Mariette ou le gardien du patrimoine égyptien

Parmi les fortes personnalités qui président à la formation de l’égyptologie au XIXe siècle, il en est peu d’aussi controversées que celle d’Auguste Mariette : grossière canaille ou héros fondateur sans peur et sans reproche ? De son vivant, même les avis furent partagés et vigoureusement exprimés. Qu’a-t-il donc fait pour déchaîner de telles passions ?

Né à Boulogne-sur-Mer en 1821, Mariette est issu d’une famille de juristes, agrémentée toutefois d’un grand-père qui fut un temps corsaire de Louis XV. A vingt-cinq ans, il est marié, père de famille, professer et journaliste à ses heures. Dès 1842, il s’est pris de passion pour l’Egypte ancienne, et voudrait y consacrer plus de temps. Conscient que rien ne sera possible sans appuis parisiens, il obtient en 1849 un précaire emploi au département égyptien du Louvre. L’année suivante, une mission lui est confiée : il part en Egypte pour dresser un catalogue des manuscrits orientaux conservés dans les couvents coptes, et si possible en acquérir pour la France.

Contraint de renoncer au but de sa mission, Mariette explore la région du Caire, et remarque les sphinx qui le mettront sur la voie du Serapeum de Memphis, monument recherché depuis longtemps par les savants. Son dégagement amène la découverte d’une quantité d’objets de la nécropole de Saqqarah. L’importance de la trouvaille déclenche une véritable crise : les antiquités sont protégées depuis 1835 par une ordonnance de Méhémet Ali. Théoriquement, nul ne peut fouilles sans autorisation du vice-roi, et les objets mis au jour doivent, toujours théoriquement, demeurer en Egypte, dans un musée qui n’existe que sut le papier. Le texte est resté lettre morte, et les méthodes de Mariette ne diffèrent en rien de celles de bien des fouilleurs du temps : il a commencé son travail sans autorisation et destine ses trouvailles à son employeur : le Musée du Louvre. Envenimé par toutes sortes de rivalités internationales, le bras de fer durera un an : Mariette s’y montre un intraitable défenseur de ce qu’il estime être le bon droit de la France, qui finance les travaux.

sphinxAu terme de l’aventure du Serapeum (1853) la position de Mariette au sein de l’égyptologie est assez marginale : il est célèbre, il s’est battu comme un lion sur le terrain, mais il ne se sent ni l’âme ni l’envergure d’un chercher de cabinet ; il a compris aussi que la recherche archéologique telle qu’il l’a lui-même pratiquée ne saurait mener qu’à une rapide destruction du patrimoine égyptien. Il est mûr pour sa deuxième contribution à l’égyptologie : la fondation d’un service de protection des antiquités. De retour en Egypte en 1857, il entre au service du vice-roi qui le nomme « chef des travaux d’antiquités » en 1858. Son travail consiste à faire appliquer la législation de 1835, à l’aide d’un service incroyablement pauvre en personnel et en ressources. Il crée un réseau de surveillance des monuments, entreprend le dégagement des grands temples – Karnak, Louxor, Médinet habout, Abydos, Dendérah, Edfou, Deir el-Bahari – et l’exploration, même sommaire, de très nombreux sites. Les fouilleurs « privés » peuvent continuer leurs travaux moyennant une autorisation vice-royale. En même temps, Mariette installe un musée dans les bâtiments industriels situés à Boulaq. Ouvert au public en 1863, ce musée ne cessera  d’être remanié, agrandi, enrichi.

Fonctionnaire égyptien, Mariette n’a pas toujours la vie facile : il est soumis aux aléas de la volonté du vice-roi. Il est un courtisan parmi d’autres et doit jouer à l’occasion les intermédiaires avec l’Europe : expositions, octroi d’un prêt au vice-roi, inauguration du Canal de Suez, visites officielles…-  Il arrive que cette position lui crée des difficultés diplomatiques, comme en 1867, où il refuse à l’impératrice Eugénie les bijoux de la reine Iâhotep. Car Mariette est aussi intransigeant  au service de l’Egypte qu’il l’avait été qu service de la France. Autre contrainte : l’économie. Le service de l’antiquité ne se maintient souvent qu’à force de volonté et de « bricolage ». On déplore souvent la grave insuffisance des publications de Mariette : il faut savoir qu’elle est due en partie aux difficultés financières de l’Egypte, et qu’il en était furieux lui-même.

La vie de Mariette abonde en épisodes spectaculaires et insolites. Il avait de solides amis, et d’indéfectibles ennemis. L’homme, pourtant loin d’être indifférent, se livrait peu ; au plus forts des pires drames personnels, sa correspondance familiale est d’une retenue peu habituelle et bien peu médiatique.

Lorsqu’il meurt, au Caire en 1881, Mariette a grandement contribué à modifier les mentalités. A son arrivée, les monuments d’Egypte étaient en péril et la notion de patrimoine antique n’existait pas. Après lui, une seule étape reste à franchir ; déclarer les antiquités domaine public et non plus propriété du vice-roi. Ce sera chose faite en 1883.

source : Par Elisabeth David Science&Vie 1996

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse tout en espérant gagner un peu d'argent

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *