Origines du catharisme

Reconstituer l’arbre généalogique du catharisme n’est pas simple car le nom d’autres mouvement spirituels  vient aussitôt à l’esprit ; or, l’intrication des uns avec les autres est telle qu’on ne peut réellement décider avec certitude d’une antériorité ici plutôt que là. C’est le cas, par exemple, avec le bogomilisme. Il conviendra donc mieux de parler d’influences mutuelles ;

C’est vers le milieu du Xe siècle qu’un prêtre nommé Bogomil prêcha en Bulgarie. Cela se passait sous le règne de l’empereur Pierre, entre 927 et 969. Il recommandait la désobéissance à l’Eglise romaine, le refus du travail, le mépris des richesses et le retour à la pureté évangélique telle qu’elle avait été prescrite dans les Béatitudes.

Il s’élevait contre Satan, contre le monde (son œuvre) et ses ignobles serviteurs. Il déniait toute valeur aux sacrements, refusait la Croix et la présence d’images, condamnait la hiérarchie et flétrissait le péché de la chair comme une manœuvre du Malin pour perpétuer sa création et y maintenir enfermée la lumière divine consubstantielle à l’âme. A l’évidence le catharisme occidental et le bogomilisme oriental avaient eu de nombreux contacts. Mais on ne peut assurer si l’un préfigura l’autre.

A cause de son dualisme, on pourrait alors être tenté de rapprocher l’enseignement cathare de celui des Manichéens ; les Bogomiles, en tout cas, s’y référaient.

En réalité, la filiation si manifeste par certains côtés, présente des différences notables pas d’autres.

Cosmologie et Eschatologie ne sont pas identiques, ni non plus le choix des textes de références. L’institution aussi est dissemblable.

On sait, par exemple, que ce qui fut nommé par commodité l’Eglise cathare, n’en était pas une, au moins au sens strict de ce mot ; qu’aucune hiérarchie véritable n’était théoriquement admise, même si l’on a parlé d’évêques, de diacres, de fils majeurs et mineurs – et même de diocèse ; que le rituel cathare se réduisait à très peu de chose à l’inverse des cérémonies pratiquées chez les disciples de Mani.

Les Cathares, qu’on a représentés comme des Manichéens, ne connaissaient pas le manichéisme. Ils connaissaient l’Evangile de jean. C’est à ce texte qu’ils se réfèrent sans cesse 1.

En fait, c’est vers la gnose chrétienne qu’il faut tourner ses regards si l’on tient à s’approcher de la source la plus probable. On y retrouve, du reste, la très forte influence de saint Jean, parfois celle de saint Paul. De l’un et de l’autre, les gnostiques avaient retenu le rejet du monde (l’anticosmisme) et celui de la Loi (l’antinomisme) :

Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous.

Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ;

Mais parce que vous n’êtes pas du monde

Puisque mon choix vous a tiré du monde ;

Le monde vous hait.

Jean XV, 18

Tous ceux qui se réclament de la pratique de la Loi encourent une malédiction […]

Que la Loi ne puisse justifier personne devant Dieu, c’est l’évidence, puisque le juste vivra par la foi. (Epitre aux Galates, II, 10 et 11)

1 Simone Pétrement, Le Dieu séparé, les origines du gnosticisme, Le Cerf 1984

Les Parfaits et les Croyants

L’origine du bien, comme celle du mal, a toujours passionné les hommes. Et les hommes, toujours, se sont posés sur ce mystère d’infinies questions. De vraies questions, de fausses questions, et leurs écoles n’ont point manqué qui proposaient, chacune à sa manière, des solutions.

Aux environs du VIe siècle avant Jésus-Christ, une rupture survint dans l’ensemble de l’équilibre universel, entrainant un obscurcissement progressif dans la compréhension des mythes traditionnels et provoquant une application arbitraire des données qu’ils véhiculaient. Quelques siècles avant l’implantation du christianisme, donc, puis dans sa mouvance et jusqu’au moyen-âge, des courants de pensée se développèrent à partir de fragments de doctrines ésotériques plus ou moins bien assimilés, donnant naissance à ce qu’on a accoutumé de nommer la Gnose et à toutes les doctrines qui s’y rattachent –de près ou de loin.

Le catharisme en est une.

Par Charles Le Brun

La doctrine Cathare

L’unité doctrinale de l’hérésie occitane ne fut jamais atteinte. Elle n’en eut pas le temps. L’enseignement varia quelque peu, selon les groupes et les époques. On peut cependant y discerner deux grands courants : celui des dualistes absolus et celui des dualistes mitigés.

Les représentants du premier confessaient une opposition radicale entre les deux principes incréés qui représentaient pour eux la Lumière et les Ténèbres.

Ils expliquaient le monde comme étant un mélange provisoire de l’un et de l’autre voué à disparaitre lors de la consommation des siècles. Après quoi, la séparation originelle de ces principes serait rétablie pour l’Eternité.

Les seconds admettaient une unité fondamentale qui, perdue, ne serait retrouvée que lorsque toutes  les âmes auraient réintégré leur état primordial de de pureté. Ils croyaient à la chute de l’esprit dans la matière et dans le temps mais assuraient qu’un jour ce mode illusoire de l’existence retournerait au néant d’où il était venu. En commun toutefois, ils proclamaient :

-Que du Dieu bon, régent de la Lumière, dépendaient toutes choses spirituelles et intelligibles.

– Qu’au mauvais Dieu (Satan) obéissait le monde sensible.

– Que les âmes, tombées du ciel sur terre et prisonnières du corps, devraient se réincarner aussi longtemps qu’elles n’auraient atteint l’état de perfection propre à leur origine.

– Que la Trinité devait se comprendre comme un Dieu unique à trois visages, sans hypostases. – Que le Christ (un ange) était une créature momentanément émanée de la monade divine pour enseigner les hommes.

– Que ses miracles n’étaient à entendre que comme symboles.

– Que sa personne n’avait d’humain que l’apparence.

– Qu’en conséquence il n’avait connu ni la faim, ni la soif, ni n’avait subi sa passion, ni n’était mort et donc n’était pas ressuscité.

– Que la Vierge aussi était un ange, non issue de parents mortels.

– Que le Dieu de la Genèse pouvait être assimilé au Diable.

– Que Moïse et sa Loi devait être récusés.

– Qu’on ne devait point accorder de valeur aux sacrements.

– Que toute consommation de nourritures animales (viandes, œufs, fromages, lait) s’avérait être un crime eu égard au principe de la métempsychose.

– Que seule la Gnose (la connaissance) pouvait sauver, et non l’acte rédempteur du Christ.

– Que le mariage et la procréation devaient être tenus en abomination vu que chaque naissance forçait une âme à quitter son lieu de béatitude.

– Que le culte rendu aux saints, aux reliques, à Marie, était démoniaque.

– Que l’adoration de la Croix relevait aussi du démon et, pour cette raison, ils ne se signaient pas.

A ce propos, il n’est pas inintéressant de citer un court passage du Dictionnaire des antiquités chrétiennes de l’abbé Martigny (1865) :

La représentation du Sauveur crucifié offrait, dans les premiers siècles, des difficultés et des inconvénients de plus d’un genre. L’horreur et la répugnance qu’inspirait aux anciens, mêmes convertis au christianisme, le bois infâme de la croix, furent longtemps à se dissiper ; cette répulsion survécut même de beaucoup à l’abolition du supplice de la croix par Constantin.

A cela, on peut ajouter qu’il n’exista pas de croix grecque ou latine avant le Ve siècle.

Jésus fils de Dieu  mais frère cadet du démon

Les représentants du mouvement cathare étaient de deux sortes : les Parfaits, tenus de respecter rigoureusement les préceptes que nous venons d’énumérer ; et les Croyants dont l’unique engagement était de recevoir, au moment de mourir, le consolamentum dont nous parlerons plus loin et que seuls les Parfaits étaient habilités à leur donner.

En ce qui conserve les Ecritures, les Cathares admettaient le Nouveau Testament dans son intégralité, les Psaumes et les seize Prophètes. En revanche, ils réprouvaient le pentateuque et les livres historiques.

Cependant, un usage fait d’écrits apocryphes comme la Vision d’Isaïe, l’Interrogatio Johannis et peut-être le Livre des Secrts d’Henoch.

Ils attribuaient deux fils au Père ; un fils ainé : le Démon ou Satanaël, ou encore Lucifer, (Prince et créateur du monde) et le puiné : Jésus.

Ils prêchaient enfin un retour aux sources du christianisme et d’ailleurs, lorsque furent brûlés les hérétiques de Cologne en 1143, ces derniers affirmèrent pendant leur procès que leurs croyances remontaient au temps des martyrs et qu’elles s’étaient maintenues jusque-là grâce à une tradition demeurée secrète.

Les Albigeois disaient…

Selon Pierre, moine des Vaux-de-Cernay, auteur de l’Hystoria Albigencis

Ces hérétiques établissaient deux créateurs, l’un des choses invisibles, qu’ils appelaient le Dieu bénin, l’autre des visibles, qu’ils appelaient le Dieu malin…

Ils disaient que Jean-Baptiste était un des majeurs démons et pire diables.

Ils disaient entre eux que le Christ était homme de mal, que Marie-Madeleine avait été sa concubine…

En outre, ils disaient que le Dieu bon avait eu deux femmes, Collant et Collibant, et que d’elles il avait procréé fils et filles.

Ils disaient de l’Eglise romaine qu’elle était une caverne de larrons, et la prostituée dont il est parlé dans l’Apocalypse…

Ils annulaient les sacrements de l’Eglise à tel point, qu’ils prêchaient publiquement que l’onde du sacré baptême ne diffère aucunement de l’eau des fleuves, et que l’hostie du très-saint corps du Christ est la même chose que le pain d’usage commun ;

Ils proféraient ce blasphème, que le corps du Christ, quand bien même il contiendrait en lui l’immensité des Alpes, aurait été consommé depuis longtemps et annihilé. Les Parfaits portaient des vêtements noirs, se disaient observateurs de chasteté, détestaient l’usage des viandes, œufs et fromages, et affectaient de ne pas mentir ;

Les Croyants étaient adonnés à usures, rapines, homicides, plaisirs de la chair, parjures et à toutes façons de perversités ; ils pêchaient sans frein, pensant qu’ils seraient sauvés sans restitutions des choses ravies, sans confession ni pénitences, pourvu qu’à l’article de la mort, ils puissent dire un Pater noster et recevoir l’imposition des mains de leurs maîtres. Ils pensaient que, sans nulle autre satisfaction ni remède, ils s’envolaient aussitôt au ciel. Ils traitaient d’idolâtrie les images qui sont dans les églises et disaient que les cloches sont trompettes du diable. Ils prétendaient qu’on ne pèche d’avantage en dormant avec sa mère ou sa sœur qu’avec toute autre femme…

Selon la légende, saint Dominique de Guzman, qui s’est donné pour mission de convertir les hérétiques, remet à un émissaire albigeois un livre de profession de foi des vérités chrétiennes. Ce livre, jeté au feu par les Albigeois, en ressort intact, alors que le livre des hérétiques se consume… Les premiers moines de l’ordre (Ordre des Frères Prêcheurs devenu ordre mendiant en 1208), furent chargés de convertir les cathares, à l’instar de leur fondateur, Dominique de Guzman (1170-1221), qui ouvrit à Prouilles le premier couvent de femmes. Ainsi devinrent-ils les meilleurs exécutants (et exécuteurs) de l’Inquisition.

Les Franciscains, eux, s’opposèrent à l’Inquisition en pays Cathares, notamment à Carcassonne le moine Bernard Délicieux.

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