Martin Luther, protestantisme

Martin Luther

Le protestantisme est un  mouvement complexe qui a pris forme au début du XVIe siècle. Il a été porté par de nombreux protagonistes qui voulaient que l’Église retrouve le sens originel des Évangiles. Les 95 Thèses (voir le premier texte ci-dessous) que le moine augustinien Martin Luther (1483-1546) aurait placardées,  en 1517, sur la porte de l’église de Wittenberg, en Allemagne, font souvent office d’acte fondateur de la Réforme protestante. Ces  « thèses » s’attaquent à un abus lié aux indulgences,  ces rémissions que l’Église accordait au pécheur pour purifier l’âme toujours entachée par les «résidus » des péchés, quand ceux-ci avalent déjà été pardonnés.

Le trafic d’indulgences

Le Britannique John Wyclif (1320-1384) et le Tchèque Jan Hus (1369-1415) avalent, avant

Luther, critiqué ce principe. D’ailleurs. Luther s’en prend moins au principe qu’a l’application d’une indulgence décrétée par le pape Jules II en 1507 pour la reconstruction du Vatican. Il suffisait de payer pour l’obtenir. L’archevêque Albrecht de Mayence s’est ainsi saisi de l’idée pour encourager à son profit un vaste marché des indulgences. Les prédicateurs ont sillonné l’Allemagne pour inciter les fidèles à donner de l’argent, sans quoi ils étaient menacés de passer jusqu’à 800 000 ans au purgatoire avant d’aller au paradis… C’est contre cette conception  « bancaire » des indulgences que s’insurge Luther. Ses thèses rappellent au pape que seul Dieu peut remettre les péchés et que l’argent ne vaudra jamais une vraie pénitence intérieure. Un procès a lieu et Luther, au lieu de se rétracter comme d’autres réformateurs avant lui, durcit ses positions. Le pape Léon X l’excommunie en 1521.

Selon Luther, l’homme ne mérite pas la grâce, mais il peut l’obtenir par la pénitence, le jeûne et la prière.

La Bible en allemand

La vive réaction du Vatican montre bien que Luther touchait à un problème plus fondamental que celui des indulgences : celui du salut. Cette question taraude Luther qui s’est livré avec zèle à la pénitence, au jeûne et à la prière. Mais cela n’est-il pas insignifiant aux yeux de Dieu ? Il finira par le croire. Dans De la liberté du chrétien (voir le deuxième texte ci-dessous),  il soutient que l’homme est né et mourra pécheur : qu’il  « prie, jeûne, parte en pèlerinage et fasse toutes les bonnes œuvres », écrit-il, cela ne donne rien. Mais dans l’Épître aux Romains de Paul (cl. p. 36), qu’il considère comme l’ « Évangile le plus pur » (voir le troisième texte ci-dessous), il découvre aussi que si nous ne pouvons pas mériter la grâce de Dieu, nous pouvons malgré tout l’obtenir. Dieu nous sauve à titre « gracieux » quand nous avons la foi. Mais cette grâce, nous ne pouvons l’obtenir que si nous avons entendu la Parole de Dieu. Or la Bible est en latin. Luther la traduit donc en allemand. Et pour l’expliquer, il écrit les premiers catéchismes de l’histoire.

Cette équation entre foi, Évangile et salut est le fondement de la Réforme : seule la foi sauve (sola fide) et non les « bonnes œuvres ». Seule la grâce de Dieu sauve (sola gratia) et non la justice des hommes. Seules les Écritures sauvent (sofa scriptura) et non les écrits de l’Eglise… Ces idées religieuses bouleversent  l’Europe du XVIe siècle. Quant à l’Église de Rome, elle ne peut ignorer plus longtemps cet appel en faveur de la foi.

Le concile de Trente  (1542-l563), ouvert vingt-cinq ans après la diffusion des 95 Thèses, apportera une réponse trop tardive et insuffisante pour arrêter le mouvement déjà bien avancé de la Réforme.

François Ganvinmartin-luther

« Les indulgences outragent la grâce, qui seule, par la foi, rend bon »

 

  1. A qui s’élève contre la vérité de l’indulgence papale, anathème et malédiction!
  2. Mais celui qui remplit le devoir de dénoncer les excès de langage et les déportements des prédicateurs d’indulgences, à celui-là grâce et bénédiction!

8l. Il résulte de cette prédication désordonnée d‘indulgences. qu’il n’est pas facile, même aux doctes hommes, de défendre l’honneur du pape contre les calomnies ou du moins contre les questions captieuses des laïcs.

  1. Ainsi : pourquoi le pape, dont les trésors amoncelés dépassent aujourd’hui ceux des richards les plus opulents, ne prend-il pas dans sa propre bourse plutôt que dans celle des pauvres fidèles, pour bâtir tant seulement une simple basilique en l’honneur de saint Pierre?
  2. Étouffer par de simples motifs de piété ces raisonnements de laïcs très scrupuleux et ne pas les confondre par de solides arguments, c’est exposer l’Église et le pape à la risée de leurs ennemis et faire le malheur des chrétiens.
  3. Si donc les indulgences étaient prêchées selon la pensée et l’intention du pape, il serait aisé de résoudre toutes ces questions ou mieux : on ne les poserait même pas.
  4. Loin de nous, tous ces prophètes qui disent au peuple du Christ : La paix! La paix! et qui n’ont point la paix!
  5. Loin, bien loin de nous, tous ces prophètes qui disent au peuple du Christ : La croix! La croix! et qui n’ont pas la croix!
  6. Il faut exhorter les chrétiens ç suivre fidèlement leur chef, qui est le Christ, à travers les peines, la mort, l’enfer même.
  7. Et a ainsi demeurer assurés que c’est par de nombreuse tribulations qu’on entre au ciel, bien plutôt que par la sécurité d’une fausse paix

Martin Luther, les 95 Thèses contre les indulgences, Extraits, académies des bibliophiles 1870.

Il ne sert donc rien à l’âme de revêtir son corps d’habits sacrés, comme font les prêtres et les ecclésiastiques, de faire acte de présence dans les églises, de s’adonner par le corps à de saintes pratiques, de prendre des attitudes de prières, de jeûner, de faire des pèlerinages et d’accomplir dans son corps ou avec son corps toutes les bonnes œuvres possibles. [p. 28-29]

Il est facile de comprendre, par tout ce qui précède, dans quelle mesure on doit rejeter ou pratiquer les bonnes œuvres et comment il faut recevoir les enseignements qui les recommandent. Dès qu’elles s’accompagnent de cette pensée perverse, que nous devons par elles acquérir la piété et le bonheur, elles sont mauvaises et tout à fait condamnables, car elles ne sont plus désintéressées et elles outragent la grâce, qui seule, par la foi, rend bon et bienheureux. Cela, les œuvres ne peuvent le faire, et pourtant elles se le proposent, dérobant ainsi à la grâce son influence et son honneur. Ainsi, nous rejetons les œuvres, non à cause de leur propre nature, mais à cause de cette pensée perverse dont nous avons parlé, du fait qu’elles ont l’apparence du bien, mais non la réalité, qu’elles trompent tout le monde, comme des loups dévorants sous des vêtements de brebis. [p. 53s]

Martin Luther,  De la liberté du Chrétien (1520)  Extraits, Trad. L. Christiani, Bloud, 1914

L’Epître aux Romains est pièce maitresse du Nouveau Testament et le plus pur de tous les Évangiles. Aussi tous les chrétiens devraient-ils la savoir par cœur et s’en nourrir chaque jour, comme du pain quotidien de leurs âmes. On ne peut jamais la méditer ni la pratiquer assez : plus on s’en empreigne, plus on la trouve délicieuse.

|…] La Loi divine n’est pas comme les lois humaines, auxquelles on satisfait pourvu qu’on s’y soumette extérieurement, même sans la participation du cœur. Gardons-nous d’une erreur aussi funeste. C’est d’après nos sentiments les plus intimes que Dieu nous juge; sa Loi exige le concours de ces sentiments, et réprouve comme hypocrisie et mensonge, les œuvres  extérieures faites autrement que par amour de Lui. N’agir que par peur du châtiment ou par le désir de la récompense, ce n’est pas aimer la Loi de Dieu, c’est y être opposé et préférer secrètement  de la violer, si on le pouvait sans péril. (pp. 3-4)

Martin Luther,  cours sur l’Epître aux Romains (1522)  Extraits, Dela, 1842

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une grand-mère qui s'amuse tout en espérant gagner un peu d'argent

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