusement que justice soit faite! Les tambours roulaient lugubrement et le prince Cœurdroit gravissait les marches de l’échafaud. Tout à coup, la foule s’ouvrit pour livrer passage à un cavalier qui arrivait au grand galop.

D’un bond il descendit de cheval et, aux yeux de la foule émerveillée, apparurent deux chevaliers identiques, se ressemblant comme deux gouttes d’eau qui se précipitèrent dans les bras l’un de l’autre.

– Nous sommes des frères jumeaux, expliqua le chevalier, ni l’un ni l’autre nous ne sommes des traîtres! Le Destin a voulu nous séparer en nous sauvant des eaux, l’un dans l’île du Levant, l’autre dans l’île du Ponant et tous deux nous avons été nommés chefs de la défense. Je peux vous assurer, dit encore le chevalier, que l’île de Ponant ne veut pas la guerre, mais elle craint une invasion des habitants de l’île du Levant. Mon frère m’assure que vous, habitants de l’île du Levant vous ne voulez pas la guerre, mais que vous craignez une invasion des habitants de l’île de Ponant. Nous estimons qu’il n’y a aucun motif de désaccord entre vos deux îles et que quelqu’un, peut-être le dictateur exilé de l’île du Nord, a essayé de provoquer la guerre entre vous.

Le lendemain une ambassade, ayant à sa tête les deux frères, partit pour Ponantépoli afin d’éclaircir la situation et de proposer la paix. Quelques semaines plus tard les frères rencontrèrent, dans l’île du Nord, leur père le roi. Il était monté à bord du navire miraculeusement échappé à la tempête et cherchait ses fils qu’il ne voulait pas croire morts.

Il avait renoncé au trône en invitant ses propres sujets à former une république, la république de l’île du Sud.

Après quelques mois les quatre îles, du Sud, du Nord, du Levant et de Ponant se réunirent pour former la grande Confédération des Iles des Quatre Points Cardinaux  à la grande joie de tous les habitants.

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse tout en espérant gagner un peu d'argent

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