Les quatre Noix enchantées

Il y avait quatre frères, beaux, bons et sages mais qui avaient un grand défaut : ils étaient toujours mécontents. Si, pour le déjeuner, il y avait de la purée, ils auraient voulu des épinards, s’il y avait des épinards, ils auraient voulu justement de la purée. S’il faisait chaud, ils se plaignaient, s’il faisait frais ils soupiraient et regrettaient les chaudes journées d’été. Quand ils étaient à la maison ils auraient préféré être dehors et quand ils sortaient, ils regrettaient la tranquillité de leur maison. S’ils allaient à la mer, ils s’ennuyaient en pensant aux belles promenades de la montagne et s’ils allaient à la montagne, ils rêvaient tristement à la mer, au sable fin et aux plages immenses.

NoixUn jour les quatre frères décidèrent d’aller goûter au bord de la rivière. Chacun prit un panier avec une pomme, une poire, une pêche, un petit pain et ils partirent. Quelle beauté! Quel magnifique paysage! Le fleuve serpentait au milieu des prés; l’eau était bleue et miroitait au soleil couchant. La rive opposée était couverte de prés et de petits bois. C’était un tableau magnifique.

– Dommage que nous ne soyons pas de l’autre côté! Dirent tous ensemble les quatre frères.

-Si nous avions traversé le pont nous serions tranquillement assis sur ces prés splendides

-Demain nous irons goûter de l’autre côté.

Ils entendirent un petit rire derrière eux et, en se retournant, ils virent un vieillard qui les regardait.

–  Grand-père ! Venez vous asseoir près de nous ! Nous n’avons pas grand-chose à vous offrir, nous n’avons malheureusement que des fruits ! Nous aurions dû prendre un gâteau. Tant pis… C’est de notre faute… Nous n’avons que cela pour goûter et nous devrons nous en contenter !

Ils donnèrent au vieillard un petit pain, une pomme, une poire et une pêche et goûtèrent tous ensemble en se plaignant toujours de ne pas avoir pris de gâteau.

–  Merci mes enfants, dit le vieil homme, vous avez été bien gentils et je me sens mieux d’avoir mangé ces fruits délicieux. Ce sont  justement les fruits que je préfère. Que Dieu vous bénisse.

Tout en se plaignant encore d’avoir porté des fruits au lieu du gâteau, d’être sur la rive droite au lieu d’être sur la rive gauche, les quatre frères rentrèrent chez eux.

–   Pourquoi avons-nous pris des paniers ? bougonnaient-ils. Nous aurions mieux fait de prendre un sac à dos, au moins nous aurions eu les mains libres ! Tant pis !

Le lendemain les quatre frères prirent un sac à dos et y mirent des gâteaux, de la confiture et du chocolat. Ils prirent aussi une bouteille de sirop.

–  Quel ennui, ce sac sur le dos ! soupiraient-ils le long de la route. Il valait encore mieux avoir un panier !

Ils continuèrent leur chemin tout en se plaignant, passèrent le pont et arrivèrent sur la rive gauche de la rivière. Le ciel était serein, le soleil disparaissait lentement à l’horizon et l’eau courait sur les cailloux avec un doux murmure.

– Comme on est mal ici! S’exclamèrent-ils tous ensemble. On a le soleil en plein dans les yeux et l’on est aveuglé par la réverbération de l’eau! On ne peut même pas apercevoir la rive où nous étions hier; il y a trop d’ombre et ces prés sont affreux! Quand on pense qu’ils nous semblaient beaux, vus de l’autre rive!

Dommage… Nous étions mieux sur la rive droite!

Un petit rire derrière eux les fit se retourner. C’était encore le pauvre vieux qui les regardait gentiment.

– Grand-père! Venez vous asseoir et goûter avec nous!

Ils lui donnèrent une tranche de gâteau, un peu de confiture, un morceau de chocolat et un verre de sirop.

– Merci, mes enfants, vous êtes bien gentils. Du gâteau, de la confiture! du chocolat et du sirop! Il y avait longtemps que je n’en avais plus mangé! Que le Seigneur vous bénisse!

Les quatre frères mangèrent leur gâteau à contre-cœur…

– je ne sais ce que je donnerais pour que ce sirop devienne de l’eau, dit l’un d’eux.

– Mais pourquoi avons-nous porté du gâteau? dit l’autre.

– Si nous avions des fruits, nous aurions pu assouvir notre faim et notre soif! dit le troisième.

– Tant pis, dit le dernier, nous nous sommes trompés. C’est de notre faute! Regardez le grand-père comme il mange de bon coeur!

Le vieillard remercia encore une fois les jeunes gens.

– Merci, mes enfants, et puisque vous avez été bons avec moi, je veux vous faire un cadeau.

NoixIl prit dans sa poche quatre noix.

– Prenez, une noix pour chacun de vous. Ne me demandez pas quelle est leur vertu. Vous vous rendrez compte par vous-mêmes que ce sont des noix enchantées. Gardez-les en souvenir du vieux Coeur-content… Toujours content… Il faut savoir se contenter de ce que l’on a! Adieu mes enfants et encore une fois merci! Et il disparut à l’horizon.

– Regardez quel couchant! s’exclama le plus jeune des quatre frères en mettant sa petite noix dans sa poche.

–  Maintenant que le soleil a disparu, on voit tous les petits nuages roses, dorés, violets!

–   Quel spectacle enchanteur!

–   Quelle chance avons-nous eu! Nous avons bien fait de choisir cette rive! De l’autre côté, la colline nous aurait caché ce couchant féérique!

– Heureusement que nous nous sommes attardés, ainsi nous avons eu droit à ce merveilleux spectacle de la nature.

Les quatre frères se mirent en route gaiement. Ils cueillirent des fleurs et les mirent dans leur sac.

– Quelle bonne idée d’avoir pris des sacs à dos, ainsi nos mains sont libres et ils ne nous pèsent absolument pas sur les épaules.

– Quel appétit! Nous avons bien fait de ne pas trop manger, sinon nous n’aurions plus eu faim pour le souper!

Ils arrivèrent à la maison.

– Qu’est-ce qu’on mange? demandèrent-ils immédiatement.

–  De la soupe aux légumes! C’est justement ce qu’il nous fallait après une telle journée au grand air! Maman a eu une riche idée!

Après le dîner, le père proposa une sortie et les enfants en furent ravis.

Comme il faisait bon se promener le long de l’avenue en mangeant une glace au citron.

– Je regrette, messieurs, mais je n’ai que du citron, avait dit le marchand de glaces d’un air ennuyé.

–  Mais c’est justement ce que nous voulions ce soir, répondirent les quatre frères.

Sur la place de la gare ils rencontrèrent leur oncle et rentrèrent tous ensemble à la maison. Là, ils échangèrent leurs chaussures contre des pantoufles. Quelle belle soirée… à la fraîcheur… avec leur oncle… là sur la chaise longue. Comme on était bien à la maison!

Les parents étaient stupéfaits du comportement de leurs enfants. Les quatre garçons qui n’étaient jamais contents, semblaient maintenant heureux de tout, et ils ne trouvaient à redire sur rien!

– Que vous est-il arrivé? demanda la maman.

Les frères se regardèrent entre eux et se mirent à rire:

– Ce sont les noix! Les noix enchantées! Ils racontèrent alors l’histoire du petit vieux.

Le père, lui, ne rit pas. Le lendemain il fit recouvrir d’or les quatre petites noix et les attacha à quatre bracelets. D’un air à la fois sérieux et malicieux, il les donna à ses enfants en disant:

– Gardez toujours ces bracelets à votre poignet et vous serez toujours contents. Remerciez le ciel d’être guéris de votre vilain défaut.

L’histoire ne dit pas si les noix avaient vraiment un pouvoir merveilleux, mais le fait est que depuis ce jour-là, les quatre jeunes gens furent toujours satisfaits. Quand il faisait chaud ils affirmaient aimer la chaleur; quand il faisait froid ils disaient préférer le froid. Si à table on leur servait du riz, comme par hasard tous quatre désiraient du riz ce jour-là et si l’on servait de la purée, comme par miracle leur estomac avait envie de purée.

NoixIls grandirent et continuèrent à être toujours contents de leur sort. Partout, tout était à leur goût.

– Mon estomac, déclara un jour un des frères, est comme un sac de montagne! Vide ou plein… il va toujours bien!

Un autre frère, lors d’une sortie en groupe avec des amis, refusa le menu que lui proposait le garçon.

– Apportez-moi ce que vous voulez, dit-il.

L’un désirait des champignons, l’autre des épinards au beurre, un autre encore des pommes de terre sautées… Quant à la viande, l’un voulait du veau, l’autre du bœuf et le troisième du mouton!

Le garçon prit les commandes… et revint l’air contrit:

– Nous nous excusons, mais il est déjà tard et il ne nous reste plus que des escalopes avec de la purée et de la salade. Tout le monde dû manger le même menu!

Un autre frère est content de son travail qui lui permet de voyager une bonne partie de l’année. Il peut ainsi jouir du grand air et des belles journées.

Un autre, au contraire, est heureux de son emploi qui lui assure une vie tranquille, régulière, sans danger et sans ennui. En cinq minutes, il rentre chez lui où il peut jouir de la paix de sa maison.

Les quatre frères portent toujours à leur poignet la chaînette et la noix d’or. Croient-ils braiment en leur pouvoir ? De toute façon ils les gardent en souvenir de leur père et de l’aimable vieillard qui les guérit à jamais de leur vilain défaut.

Peut-être un jour rencontrerez-vous les quatre frères, ils sont toujours bons, sages et beaux, mais en plus ils sont heureux et toujours souriants, car ils savent se contenter de leur simple vie.

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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