Les Philistins et leur histoire

Les Philistins : les ennemis des Hébreux.  La mémoire des Philistins s’est transmise à travers les siècles grâce aux récits bibliques. La Bible nous décrit ce peuple comme un féroce ennemi des Hébreux. Les Philistins (en hébreu Péleshtim) habitaient à l’époque biblique le « pays de Canaan » auquel ils donnèrent son nom actuel : la Palestine. Les auteurs de l’Ancien Testament les ont décrits comme des guerriers violents, à demi-barbares, comme un peuple païen d’incirconcis qui, entre autres abominations, vénérait un dieu nommé Dagon.

philistins-fronde-David

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Sous la conduite de leur chef, appelé séranim, ils s’étaient emparés par la force des territoires occupés par les Israélites et –impiété suprême- avaient enlevé du sanctuaire de Shiloh, comme butin de guerre, « l’Arche d’Alliance » garnie de lames d’or, faite sur les ordres de Moïse !

C’est alors qu’un jeune berger de la tribu de Judah, habile à manier la fronde et nommé David, s’était dressé contre ce peuple dominateur et arrogant qui avait interdit aux Hébreux le travail du fer. Encore adolescent, David provoqua en duel le plus redoutable des guerriers philistins, le géant Goliath, et d’une seule pierre bien ajustée l’abattit. Puis, devenu roi, il reconquit le pays et obligea les Philistins à rendre « l’Arche d’Alliance »

philistin-Samson

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Les femmes des Philistins avaient aussi, dans la Bible, une peu reluisante réputation. La plus célèbre est Dalila, dont le nom signifie « courtisane » en hébreu, qui livra aux Philistins le géant Samson après lui avoir coupé les cheveux pendant son sommeil, cheveux dans lesquels résidait sa force…

Cette peinture peu flatteuse explique pourquoi certains érudits du temps de Louis XIV utilisèrent comme adjectif le mot « philistin » avec le sens péjoratif de « personnage vulgaire, homme sans foi ni loi ». Mais avec l’avènement du « Mouvement encyclopédiste » au XVIIIe siècle, un changement se fit dans les esprits. On commença à s’apercevoir que les textes bibliques concernant les Philistins étaient beaucoup plus obscurs et contradictoire qu’on ne l’avait cru jusqu’alors : ainsi, le héros anti-philistin par excellence, David, y était dit  avoir été, dans sa jeunesse officier de la garde du roi philistin Akhish !

L’idée qu’il s’agissait d’un peuple qui avait autrefois joué un rôle important commença à s’imposer et à remplacer l’image ancienne d’une horde de barbares, débauchés et impies. On vit apparaître à leur sujet des questions essentielles : qui étaient-ils ? D’où venaient-ils ? Quand étaient-ils arrivés en Palestine ?

Un peuple historique

Dès 1720, un moine bénédictin, dom Augustin Calmet, étudiant les divers passages de la Bible qui parlent des Philistins, soutint que ceux-ci étaient originaires de Crète, en hébreu Kaphtor. A sa suite, plusieurs savants commencèrent à explorer les liens qui semblaient relier les Philistins à l’Egée, c’est-à-dire au monde grec. Un contemporain de dom Calmet, le linguiste et historien Etienne Fourmant crut même avoir découvert la preuve irréfutable de cette connexion quand il releva que dans le Deuxième Livre des Maccabées il était dit que juifs et Spartiates étaient deux peuples « descendant d’Abraham » On releva également la similitude entre le nom du roi philistin de Gath, Akhish, et celui du prince troyen Anchise, ou entre le nom des Pélasges, alliés des Troyens mors de la Guerre de Troie, et celui des Philistins…

philistins-Ramses-III

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Les discussions qui suivirent, qui toutes s’appuyaient sur l’exégèse des textes biblique et sur des considérations linguistiques plus ou moins fantaisistes, ne firent guère avancer les choses. Le premier progrès sérieux devait venir d’ailleurs, en l’occurrence, d’Egypte.

Le « livre d’images » de Médinet-Habou

En 1798, d’importantes forces françaises débarquaient en Egypte, non loin d’Alexandrie, la cité  fondée vingt siècles auparavant par Alexandre le Grand, sous la conduite du général Bonaparte. On sait que le futur empereur avait emmené avec lui un groupe de savants et d’artistes chargés d’étudier les vestiges prestigieux de l’ancienne Egypte. Les travaux de cette commission scientifique devaient avoir un retentissement considérable. En mettant sous les yeux des savants du monde entier les reproductions fidèles de monuments qui avaient franchi les millénaires sans trop de dommages grâce au climat très sec de l’Egypte, ils firent revivre la magnificence d’une civilisation ayant joué un rôle majeur dans les débuts de l’Histoire.

philistins-Desaix

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L’un des membres les plus éminents de la Commission était Dominique Vivant Denon. Artiste, diplomate, homme de lettres, il avait accompagné le général Louis Antoine Desaix en Haute Egypte. Après une longue et difficile marche de 600 kilomètres, les troupes du général Desaix étaient arrivées à Thèbes, l’ancienne capitale des Pharaons de la Haute Egypte. Pour Dominique Vivant Denon, la découverte des anciens monuments qui entouraient la ville fut un éblouissement. Sur la rive est du Nil, se dressaient les deux temples monumentaux de Karnak et de Louxor, avec des murs impressionnants, couverts de hiéroglyphes et de scènes de bataille. Mais sa curiosité conduisit bientôt notre dessinateur et diplomate à se rendre, accompagné de quelques soldats, sur la rive ouest du Nil, près du village de Médinet-Habou où il découvrit avec stupéfaction un autre temple gigantesque !

Il put en prendre quelques croquis avant de se retirer, de crainte d’une attaque des indigènes : Dominique Vivant Denon venait de découvrir le temple mortuaire de Ramsès III, qui relatait en images la bataille mémorable qu’avait livrée ce roi l’an VIII de son règne (soit 1190 environ avant J.-C.) contre les Philistins.  La valeur historique inestimable de la découverte de Dominique Vivant Denon  ne devait être comprise que beaucoup plus tard, après que Jean-François Champollion ait trouvé la clef de l’écriture hiéroglyphique de l’Egypte ancienne.

Lors de son voyage en Egypte, Champollion se rendit à Thèbes au printemps de l’an 1829 et examina de près le monument de Médinet-Habou. Le premier, il put lire dans les cartouches royaux le nom de Ramsès III : User mare Mery-Amun Ramses. Il déchiffra sans trop de peine le récit de la bataille qu’avait fait graver Pharaon dans la pierre. La première scène décrivait Ramsès III mobilisant ses forces, distribuant des armes et prenant lui-même  la tête de son armée. Les scènes suivantes montraient la victoire des soldats égyptiens sur les guerriers ennemis, reconnaissables à une étrange coiffure ornée de plumes. On y voyait la bataille se dérouler à la fois sur l’eau et sur terre. Des chariots tirés par quatre bœufs transportaient les femmes et les enfants de la horde ennemie. Champollion ne put lire sur le champ le nom de ces ennemis. Mais revenu à Paris, il réussit enfin à le déchiffrer : Péleshet, c’est-à-dire Philistins !

philistins-repoussés-par Ramsès-III

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Nul pays n’avait tenu devant leurs bras…

Aujourd’hui, les textes figurant sur les murs du temple de Médinet-Habou n’ont plus de secrets pour les égyptologues. En voici le plus important : « Les pays étrangers firent une conspiration dans leurs îles. D’un seul coup, ils se mirent en marche et quittèrent leurs terres pour combattre… Nul pays n’avait tenu devant leurs bras, Khatti, Qodè, Karlémish, Arzawa et Chypre furent abattus d’un seul coup. Un camp fut établi par eux quelque part en Amourrou dont ils ravagèrent le peuple et la terre. Puis ils s’avancèrent vers l’Egypte. Leur confédération comprenait les Péléshéta, les Tchakkara, les Shakalasha, les Danaouna et les Ouashasha… »

Les archéologues savent aujourd’hui que Khatti désigne le royaume hittite, Qodé la Cilicie et que Karkémish, sur l’Euphrate, était la capitale des provinces hittites du sud  de l’empire, dont le royaume d’Arzawa marquait la frontière à l’ouest. Quant au royaume d’Amourrou, il correspondait à cette époque à la Syrie du nord. On a également identifié, de façon plus ou moins sûre, les autres ennemis de l’Egypte, alliés aux Philistins.

Ainsi, grâce aux textes de Médinet-Habou, et à d’autres découverts plus tard, on a pu reconstituer l’histoire de l’installation des Philistins en Palestine vers 1200 avant J.-C. Un texte qui joua un rôle important dans cette reconstitution est le papyrus Harris, acheté à la fin du siècle dernier par le British Museum à un antiquaire, Anthony Harris.

Mercenaires en pays de Canaan

philistins-prisonniers

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Composé peu après la morte de Ramsès III, ce document décrit comment Pharaon, après sa victoire sur les Philistins, eut l’intelligence d’utiliser les soldats vaincus comme mercenaires : il les installa dans des garnisons créées par ses soins dans le pays de Canaan, en particulier le long de la route côtière qui menait d’Egypte en Syrie. L’histoire des Philistins s’éclaire du même coup : leur installation en Palestine fut la conséquence de leur défaite et de la politique menée par Pharaon, qui voulait créer une sorte d’état-tampon » entre son pays et les turbulentes tribus nomades du pays de Canaan.

Peuple venu d’Egée, immigrants installés de force en Palestine par la volonté de Ramsès III, il était inévitable qu’ils se soient rapidement heurtés aux Hébreux et aux autres peuples sémitiques habitant entre le Jourdain et la Méditerranée. Les raisons profondes de l’hostilité, complaisamment racontée dans la Bible, entre  Philistins et Israélites s’expliquent ainsi. Mais deux problèmes majeurs subsistent : de quelle région de l’Egée provenait ce peuple, et pourquoi avait-il, vers 1200 avant J.-C. voulu s’établir en Egypte ? Il faudra près d’un siècle pour qu’une réponse satisfaisante à ces questions soit enfin trouvée…

Le mystère de la poterie philistine

Les efforts des égyptologues de la fin du 19e siècle, parmi lesquels il nous faut citer les Français Emmanuel de Rougé et Gaston Maspéro, avaient montré que les Philistins étaient à l’origine un peuple égéen, l’un de ces « Peuples de la mer », suivant l’expression utilisée par les anciens Egyptiens eux-mêmes. Ainsi semblait se confirmer l’idée ancienne émise par Dom Augustin Calmet d’après la lecture de la Bible, qu’ils venaient de Crète, en hébreu Kaphtor… Mais les excavations d’Heinrich Schliemann à Mycènes à partir de 1874, de Flinders Petrie à Gath (Tell el-Safi), et d’Arthur Evans à Knossos en Crète,  quelques années plus tard, allaient obliger les savants à revoir très sérieusement la question. Car la poterie des Philistins n’était pas crétoise, mais grecque !

Examinons l’affaire plus en détail, car cela est important. Qui n’a entendu parler de la fabuleuse aventure d’Heinrich Schliemann et de ses fouilles célèbres à Hissarlik en Turquie, près du détroit des Dardanelles ? A une époque où une « science officielle » hypercritique et desséchante refusait toute véracité historique aux légendes homériques, ce pionnier de l’archéologie démontra que sous les mythes les plus extraordinaires se cache toujours une part de vérité. Mais il ne lui avait pas suffi de ressusciter Troie. Il avait entrepris aussi, dès 1876, de faire revivre Mycènes, la capitale d’Agamemnon, le roi qui conduisit l’expédition des Grecs achéens à Troie.

philistins-poterie

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Le lien entre Mycéniens et Philistins

C’est ainsi que Schliemann fut le premier à découvrir l’existence d’une brillante civilisation de l’Age du Bronze à laquelle on donna tout naturellement le nom de « Civilisation mycénienne ». Il existe aujourd’hui des centaines de livres et des milliers d’articles sur cette civilisation. Et depuis 1952, grâce au déchiffrement, par Michael Ventris, des tablettes en argile qu’elle a laissées, on sait qu’il s’agit d’une civilisation grecque dont l’apogée se situa au XVe siècle avant J.-C., puis qui disparut vers -1200 dans un cataclysme inexpliqué.

Les archéologues  ont particulièrement étudié la poterie utilisée par les « Mycéniens » (qui ne vécurent pas qu’à Mycènes, même si cette ville reste la plus représentative de leur civilisation) et l’ont classée suivant les différentes époques, utilisant un code qui est quelque peu déroutant pour le profane, mais très précis pour le spécialiste. Ceux-ci parlent ainsi de « mycénien II B » ou de « mycénien III C : 1b » pour caractériser tel ou tel type de poterie, rencontré dans des couches plus ou moins anciennes. C’est dans ce contexte que se place la poterie  trouvée dans les sites occupés par  les Philistins en Terre Sainte : elle fait partie de la poterie dite « mycénien III C » !

Sur tous les sites antiques que la Bible mentionne comme ayant été habités par les philistins, on trouve,  dans la couche immédiatement postérieure à la rupture de l’an -1200 environ, de la poterie de type « mycénien III C » et dans les couches suivantes des poteries qui en sont visiblement dérivées, mais qui ont subi d’autres influences, essentiellement cananéennes. Il est donc impossible de ne pas conclure qu’un lien étroit a dû exister entre Mycéniens et Philistins…

Certains historiens ont vu dans ce lien la confirmation d’une thèse avancée déjà à la fin du 19e siècle par E. de Rougé pour expliquer la tentative infructueuses des Philistins de s’établir en Egypte : les attaques dirigées contre l’Egypte par les « peuples de la mer », avait écrit de Rougé, sont la conséquence de la Guerre de Troie et des mouvements de populations qu’elle a entraînés. Cette théorie avait été saluée à l’époque (1867) par les cris d’indignations des savants bien-pensants : Heinrich Schliemann n’avait pas encore fouillé Troie et les légendes homériques étaient considérées alors comme de pures fantaisies…

La  « déconvenue » de l’origine crétoise

On n’avait pas manqué non plus de soulever l’objection que les écrits bibliques font venir  les Philistins de Kaphtor, un pays considéré comme étant l’île de Crète. Les partisans de la thèse de l’origine crétoise crurent triompher quand Arthur Evans fouilla Knossos, une ville du nord de la Crète, à partir de 1900. Car il y trouva en abondance de la poterie « mycénienne ». Le célèbre archéologue anglais y voyait la preuve que les Crétois avaient conquis Mycènes. Pourquoi certains d’entre eux ne se seraient-ils pas établis plus tard en Palestine ? Mais il fallut vite déchanter : tout d’abord, on constata que ce n’était pas les Crétois qui avaient conquis Mycènes, mais les Mycéniens qui, vers 1450 avant J.-C., avaient conquis Knossos ! Et surtout l’on s’aperçut que la poterie de type « mycénienne III C » que l’on rencontre sur les sites philistins est presque inconnue en Crète et qu’à Knossos, elle n’apparaît que dans les couches postérieures à la destruction complète vers 1200 avant J.-C. de la cité occupée par les Mycéniens !

L’évolution qui en résulta dans l’idée que se faisaient les historiens concernant l’origine des philistins ne saurait être mieux illustrée que par la mésaventure de Duncan Mackenzie, un archéologue qui avait aidé Evans à fouiller Knossos.

Sa connaissance parfaite de la poterie créto-mycénienne le rendait particulièrement apte à cette tâche, mais ce qu’il découvrit ne correspondait nullement à ce qu’il avait pensé devoir trouver. Si, avant l’arrivée des Philistins, chaque maison de Beth Shemesh possédait quelque vase créto-mycénien, indice de relations suivies entre la Palestine et le monde égéens entre  -1400 et – 1200, une couche de destruction violente terminait cette  période. Et ce n’était que dans la couche suivante que se trouvait la poterie philistine ! Tant et si bien que l’on pouvait se demander, comme le fit Duncan Mackenzie et  d’autres archéologues à sa suite, si ce n’était pas les Philistins qui avaient détruit la civilisation mycénienne ! L’hypothèse d’une invasion massive par un peuple barbare « venu du nord » fut alors lancée, qui reprenait l’ancienne idée d’Etienne Fourmant : les tribus grecques barbares auxquelles on attribuait la destruction de Mycènes et les tribus  des « Peuples de la mer » étaient apparentées.

La « déconvenue » de l’origine Balkanique

philistins-migration

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Venues des Balkans et unies dans le même vaste mouvement de migration vers  le sud, elles avaient, pensait-on, tout  ravagé sur leur passage… Mais encore une fois l’étude des poteries ruina la nouvelle théorie. Car si la poterie « nordique » à laquelle on avait rattaché la poterie philistine était bien présente à Mycènes, c’était à une époque bien antérieure à la fin de la civilisation mycénienne ! Quelque temps avant la destruction de la cité, elle avait même été remplacée en Grèce par une poterie quelque peu différente, dite le « granary style » du nom de l’endroit où elle fut d’abord trouvée, un ‘grenier » construit, semble-t-il en prévision d’un siège…

Le problème restait donc une fois de plus sans solution. On avait toutefois progressé sur deux plans essentiels. D’une part l’étude entre 1920 et 1980 des sites de Palestine avait mis en évidence que l’établissement et l’expansion de la « culture philistine » avaient commencé au moins deux siècles avant l’invasion brutale du début du IIIe siècle avant notre ère, et que cette culture était, à ses débuts, presque impossible à distinguer de la culture mycénienne. Le lien entre « Mycéniens » et Philistins était donc bien réel…  D’autre part, le type de poterie le plus proche de la « poterie philistine » attribuée aux envahisseurs du IIIe siècle, se rencontrait surtout à Rhodes et dans les îles proches comme Cos et Samos, à une époque (fin de la période dite « Helladique Récent III ») où le centre de la civilisation mycénienne semblait s’être déplacé de Mycènes à Rhodes…  Ainsi, à en juger par la poterie, le lieu d’origine des Philistine qui envahirent l’Egypte vers – 1190, apparaissait être plutôt Rhodes, ou la côte anatolienne qui lui fait face, que la Grèce, la Crète, Troie ou une région située encore plus au nord !

Il est temps maintenant de se poser la question : peut-on concilier toutes ces données qui apparaissent contradictoires en une théorie cohérente ? La réponse est positive : elle a pour nom : la « théorie proto-ionienne ».

La théorie proto ionienne est une thèse révolutionnaire née en 1975 avec le déchiffrement du célèbre « Disque de Phaistos ». Bien que la « science officielle » refuse avec obstination depuis plus de  quinze ans de reconnaître son exactitude malgré les nombreuses preuves qui en ont été apportées, cette thèse est la seule qui explique la complexe histoire des Philistins, en respectant toutes les données connues. Depuis qu’en juillet 1908 le « Disque de Phaistos » fut découvert dans le sud de la Crète par l’archéologue italien Luigi Pernier, presque tous les savants se sont accordés à le rapprocher des Philistins : le bateau, les armes, la coiffure du guerrier figurant parmi les hiéroglyphes du Disque appartiennent à la « culture philistine ». Mais il existe un intervalle de temps considérable entre le Disque et la culture philistine : l’objet mystérieux trouvé en Crète ne saurait être postérieur à 1600 avant J.-C. au mieux, soit 400 ans avant l’invasion philistine ! En outre, ne sachant lire le message qui est imprimé sur ses faces, les savants ne savaient trop comment il pouvait s’intégrer dans l’histoire des Philistins.

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Le Disque de Phaistos déchiffré

La situation changea brusquement quand, en 1975, l’auteur de ces lignes réussit à déchiffrer le texte du Disque grâce à une méthode statistique et qu’il put prouver que son déchiffrement était indubitablement correct. Et cependant, le résultat avait de quoi surprendre : le Disque avait été écrit par des Grecs « roto-ioniens » ! Ce résultat allait tellement à contre-courant des idées alors en cours que la »science officielle », interloquée, refusa de l’admettre ! Elle a eu tort :le déchiffrement du Disque explique de très nombreuses énigmes archéologiques et en particulier de l’histoire des Philistins ! La conséquence la plus dramatique du déchiffrement du Disque a été la nécessité de reprendre à la base le problème de l’arrivée des Grecs en Grèce.

Pour tenir compte de ce fait nouveau dévoilé par le déchiffrement, l’existence d’un peuple proto-ionien en Egée antérieurement à l’arrivée des Mycéniens, il a été  nécessaire de rassembler des faits déjà connus en une théorie cohérente, la théorie proto-ionienne ».

Cette théorie suppose que des Grecs proto-ioniens étaient installés dès 2300 avant J.-C. dans les Cyclades et une partie de la Grèce. Entre 2300 et 1800, ce peuple de marins établit notamment des relations avec l’Egypte et le Moyen-Orient. Depuis une île située au nord de la Grèce, portés par les courants, ces intrépides navigateurs effectuaient régulièrement des voyages, dans de longues pirogues d’une vingtaine de mètres, via la Crète où ils avaient établi des comptoirs jusqu’en Egypte, avec retour par la côte syro-libanaise, le sud de l’Anatolie et Rhodes.

philistins-Chypre

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2 catastrophes en 4 siècles

En 1628 avant J.-C., leur civilisation fut détruite par la terrible explosion du volcan de Thèra (Santorin). Beaucoup d’entre eux survécurent néanmoins et se réfugièrent dans les pays voisins, en particulier à Rhodes et sur les côtes de l’Anatolie. En se métissant, ils perdirent leur langage et adoptèrent des dieux étrangers. En un mot, ils devinrent des « Peuples de la mer ». Pendant les quatre siècles qui suivirent l’explosion de Thèra, on manque d’éléments pour reconstituer avec précision l’histoire de la diaspora des anciens proto-Ioniens. Mais il apparaît grâce à de nombreux indices que celle-ci joua un rôle actif dans la substitution, constatée par les archéologues, dans les relations internationales de cette époque, des Grecs mycéniens aux Crétois minoens à partir de -1450, date de la conquête de Knossos par les guerriers de Mycènes.

Cette symbiose entre les anciens proto-Ioniens devenus « Peuples de la mer » et les Mycéniens fut suffisamment poussée pour qu’il devienne désormais presque impossible de discerner les deux cavillations, surtout lorsque, à la fin de l’Helladique Récent III, Rhodes remplaça Mycènes comme capitale du « monde mycénien ».

Puis survint la seconde catastrophe naturelle qui allait détruire vers -1200 ce nouvel équilibre. Les « peuples de la mer » durent, à nouveau s’exiler et fuir vers le sud. Après une courte étape à Chypre et en Syrie du Nord, ils se dirigèrent vers l’Egypte, « le cœur rempli de confiance. (Car) nul pays n’avait tenu devant leurs bras ». On connaît la suite de l’histoire.

Cette reconstitution concilie les diverses données qui paraissent contradictoires. Elle explique l’origine du lien entre les Mycéniens et les Philistins ou les relations qui unissaient les anciens « comptoirs » proto-ioniens entre eux : ceux de Crète, de Cilicie, de Palestine (Tyr et Sidon en particulier), etc.

Des mystères éclaircis et d’autres à résoudre

On comprend mieux ainsi pourquoi les Hébreux croyaient les Philistins originaire de Crète et pourquoi Tyr et Sidon furent des cités amies des Philistins. On comprend aussi pourquoi, dans le récit d’Abraham, la Bible fait déjà référence au « pays des Philistins » (Genèse 21) et pourquoi on a trouvé en Palestine, dans des couches correspondant à la période -1400/1200 de grandes quantités de poteries « mycéniennes ».

Les principaux mystères qui entouraient l’histoire des  Philistins sont ainsi éclaircis. Il en reste encore, heureusement, de nombreux autres encore à résoudre. En particulier : quelle fut cette terrible catastrophe qui poussa les « Peuples de la mer » à quitter leur pays vers -1200 et qui causa la ruine de plusieurs civilisations ?

 Source : Jean Faucouneau /Actualité de l’Histoire mystérieuse n° 15

 

 

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