Louis David L’art et la politique

Toutes ces considérations sur l’implication politique de l’artiste concernent également des œuvres comme La Mort de Socrate (1787) et Les licteurs rapportent à Brutus le corps de ses fils (1789) qui, à l’instar du Serment des Horaces, exaltent les vertus de stoïcisme et de sacrifice.

La Mort de Socrate, qui s’inspire de la version grecque, illustre l’instant où, déjà incarcéré pour ses idées, le philosophe préfère le suicide à l’abjuration. Dans une attitude empreinte de dignité, Socrate s’apprête à boire la ciguë dans une coupe tendue par un disciple tandis que les personnages qui l’entourent expriment ouvertement leur désespoir. Cette toile se place entre les Horaces et le Brutus et marque la première génération d’œuvres pleinement néoclassiques.

Ainsi le décor dépouillé, tout en pierre, l’unité des coloris sur le même fond, et surtout l’attitude morale de Socrate qui achève son discours montrent que la mort importe moins que l’enseignement.

L’éloignement progressif des éléments secondaires allié à une volonté délibérée de réduire la composition à l’essentiel n’apparaît pas de façon aussi affirmée dans Les licteurs rapportent à Brutus le corps de ses fils. Ce tableau semble en effet s’inspirer directement des Vies parallèles de Plutarque bien que David, décrivant avec enthousiasme son travail encore inachevé, dans une lettre à Wicar affirme qu’il s’agit d’une pure invention de sa part.David-La-Mort-de-Socrate

Les saisissants contrastes de lumière et le désespoir exprimé par le groupe des trois femmes enlacées indiquent que le centre d’intérêt majeur du peintre réside dans l’expression plastique de la douleur humaine qui s’abat sur une famille et la déchire. Il oppose une fois de plus les sentiments familiaux des femmes à la décision politique d’un homme. Cette comparaison est soulignée  par le découpage en deux parties : les femmes dans la lumière, leurs mouvements soulignés par l’éclat des couleurs, et Brutus abattu de douleur dans l’ombre. R.L. Herbert souligne que l’appel au sentiment sous-jacent dans l’œuvre fut inspiré à David par une des paroles prononcées par le libérateur républicain dans Brutus second de l’écrivain italien Vittorio Alfieri : « Je suis l’homme le plus infortuné ayant jamais existé». Présentée conjointement à Brutus premier, cette pièce fut publiée à Paris au début de 1789.David-les-licteurs-rapportant-a-Brutus-les-corps--de-ses-fils

Il convient de signaler que, cette même année, David réalisa, pour le comte d’Artois, frère du roi, Les Amours de Pâris et d’Hélène.

Il est fort possible que la Révolution ait conféré un nouveau contenu à l’œuvre de David. Ceci n’a d’ailleurs rien de surprenant compte tenu des circonstances et également d’une ancienne tradition chez les intellectuels français si l’on en croit T. Gautier : « Bien qu’il ne fût pas insensible aux qualités purement picturales d’un tableau, Diderot, comme la plupart des intellectuels de son temps, s’intéressait avant tout au thème de l’œuvre. Il y cherchait en premier lieu une idée morale, une intention pathétique, un thème instructif. Confronté à une toile, il commençait par en étudier la composition avec un merveilleux sens de metteur en scène. Si l’ensemble ne le satisfaisait pas, il déplaçait les groupes pour les distribuer de manière différente et plus logique, reléguant au second plan une figure qui, selon lui, n’aurait pas dû figurer au premier plan, il modifiait ensuite les expressions, changeait les gestes, sacrifiait quelques détails, et en quelques lignes de commentaires tumultueux, ardents et colorés, refaisait le tableau selon ses propres vues. »

Par ailleurs, à partir de l’été 1789, David adopta une attitude de rapprochement et de collaboration avec le processus révolutionnaire. Dès lors, il allait réaliser des œuvres politiques d’iconographie révolutionnaire (Le Peletier, Bara, Marat). En octobre 1793, après l’assassinat de Marat par Charlotte Corday, le peintre remit à la Convention son portrait du radical jacobin : Marat assassiné.

Cette toile fait pendant au portrait de Le Peletier de Saint-Fargeau sur son lit de mort, dont nous ne connaissons aujourd’hui que des gravures, la toile ayant disparu. Les deux toiles furent exposées dans la Cour carrée du Louvre, puis à l’Assemblée, de part et d’autre de la tribune du président pendant quinze mois.

Le Marat est l’image accomplie du martyr révolutionnaire. Il a lui-même facilité son assassinat par sa bonté : en faisant appel à sa compassion Charlotte Corday a pu s’introduire chez lui. David le souligne en plaçant un mot dans la main gauche du mort : « Il suffit que je sois bien malheureux pour avoir droit à votre bienveillance.»David-assassinat-de-Marat

David place sur la caisse un billet qu’il vient juste d’écrire : « Vous donnerez cet assignat à cette mère de cinq enfants dont le mari est mort pour la défense de la patrie. »

Sa générosité contraste avec l’extrême nudité de son environnement : un décor volontairement dépouillé, propre aux portraits révolutionnaires de David. Mais ici le vide et le fond vert donnent une notion d’intemporalité. Disposé comme une pietà, l’œuvre fait appel aux sentiments chrétiens. Marat est un nouveau Christ, son visage idéalisé ne recèle aucune crainte, mais une grande plénitude. Exemple de vertu dans la vie, Marat l’est aussi dans la mort. La sérénité de l’œuvre est rompue par le sang qui coule à flots. Il contribue au salut de la patrie. Marat s’est dévoué jusqu’à sa mort à la cause du peuple. En hommage au martyr, David place devant la baignoire une caisse de bois portant la dédicace de l’artiste.

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une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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