L’Ordre du Temple et l’influence copte

En 870 ans, il a été recensé, seulement en France, environ 2 500 ouvrages relatifs au seul Ordre des Templiers, et 3 500 consacrés à la Chevalerie; en ajoutant l’Allemagne, l’Angleterre et le Japon, on obtient 24 000 ouvrages pour un millénaire d’histoire. L’Ordre a suscité de nombreuses théories plus ou moins vérifiables depuis le XVIIIe siècle sur des thèmes dont les principaux sont la survivance du Temple, le Baphomet, le trésor du Temple, le Temple et les hérésies, les Règles secrètes (Frères élus et Frères consolés)… Pourtant, dans toute cette littérature, un thème ne fut que rarement abordé: celui des influences chrétiennes orientales sur la « religion » templière1. De toutes les doctrines qui purent vraisemblablement influencer cet ordre prestigieux, les historiens privilégièrent celles de l’islam, celles des gnostiques, celles des Cathares… Mais l’Ordre fut aussi en contact avec le monde chrétien oriental byzantin et copte.

1 Le terme religion est ici employé dans l’acceptation usitée selon les textes des Règles templières. Exemple, le verset 673 : … la cinquième est si vous avez promis de donner à un homme du siècle, ni à un frère du Temple, ni à un autre, or ou argent ni autre chose par quoi il put vous aider de venir en cette religion, car ce serait simonie, vous ne pourriez vous sauver en notre Maison, vous en perdriez la compagnie de la Maison
(in Les Templiers et les Règles de l‘Ordre du Temple.  Laurent Daillez, Editions Belfond 1970)

L’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon créé en lll8 s’est officiellement éteint en l3l4. En deux siècles d’existence et vingt-deux grands maîtres, en cent soixante-trois ans de présence en Terre Sainte (de lll8 à I291, année de la perte de St-Jean d‘Acre), cette fraternité a dépassé en prestige tous les autres ordres de chevalerie sacrée, y compris l’Ordre des Chevaliers de St Jean de Jérusalem, dit de Malte, dit de Rhodes, et en mystère toutes les autres fraternités secrètes.

A l’origine de l’Ordre furent deux gentilshommes, Hugues de Payens et Geoffroy de St Omer,  hommes de guerre et croisés exemplaires, acteurs de l’épopée de la première croisade (I095-I099) aux côtés de seigneurs et barons tels Godefroy de Bouillon, futur «avoué» du Saint Sépulcre, le comte de Lusignan, le comte de Toulouse Raymond de Saint Gilles, Hugues, comte de Vermandois, Robert Courte-heuse, duc de Normandie…

De cette chevauchée qui les mena de Champagne en Terre de Palestine, les deux chevaliers retinrent la leçon de la détresse, de la souffrance et des félonies, des parjures. Ils virent Constantinople malmenée par les croisés de Pierre l’Ermite, puis les seigneurs d’Occident apporter la feinte supériorité du fer de leurs armes. Mais ils virent aussi la grandeur, le faste et sans aucun doute la mystique profondeur de la religion byzantine.

croix-templièreLa défense des chemins de pèlerinage

Dès le l4 juillet I099 ils prirent part à la conquête de la ville sainte de Jérusalem puis furent témoins des odieux massacres dont furent victimes les musulmans, dans les rues de la cité, mais aussi dans la Koubah (tombeau du Prophète et lieu de pèlerinage) et dans le temple de Salomon.

Devant la détresse des pèlerins démunis sur les routes dangereuses les menant au Sépulcre. Hugues de Payens et Geoffroy de St Orner décidèrent de créer une milice dont le but serait la défense des chemins de pèlerinage. Ils adoptèrent la règle de saint Augustin, celle-là même qui fut à l’origine des coutumes de tous les ordres monastiques. La règle du Temple, qui vint plus tard, n’est qu’une sorte de rectification, de mise en conformité de la règle augustienne.

A son étude on comprend la motivation des chevaliers: condamnation des envieux, des violents, des sournois. De la recherche de biens matériels. La communauté des frères prime et la richesse, même relative, d’un seul devient la complète richesse de la communauté. D’ailleurs richesse et pauvreté ne signifient plus rien au sein de l’Ordre.

Au concile de Troyes. Bernard de Clairvaux fit approuver cette nouvelle Règle mettant les pauvres Chevaliers du Christ hors de portée des pouvoirs royal ou épiscopal. Pour Saint Bernard, le couvent est une école, celle du Christ et du Saint Esprit.: « …. Je me réjouis que vous, mes frères, vous soyez de l’école de la vérité, c’est-à-dire de l’école de l’Esprit dans laquelle vous apprenez la bonté, la discipline et la science» (sermon 3, fête de la Pentecôte 332-5).

Ainsi, en cette époque troublée, les frères formèrent-ils l’Auditorium Spiritus, l’auditoire du Saint Esprit. Bernard de Clairvaux fut certainement l’inspirateur principal de cet ordre au destin tragique. Un point de jonction très important entre les Templiers et Saint Bernard concerne la dévotion à Marie Sainte Mère de Dieu, Théotokos. De nos jours encore, les moines cisterciens nomment affectueusement leur père saint Bernard «le chevalier de Notre Dame». Les Frères du Temple, quant à eux,  invoquaient la Vierge Marie en disant «Notre Dame qui est le commencement et la fin de notre Ordre… ».

Les bases du comportement chevaleresque

Saint Bernard. Réformateur subtil et exigeant de Cîteaux, abbé de Clairvaux, kuldéen et ami de l’Irlandais saint Malachie, l’auteur des prophéties sur les papes, établit en son traité « des degrés de l’humilité et de l’orgueil », les bases du comportement chevaleresque, l’essence de la queste spirituelle : le but: la lumière de la vie, le moyen: la voie du Christ, l ‘écueil : les ténèbres.

Le libre arbitre est le seul moteur de l’action. L’expérience de la Nuit Obscure dont parle saint Jean de la Croix (in la Montée au Carmel),  le chevalier doit la vivre au sein de sa queste, de son errance longue et douloureuse. Nul disciple n’échappe à la phase nocturne. Le seigneur Christ après quarante jours dans le désert aux prises avec le tentateur en ressort victorieux, irradiant d’une grande lumière.

De même, par l’expérience ultime, le Christ « par la mort a vaincu la mort» ; il est allé au-delà des apparences, il a montré à chacun la voie à suivre. Les chevaliers du Temple, dans leur rituel de réception, insistent beaucoup sur ce point: «frère nul ne sait l’heure et le lieu de la mort, mais certaine est la mort».

C’est notamment pour cela que les Templiers choisirent de séparer en deux leur gonfanon: la moitié en sera noire, comme les ténèbres, l’autre blanche, symbole de lumière. Lumière du jour, lumière du soleil, lumière du Christ, Lux perperuæ, lumière perpétuelle de la vie, de l’amour, de la connaissance.

L’Ordre du Temple et le christianisme gnostique

Hugues de Payens et ses Frères eurent à Jérusalem une grande soif de connaissance. Après avoir eu une meilleure approche des théologies byzantines et des contacts suivis avec l’islam, ils rencontrèrent d’autres chrétiens, très étranges et qui parlaient d’un enseignement complexe, d’évangiles secrets, d’écrits apocryphes dont les moines coptes étaient les gardiens.

Le mot copte est une déformation arabe du mot grec Æguptios – égyptien-, les coptes rompirent avec le patriarcat de Byzance au concile de Chalcédoine en 45|. La langue liturgique qu’ils conservèrent dérive de celle parlée à l’époque pharaonique. L’étrangeté, à bien des égards, de la religion copte ne pouvait, par le biais de ses traditions, de ses coutumes, qu’attirer l’attention des chevaliers mystiques.

Les religieux Coptes forment une communauté plutôt monastique, ce qui correspondait à l’attente des chevaliers. D’autre part, ces « Égyptiens » rattachés par tradition à la reine de Saba, et par conséquent au roi Salomon, prétendaient détenir un trésor inestimable pour les « peuples du Livre »  et plus particulièrement les chrétiens: l’Arche d’alliance.

Le symbolisme ésotérique de Pythagore

Pour approcher de l’intérieur ces grands mystères, les chevaliers du Temple durent recevoir l’enseignement de la connaissance. autrement dit la Gnose, que les coptes transmettaient. « Pendant longtemps, on appela les écrits gnostiques le roman de l’âme et cette désignation caractérise fort bien la plupart d’entre eux… La gnose, c’est la connaissance de ce que nous sommes et de ce que nous sommes devenus: du lieu d’où nous venons et de celui dans lequel nous sommes tombés: du but vers lequel nous nous hâtons et de ce dont nous sommes rachetés, de la nature de notre naissance et de celle de notre re-naissance  »

La gnose, c’est donc l’application méthodique de l’intelligence aux réalités spirituelles. C’est le symbolisme ésotérique utilisé par Pythagore pour transmettre son enseignement. La bibliothèque d’Alexandrie possédant l’un de ses précieux manuscrits, annoté par Plotin. Mais l’empereur Théodose le fit détruire avec tous les ouvrages du Serapeum.

Toutefois les mystères de la cosmogonie et nombre d’enseignements de Pythagore nous parvinrent grâce aux écrits de Platon (le Timée), de Plotin (Enneades), et de Jamblique (Mystères-d’Egypte). Le premier fonda l’école d’Athènes, le second, disciple du premier, l’école d’Alexandrie.

La manifestation syrienne de la gnose, par Simon le magicien, Saturnin et les Ophytes, porte l’empreinte des traditions orientales et hébraïques. La manifestation d’Alexandrie porte, elle, la marque des sagesses égyptienne et grecque. Dans toutes les manifestations de la Gnose, des symboles communs sont employés. Par exemple le Volumen ou Livre et Coupe, dont l’objet est la transmission de la révélation.

Le Graal des Assacis

Cette coupe sacrée, associée au livre, ramène directement au concept mystique du Graal. La coupe des gnostiques fait aussi penser à la coupe des chevaliers de l’islam ismaïlien des Assacis, ces fameux «gardiens» de la tradition secrète. Rappelons pour mémoire que le premier Maître général de l’Ordre. Hugues de Payens, prit des contacts suivis avec le Vieux de la montagne, Maître des Assacis.

L’ordre chevaleresque des Assacis doit se comprendre comme ordre des Gardiens de la Terre sainte d’orient, et non comme « assassins » ou «mangeurs de haschisch ».

Les chevaliers d’Islam devaient, après avoir été adoubés, boire dans la coupe sacrée de chevalerie. Il est probable que cette tradition secrète de la coupe de chevalerie, tant chez les chrétiens que chez les musulmans et les chrétiens gnostiques, influença des poètes tels que le templier Wolfram von Eschenbach et Chrétien de Troyes.

Le symbole du serpent Ouroboro, serpent qui se mord la queue, exprime remarquablement les manifestations de la gnose. Dieu effuse de lui-même et revient à Lui à travers le monde qu’Il a créé. L’esprit traverse la matière et retourne à lui-même. La vie se manifeste dans la création et par la mort se retire en elle-même…

La doctrine gnostique était très complexe et il ne s’agit pas ici d’en faire un exposé complet; mais seulement de montrer à quel genre d’enseignement furent confrontés les chevaliers. Les Templiers furent-ils de purs gnostiques?

Il est difficile de l’affirmer mais il est certain qu’ils subirent l’influence de l’enseignement gnostique. Une preuve est celle qui réside dans l’existence du fameux Baphomet.

Dans la doctrine gnostique, le Sauveur, différent des autres hommes, n’est plus soumis aux contingences humaines. La mort du Christ sur la croix ne peut donc être admise; on lui substitue, pour la crucifixion, Simon de Sirène. Ce sera des chefs d’accusation retenu au procès des Templiers, en 1307: le reniement de la croix.

 Source : Dominique Achard  Actualité de l’Histoire mystérieuse

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une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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