Les salles des Croisades de Versailles

Les salles des Croisades, qui accueillirent en 2013 l’exposition Trésor du Saint-Sépulcre, constituent l’un des éléments du projet politique que Louis-Philippe met en œuvre à partir de 1833 en transformant une partie du château de son cousin Louis XVI en musée d’Histoire de France. 5.500 œuvres (peintures et sculptures) y déroulent le grand roman des héros nationaux depuis Clovis jusqu’à l’avènement du roi des Français, en 1830. Inaugurées en 1843, les cinq salles évoquent par la peinture les huit expéditions de la noblesse française au Proche-Orient entre le XIe et le XIIIe siècle. Par cette mise en valeur des faits d’armes de la dynastie capétienne en Terre Sainte, Louis-Philippe tente de séduire la vieille noblesse d’épée légitimiste qui voit en lui un usurpateur. La création de ces salles est née du cadeau diplomatique que le prince de Joinville, troisième fils de Louis-Philippe, reçoit, en 1836 de la part du sultan de l’empire ottoman Mahmoud  II: une porte en cèdre sculpté provenant de l’hospice des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem sur l’île de Rhodes, en Grèce. Pour mettre en valeur ce présent, l’architecte Nepveu surélève la grande porte des chevaliers et l’inclut dans un mur de la cinquième salle, encadrée par deux toiles. Le sculpteur Plantar complète la porte et s’inspire des parties supérieures pour réaliser les dessus- de-porte des salles, écrin de boiseries parsemées des blasons familles ayant participé aux Croisades.

salle-des-CroisadesLe style néogothique de ces décors est le résultat d’un mouvement de redécouverte du Moyen-Âge par les artistes, sous le Consulat et l’Empire.

Au style troubadour de l’impératrice Joséphine qui déploie une vision épique de l’époque médiévale, succède une démarche plus érudite, à partir des années 1830, où les artistes ambitionnent de produire une véritable peinture d’histoire qui exalte l’héroïsme et la grandeur. Parmi les peintres sollicités pour les salles des Croisades, on retrouve Ary Scheffer et Horace

Vernet, deux artistes appréciés par Louis-Philippe. Bien que le roi n’aimât pas sa peinture, Delacroix a reçu la commande de L’Entrée des Croisés à Constantinople (parti au Louvre en 1883 et remplacé par une copie d’époque). D’autres peintres, oubliés aujourd’hui, mais qui à l’époque jouissaient d’une notoriété équivalente à Vernet ou Delacroix sont encastrés dans les boiseries des salles: Blondel, Mauzaisse, Odier, Picot, de Caisne, Laemlein… Mais les remous de l’histoire vécue et vivante sont venus perturber l’histoire peinte et figée.

La Défense de Rhodes de Wappers a été terminée par son auteur alors que la Révolution de 1848 éclate. Le cartel pour l’accueillir était en place, mais le tableau ne fut jamais accroché.

Ce n’est qu’en 1996 qu’il arrive au château de Versailles. Face au tableau de Delacroix, on devait aussi trouver un Scheffer qui fut seulement esquissé par l’artiste mais jamais livré. C’est La bataille de Las Navas de Tolosa, de Vernet (1817), accroché provisoirement dans la salle, qui est resté depuis en place.

Source : François Appas in Les carnets de Versailles avril-septembre 2013

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une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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