Merteuil Jeanne Moreau et Valmont Samy Frey

Théâtre de la Madeleine Paris 2008

Quartett  de Heiner Müller

Jeanne Moreau et Sami Frey ont incarné Merteuil et Valmont, les personnages des « Liaisons dangereuses », revisités par Heiner Müller dans une lecture de          « Quartett » sur la scène du théâtre de la Madeleine du 22 mai au 28 juin 2008.

Le spectacle est prévu pour 21 heures, mais je suis là  depuis plus d’une heure tellement impatiente de voir enfin, en chair et en os ces deux Grands  de la scène et du cinéma. M. Samy Frey (décédé, hélas, depuis le 12 mars 2014) que l’on ne peut que regretter qu’il n’ait pas eu la place qu’il méritait au Panthéon des acteurs et ce monstre sacré, cette star, cette Grand Dame qu’est Madame Jeanne Moreau.

C’est la « première » et dans la salle il y a un je ne sais quoi qui n’est pas le brouhaha habituel des salles de théâtre.

On ne frappe pas les trois coups ce soir, on pourrait regretter la disparition du « brigadier », Mais là, ça nous oblige à être attentifs, à surveiller l’instant où ils apparaîtront enfin.

La scène est nue, sans décor, juste deux bureaux, une lampe sur chacun d’eux et un verre d’eau. Ils n’entreront ni côté cour ni côté jardin, mais par une porte que nous n’avions pas remarquée, face au public. Et la magie opère. Même un papillon n’aurait pas osé voler, de peur de troubler cet instant. Ils s’avancent tels des dieux, magnifiques, majestueux. Sans un regard pour le public, sans un sourire ils s’assoient chacun à leur bureau, dans le noir. Puis une lampe s’allume enfin, et cette voix unique au monde ne prononce qu’un mot : Valmont. Et la terre s’arrête de tourner. Et tout est dit ou presque. C’est un uppercut qui m’arrive sans prévenir. A peine ai-je  le temps de reprendre mon souffle, après une courte pause, que cette voix que je rêve d’entendre « en vrai » depuis des dizaines d’années reprend son texte.  Je crois que j’ai oublié de respirer. Puis ce sera au tour de M. Sami Frey avec ce sentiment que tout ce qu’il disait, n’était là que pour « soutenir » mettre encore plus en valeur sa partenaire. Qu’il ne m’en veuille pas, il était fabuleux aussi, mais ce n’était pas pour lui que j’étais là. Et quand malheureusement le dernier mot est dit, je n’y crois pas, non j’en veux encore tout le public en veut encore ! Les applaudissements sont timides, car personne ne veut croire que c’est fini, il y aura peu de rappels, tout simplement parce que tout le monde est encore sous le charme, et peut-être aussi parce qu’il nous semble qu’ils sont épuisés. Sans avoir bougé, ils ont tellement donné d’eux-mêmes, plus que nous n’en espérions, peut-être mais au moins autant qu’ils avaient à nous offrir.

Il existe maintenant un dvd pour que tous ceux  qui n’ont pas pu les voir sur scène puissent  apprécier et ceux qui comme moi pourront replonger avec un plaisir infini dans cet instant de pur bonheur.

 

Un court extrait du texte : Valmont. Je la croyais éteinte, votre passion pour moi. D’où vient  ce soudain retour de flamme. Et d’une passion si juvénile. Trop tard bien sûr. Vous n’enflammerez plus mon cœur. Pas une seconde fois. Jamais plus. Je ne vous dis pas cela sans regret, Valmont. Certes, il y eut des éternités, où je fus, grâce à votre société, heureuse. C’est de moi que je parle, Valmont. Que sais-je de vos sentiments à vous.

 

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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