Les pierres qui marchent Légende bretonne

Bon chrétien et brave garçon, Bernéz n’avait rien de plus à lui que sa bonne volonté. Et de la bonne volonté, à Plouhinec, il en fallait. Car ici, fi du blé ou des bestiaux, il ne poussait que des pierres, alignées comme sur une avenue. Ce soir de Noël, tous les garçons des environs étaient à la ferme du riche Marzinn lorsque, tout à coup, un mendiant poussa la porte, sans s’annoncer. L’assemblée se retourné, sauf Bernéz qui n’avait d’yeux que pour Rosennik, la fille du maître de maison. De bon cœur, on invita le vieil homme à se rassasier avant de le convier à dormir dans l’étable. 

Installé entre un vieil âne sourd et un bœuf malade, le mendiant entendit les deux animaux converser – prodige qui a lieu tous les soirs de Noël, mais dont les humains ne savent rien – : “Ah, le pauvre bougre, s’il savait que tous les cent ans, le jour de Noël, au milieu de la nuit, les pierres de Plouhinec vont boire à la rivière de l’Intel, en laissant découvert les trésors enfouis à leurs pieds ! Et que pour se protéger de leur colère, il faut leur offrir une âme baptisée et se munir d’une branche entourée de trèfles à cinq feuilles.” Le mendiant, bien sûr n’en perdit pas une miette. Et dès le lendemain matin il courut la campagne à la recherche de la branche et d’une victime croyante. Sur le chemin, il croisa Bernéz, le bon chrétien occupé à tailler une croix sur une de ces pierres maudites. Fin gredin, le mendiant l’invita à se joindre à lui en lui promettant mille richesses. Aux douze coups de minuit, comme prévu, légères comme des plumes, les pierres se soulevèrent pour aller s’abreuver à la rivière, immédiatement, les deux hommes, bien que pris d’épouvante, emplirent leurs sacs des trésors laissés à découvert. Mais alors que les pierres rassasiées revenaient bientôt une à une à leur place, la plus grosse et la plus lourde, était prête à écraser les pillards. Elle s’avança d’abord vers Bernéz agenouillé qui priait le seigneur de lui accorder miséricorde. Ne pouvant nuire à un chrétien, la pierre baptisée, marquée d’une croix par ce dernier, le reconnu et se détourna pour écraser, n’ayant plus que faire de sa branche et de ses sortilèges, le vil mendiant. Voilà comment, Bernéz, sain et sauf, n’eut plus qu’à ramasser l’or laissé par le misérable et épouser la belle Rozennik qu’il appelle depuis avec fierté sa belle Rozenn. 

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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