Louis David de l’idéal au réel

En 1800, soit un an après le 18 Brumaire, David, déjà fervent partisan de Bonaparte, exécuta un portrait du général. De 1800 à 1803 David peignit, avec son atelier, cinq versions du Portrait équestre de Bonaparte au mont Saint-Bernard. L’artiste doit créer une mythologie nouvelle, une image moderne. Le jeune général est l’image des gloires du passé, sur les rochers son nom est associé aux héros qui ont déjà franchi les Alpes : Hannibal et Charlemagne. Bonaparte, sorti du néant, accomplit une destinée historique. La nature sauvage, romantique, s’harmonise avec le réalisme des détails du cavalier et de sa monture.

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« L’homme nouveau », supposé consolider la Révolution, prend l’aspect d’un héros bien différent de Marat dans ce tableau surprenant qui ne laisse rien deviner du peintre de Marat assassiné. Dans un paysage sciemment peu réaliste pour ne pas distraire le spectateur de l’essentiel, David a placé Napoléon au premier plan, le doigt tendu vers l’horizon (geste très fréquent dans l’iconographie davidienne), comme confiant en un avenir certain. L’homme et l’animal s’unissent pour former le mariage de la force et de l’intelligence en un symbole dont le sens ne saurait échapper au spectateur.

S’il n’était resté inachevé,Le Serment du jeu de paume aurait pu représenter l’équivalent républicain et laïc du Sacre de Napoléon, composition impériale et religieuse illustrant la consécration de Napoléon à Notre-Dame en 1804. Sur une suggestion de son disciple Gérard, l’artiste choisit, pour cette œuvre, le moment où, après s’être couronné lui-même, Napoléon s’apprête à poser la couronne sur la tête de l’impératrice Joséphine.David-sacre-Napoleon-JosephineDavid-sacre-Napoleon-Josephine

Après la rigueur spatiale et iconographique de ses réalisations antérieures, et bien que conscient de son rôle de chroniqueur en la circonstance, David déploie ici toute la richesse et le faste de la nouvelle aristocratie : hermine, velours et brocarts le disputent aux joyaux et parures que Napoléon tente en vain d’occulter par sa symbolique couronne de lauriers évocatrice de l’austère grandeur des empereurs de l’Antiquité. Les personnages de la partie inférieure de la composition, merveilleusement rendus dans leurs caractéristiques personnelles, apparaissent en quelque sorte écrasés par l’imposante partie supérieure du tableau représentant les structures architecturales de la cathédrale et les immenses cierges de l’autel.David-le-comte-Potocki

L’évêque tient un long crucifix au centre de la représentation. Tronquée par le bord droit du tableau, une Pietà baroque de Nicolas Coustou, très éloignée des symboles étatiques dépeints dans cette œuvre, semble suggérer la vanité de la scène.

David arrive à Bruxelles en 1816. Il ne vivra désormais que pour son art, peignant sans relâche. Ses dernières œuvres, longtemps critiquées, cèdent au réalisme flamand. Libre dans ses thèmes, il les choisit galants : l’Amour et Psyché (1817), Les Adieux de Télémaque à Eucharis (1818), Mars désarmé, sa dernière œuvre. Son goût pour le réalisme transparaît avec plus de force : il s’applique à des sujets mythologiques habituellement idéalisés. Cupidon est un jeune adolescent au sourire béat dans une pose familière. Il donne à la figure une attitude naturelle qui s’oppose à la beauté idéale du nouveau Classicisme. Dans Mars désarmé, il ne veut plus communiquer de message, l’Antiquité n’est plus cet intermède à une leçon de morale. David ne voulut plus peindre que sa propre vision de l’Antiquité, il la peignit pour elle-même.David-Lavoisier-et-sa-femme

Ce « singulier mélange de réalisme et d’idéalisme » dont parle Delacroix allait, dans ses dernières années, se désintégrer pour laisser la place au seul sens du réel. Cette évolution s’explique peut-être par le fait que, déjà contemporain du pragmatisme bourgeois du  XIXe siècle, l’artiste avait besoin du contact avec le monde tangible pour pouvoir créer, ou qu’il était simplement trop âgé pour continuer à croire encore à certains idéaux. En 1819, David écrit d’ailleurs à un membre de l’Institut : « Laissez-moi où je suis. Je ne demande rien. Je ne voulais que la tranquillité. Je l’éprouve, je suis content. Adieu, ubi bene, ubi patria. »

Pendant plusieurs années, David sut transposer un certain nombre de valeurs et d’énergies visant à l’ennoblissement des relations humaines. Après la Révolution, sa peinture n’allait pas manquer de perdre un certain élan jamais retrouvé, mais elle demeura jusqu’à la fin le miroir de la société de son temps, fondatrice des structures du monde  occidental d’aujourd’hui.David-Pierre-Seriziat

L’Ecole de David

David eut successivement trois ateliers à Paris (au Louvre, dans l’ancien collège du Plessis et au collège des Quatre –Nations). Le peintre eut plus d’imitateurs que de véritables disciples. Ses élèves s’orientèrent essentiellement vers le Réalisme et surtout le Romantisme, déjà décelables dans l’art néoclassique.

Élève de Pajou, puis de David, François Gérard (1770-1837)  établit sa réputation avec Psyché et l’Amour (1798, Louvre), Ossian (plusieurs versions), la Bataille d’Austerlitz (1810, Versailles). Il exécute les portraits — le meilleur de son œuvre — de Juliette Récamier, de Talleyrand, des membres de la famille impériale, de la Famille du comte Moritz Christian Fries (1804, Vienne).

David-Les-SabinesPierre-Narcisse Guérin (17741833) fut, quant à lui, l’un des plus talentueux élèves de David et exerça lui-même par la suite une certaine influence sur les romantiques, tout comme d’ailleurs Gros et Girodet.

Son Retour de Marcus-Sartus (1799) fut considéré comme une allusion au retour des émigrés et obtint de ce fait un succès exagéré.

S’il existe d’incontestables différences entre le classicisme de David et celui de ses prédécesseurs, il en va de même avec ses successeurs parmi lesquels se détachera la personnalité puissante et originale de Jean Auguste Dominique Ingres.

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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