Montségur, dernier acte de la tragédie cathare.

Ils savent que depuis la fin de la croisade les Cathares sont contraints d’agir dans une semi-clandestinité. Ils savent que les Parfaits ont demandé au seigneur de Péreille de leur accorder asile dans son château de Montségur.

Ils savent que de là partent leurs directives et qu’y sont collectées leurs informations. Ce lieu leur apparaît de plus en plus comme le siège occulte de l’hérésie ; c’est donc à cette forteresse qu’ils vont en prendre.

MontsegurLe nom de Montségur, lié à l’Inquisition, est signalé pour la première fois dans le XVIIe canon du concile du Latran. Un peu plus tard, l’évêque Foulque reproche au comte de Foix d’avoir fait restaurer le site pour servir d’abri aux ennemis du Christ.

De fait, Péreille y entretient une petite garnison composée de soldats triés sur le volet, tant pour leur courage que pour leur sympathie à l’égard des Bonshommes. A leur tête, Pierre-Roger de Mirepoix qu’il a engagé et à qui il a donné sa fille en mariage ; à côté des guerriers, sous la houlette des Parfaits,  Bertrand d’En Marti et Raymond Agulher, quelques centaines de croyants.

En bas, autour du « pog », campe le sénéchal de Carcassonne, Hugues d’Arcis. C’est à ce chevalier qu’échoit la tâche de soumettre Montségur. Il n’en tentera pas l’assaut : le rocher est inexpugnable. La faim et surtout la soif le réduiront à merci ; avec le temps.

Le siège débute au mois de mai 1243. Il va durer presque un an.  Puis, le 1er mars 1244, deux émissaires qui ne sont autres que Roger de Péreille et Pierre-Roger de Mirepoix, se présentent au camp des croisés. Hugues d’Arcis les accueille avec courtoisie. Il n’a ni la cruauté ni le fanatisme de Montfort et ces hommes sont ses pairs.

Les messagers qui lui font alors cette proposition : la forteresse consent à se rendre. En échange, le sire d’Arcis acceptera-t-il les conditions suivantes : tout d’abord, un arrêt des combats et l’accord d’un délai de quinze jours avant la reddition. Ensuite, le pardon pour les défenseurs et l’assurance qu’on ne reviendra pas sur les meurtres d’Avignonet. La vie sauve enfin pour les croyants et les Parfaits s’ils s’abjurent. S’ils s’obstinent : le feu !

Aucune lumière n’a été faite sue cet étrange délai de quinze jours. Peut-être Bertrand d’En Marti a –t-il jugé indispensable de prépare les siens à la mort atroce qui les attend ? Quoi qu’il en soit, d’Arcis, en accord avec les autorités religieuses, accepte tout.

Montsegur-cathareNulle protestation venue des Inquisiteurs. En réalité, ils ont conscience de tenir la synagogue de Satan, comme le dit la CHRONIQUE. Ils savent, par expérience, qu’aucun Parfait ne se rétractera. Leur but est donc atteint.

Au matin du 16 mars 1244, les croisés investissent la citadelle. Rien n’est demandé aux soldats conformément au pacte. Pour ce qui est des autres, frère Ferrier, l’inquisiteur, fait diviser cette foule en deux groupes : d’un côté les simples croyants, de l’autre les Parfaits. Point d’interrogatoire, une seule question : renoncent-ils ou non à leurs croyances ?

Sur leur réponse négative, on les pousse un à un vers un enclos cerné de palissades en bois. A l’intérieur ont été entassés des centaines de fagots qui forment un bûcher gigantesque. Bientôt s’y trouvent rassemblés quelques 200 hommes et femmes qui ont délibérément choisi leur fin.

Certains viennent de recevoir le consolamentum. Dès l’instant qu’ils ont été admis dans la communauté cathare, ils ont brisé toute attache avec l’univers sensible. Leur royaume, comme il est écrit dans l’évangile de saint Jean, n’est plus de ce monde.

Parmi ces êtres que leur décision terrible rend presque surnaturels, il y a Corba de Péreille, l’épouse de Raymond Péreille. Elle n’a pas profité de la grâce possible que son rang et sa position lui permettent. Avec elle, sa mère, Marquesian de Lantar et sa plus jeune fille, Esclarmonde, dont la décision date d’il y a deux jours.

C’est une vision de cauchemar qui va se dérouler sous les yeux de Raymond. Car il les regardera mourir devant lui. Un champ, au pied du « pog » de Montségur a gardé le nom de Prat dels Cramats, le champ des brûlés. Certains viennent encore s’y recueillir.

Il semble que de nombreux Cathares aient recherché avec une sorte de frénésie sacrée cette horrible mort par les flammes : n’est-ce pas le moyen d’anéantir ce corps qui, selon l’enseignement qu’ils ont reçu, serait l’œuvre du Diable ?

En tout cas, leur attitude n’est pas sans rappeler celles des martyrs chrétiens en face de la persécution romaine.

Il a été dit que quatre Bonshommes, la veille du supplice, seraient descendus grâce à des cordes le long du versant à pic de la montagne et se seraient évanouis dans la nuit ; on croit connaître le nom de trois d’entre eux. Où allaient-ils. Sur l’ordre de qui. Et pour quelle mission. ?

Bertrand d’en Marti lui-même en aurait été l’instigateur. La postérité n’a pas manqué d’échafauder les plus fantastiques sur cette évasion, la seule enregistrée dans cette sombre       affaire.

La fin du catharisme et de ses prophètes…

Après la chute de Montségur, le rideau tombe sur la tragédie cathare. Certes l’Inquisition va sévir et promener ses crimes dans l’organisation décapitée. Certes des isolés oseront la braver et tenteront de réveiller l’élan spirituel naguère encore si puissant.

Mais la plupart des rescapés vont prendre le chemin de l’émigration. Quelques-uns en Catalogne, le plus grand nombre en Italie du Nord.

Ainsi Pierre Autier, vers 1295 abandonnera-t-il les siens pour gagner avec son frère la Lombardie où des groupes fidèles à l’hérésie se maintiennent toujours.

Il reviendra quelques temps plus tard et sera, pendant une dizaine d’années, un actif prédicant. Mais, à cette époque, l’Eglise et les hommes du roi sont partout : Autier, dénoncé avec ses compagnons, finira brûlé en 1309.

Dans les dossiers inquisitoriaux, le dernier Parfait enregistré a nom Guillaume Bélibaste, une recrue de Pierre Autier. C’est un paysan fruste et la doctrine qu’il propage n’est qu’une caricature de celle de l’Esprit répandue par ses grands devanciers. Il mourra lui aussi dans la fournaise de 1322.

La fin de l’Occitanie et de ses comtes

A la fin de l’année 1244, Raymond VII revient dans ses Etats. Il servira désormais la couronne. Il accompagnera même son souverain, en  1248, dans sa première croisade contre les infidèles. Sa fille Jeanne a épousé en 1241 le frère du roi, Alphonse de Poitiers. Le 27 septembre 1249, Raymond rend le dernier soupir. Son corps est inhumé dans la crypte de l’abbaye de Fontevrault. Blanche de Castille dépêche aussitôt le chapelain d’Alphonse à Toulouse afin qu’il prenne officiellement possession de l’héritage du défunt au nom de sa fille.

Alfonse et Jeanne reviendront dans la capitale occitane en 1250 ; puis en 1270, peu avant leur embarquement pour la seconde croisade de Louis IX. A leur retour, en 1271, ils mourront tous deux de maladie à Savona, en Italie ; lui le 21 août, elle trois jours plus tard, après une union sans faille.

N’ayant pas eu d’enfants, leurs possessions retourneront à la couronne de France selon l’article prévu dans leur contrat de mariage.

A partir de ce moment-là l’Occitanie cesse d’exister.

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une grand-mère qui s'amuse tout en espérant gagner un peu d'argent

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