Pierre de Castelnau légat du Saint-Siège

1203 : enquête de Pierre de Castelnau légat du Saint-Siège

Dès son accession au trône de saint Pierre, il décide d’envoyer un informateur, afin de mieux apprécier la situation. Devant le sombre rapport que ce dernier lui présente peu après, il comprend qu’une intervention plus sérieuse est inévitable.

A cette fin, au cours de l’année 1203, il constitue le Cistercien Pierre de Castelnau légat du Saint-Siège et lui adjoint maître Raoul, moine de l’abbaye de Fonfroide. De concert, les deux hommes vont parcourir les terres comprises entre Toulouse et Béziers.

Ils y rencontreront un accueil divers et, comme à l’ordinaire, la ruse ou le refus de toute confrontation ; parfois même, ils se heurteront à la réticence de certains hommes d’églises et toujours, bien sûr, à celle de la noblesse méridionale.

A Toulouse, écrit le chroniqueur Pierre des Vaux-de-Cernay dans son Historia Albigensis, s’ils jurèrent de se convertir, ce ne fut que mieux se parjurer. Et le roi d’Aragon : A Béziers, ils n’ont pas prêté serment d’orthodoxie. Quant à Carcassonne où, à l’instar de Lombers, un plaid a été organisé, les envoyés du pape constatent que presque toute la cité est tombée dans l’hérésie.

Lorsque la relation de cette mission parvient à Innocent III, en mai 1204, ce dernier fulmine aussitôt quatre bulles : deux pour les légats afin qu’ils ne perdent pas courage, une à l’archevêque de Narbonne qui a refusé de prêter son concours, une dernière enfin, au roi de France, Philippe Auguste, auquel il recommande la rigueur. Philippe –Auguste, qui reste sourd aux demandes d’intervention du pape. Lui-même a eu à subir les foudres de Rome, du fait de sa situation matrimoniale.

1204 Arnaud Almaric contre le fils de Bélial

Mais on retiendra surtout l’entrée en scène d’un troisième légat, adversaire résolu de l’hérésie cathare et dont l’action avec le temps va s’avérer déterminante : il s’agit d’Arnaud Amalric, ancien abbé de Poblet, en Catalogne et prieur de l’abbaye cistercienne de Grandselve non loin de Toulouse.

En adjoignant aux deux religieux ce personnage alors considérable, le souverain pontife entend souligner l’importance qu’il donne aux affaires languedociennes.

Ce nouveau protagoniste va jouer un rôle de premier plan dans la tentative de conversion tentée par la papauté. Jeté à son tour dans le combat contre les fils de Bélial (ainsi saint Paul, dans la seconde Epître aux Corinthiens, désigne-il Satan) il n’y remporte toutefois, pendant deux ans, guère plus de succès que ses devanciers.

Ses adversaires, semble-t-il, ne font pas plus cas de ses sermons que d’une pomme gâtée. Ils rient quand,  à court d’arguments ou devant leur mauvaise foi, il brandit la menace de l’excommunication ou même celle des peines corporelles.

Car qui en exigerait l’exécution ? Seigneurs et soldats les soutiennent et certains prélats ferment les yeux.

Mais il y a surtout l’actuel comte de Toulouse : Raymond VI. Ce descendant d’une famille d’ardents chrétiens est, avant tout un amoureux passionné de sa terre et de son peuple. Il acceptera tout, dans l’avenir, pour les protéger de Rome et du roi.

Il tergiversera, s’humiliera, promettra, reprendra ses promesses, naviguera entre l’Eglise et la Contre-Eglise, sans jamais sacrifier à l’hérésie pourtant, mais tenant compte toujours de l’opinion de ses sujets.

Pierre de Castelnau a lancé contre lui l’excommunication : si elle ne touche pas l’engeance dépravée des Cathares, elle peut du moins donnée à réfléchir à ce cousin du roi de France. Il faut dire que le bruit a couru qu’il invitait parfois, en badinant bien sûr, l’évêque de Toulouse à venir écouter les sermons des Bonshommes…

Derrière Raymond VI, ses vassaux : le comte de Foix, les vicomtes Trencavel et de Minerve, le baron de Termes, le sire de Mirepoix, bien d’autres encore. Tous en guerre les uns contre les autres et faisant appel aux routiers. Mais tous avides de s’emparer des biens d’église. Or l’hérésie cathare, en critiquant la richesse du clergé, légalise – si l’on peut dire- leurs déprédations.

Le bloc qui résiste à Arnaud Amalric est donc solide ; il semble même irréductible.

MontsegurLes ennemis de la vraie doctrine ne veulent rien entendre et ne redoutent aucunement le glaive que Pierre a dans sa main avoue le pape en 1206, dans une supplique qu’il adresse une fois de plus à Philippe Auguste.

1206 : l’évêque Foulque et le moine saint Dominique

C’est alors que surviennent, en 1206, deux événements d’importance : d’abord la nomination du Marseillais Foulque à l’évêché de Toulouse, en remplacement de Raymond de Rabastens jugé peu fiable à cause de ses relations trop amicales avec le milieu cathare.

Cet ancien troubadour, devenu moine à l’abbaye provençale du Thoronet, est un ami de Pierre de Castelnau et l’on peut supposer que ce dernier a facilité son élection. Foulque est venu, écrit l’historiographe Guillaume de Puy-laurens, pour redonner vie à un évêché mort.

Le second évènement, c’est l’arrivée des Castillans Diego d’Acebes, évêque d’Osma, et de son sous-prieur Dominique de Guzman de Caleruega, le futur fondateur de l’Ordre des frères Prêcheurs.

Ensemble ils rentrent d’une longue mission au Danemark. Les légats, tous les trois présents à ce moment-là, ne leur cachent pas leur lassitude. Dominique écoute, questionne et fait remarquer que leurs équipages trop rutilants n’éveillent que méfiance et critique chez leurs adversaires et qu’il faut nécessairement les aborder en toute humilité, comme le divin Maître, c’est-à-dire aller à pied, sans or ni argent à l’imitation des apôtres.

La nouvelle « stratégie » bientôt mise en œuvre, va porter ses fruits et la prédication apostolique qui l’accompagne obtenir de nombreux renversements dans les âmes égarées.

De plus, Dominique, que Foulque aide de tout son pouvoir, ne se contente pas d’admonester les foules : il entreprend de fonder à Prouille, en plein pays cathare, et tout près de Fanjeaux où se tient une communauté de Parfaites, un couvent qui s’opposera à la citadelle hérétique.

Cependant, il discernera vite que seule une prédication à long terme peut venir à bout d’une croyance enracinée dans les esprits. Il est en bon chemin, malgré tout. Mais le 14 janvier 1208, un accident remettra en question tous les efforts consentis par l’homme de Dieu et ses compagnons…

1207 : les menaces du pape contre le comte de Toulouse

Pour Pierre de Castelnau, rencontres et prêches sont et resteront inefficaces. Deux mesures, en revanche, lui paraissent indispensables : d’abord, déposer Bérenger, l’évêque de Narbonne, dont il ne cesse de déplorer les déficiences ; ensuite, sommer le comte Raymond d’adopter une attitude claire vis-à-vis de l’Eglise.

Pour le premier, il suffit d’une décision du pape. Pour le second dont on sait qu’il tolère et parfois favorise l’hérésie, une sanction est impérative. Averti des projets de son légat, Innocent III va les appuyer de toute son autorité.

Trois lettres comminatoires partent de Rome le 29 mai 1207. L’une s’adresse à Bérenger et lui fait craindre de perdre son ministère s’il s’opiniâtre dans sa négligence ; les deux autres confirment solennellement l’excommunication prononcée par le légat contre le comte et se doublent d’une menace non voilée de lui retirer son ministère.

120 : l’assassinat du légat Pierre de Castelnau

A la fin de l’année 1207, le pape lance un nouvel appel au roi de France et promet, en échange de son aide, de placer le royaume sous la protection de saint Pierre pendant tout le temps que durera l’expédition.

Mais avant que ne lui parvienne la réponse, il apprend avec consternation la mort de son légat Pierre de Castelnau.

Raymond VI, qui souhaite faire lever l’excommunication qui l’atteint, a proposé peu avant au légat une entrevue dans le bourg de Saint-Gilles, petite agglomération sise non loin de Nîmes.

Devant l’attitude fuyante du comte, le prélat a brusquement déclaré clos l’entretien.

Violemment irrité, Raymond s’est alors écrié : partout où vous irez, par terre ou par eau, je surveillerai votre départ ! Conduit au bord du Rhône, Pierre a dormi dans une hôtellerie avec sa suite.

Secrètement, des hommes du comte se sont embusqués à proximité et le lendemain 14 janvier 1208, au moment que le légat s’apprête à traverser le fleuve, le frappent à mort d’un coup de lance.

Cet événement va mettre fin à toute tentative de réconciliation et livrer pour longtemps le Midi à la guerre.

Immédiatement, le pape en informe les évêques de Narbonne, d’Arles, d’Embrun, d’Aix-en-Provence, de Vienne et de Lyon. A Philippe Auguste, le 10 mars, il déclare : N’hésitez pas à faire sentir au comte le poids de la contrainte royale en le chassant, lui et ses partisans, du camp du Seigneur et en leur enlevant les terres qu’ils occupent.

Il promet, en outre, l’absolution des péchés à tous ceux qui s’armeront pour extirper le mal des terres occitanes.

Cette fois, sans s’engager lui-même, le monarque incite ses barons à intervenir. La croisade contre les Albigeois va commencer.

La croisade anti-Cathares

Quand on sut qu’on serait absous de ses péchés, on se croisa en France et dans tout le royaume note Guillaume de Tulède dans sa Chanson de la Croisade Albigeoise. Et il ajoute : Depuis que je suis né, je n’ai jamais vu aussi grand rassemblement que celui qui se fit contre les hérétiques et les ensabattés. C’est là que se sont croisés et le duc de Bourgogne et le comte de Nevers et bien d’autres puissants seigneurs.

Je n’essayerai pas de dire comment ils furent armés, équipés ou montés et leurs chevaux bardés de fer ou de caparaçons armoriés : Dieu n’a jamais créé homme de lettres ni clerc assez instruit pour nous en décrire le tiers ou la moitié. Et qui saurait énumérer les prêtres et les abbés qui se trouvaient réunis à Béziers, dans la plaine, là où se trouvait l’ost ?

Dans son enthousiasme, Guillaume dénombre vingt mille chevaliers armés de toutes pièces, et plus de deux cent mille vilains et paysans ; et dans ce nombre, je ne compte pas les clercs et les bourgeois.

Quinze à vingt mille, en tout, serait un chiffre plus raisonnable. Comme le roi est absent, c’est le chef de la chrétienté qui prend les choses en main. L’armée des croisés s’ébranle donc, à la mi-juin 1209, sous le haut commandement du légat Arnaud Amalric.

Innocent III s’imagine qu’à la vue des troupes royales, les Méridionaux viendront à résipiscence. Et les croisés pensent de même, si l’on s’en tient aux dires de l’auteur de la Chanson : Bannières hautes, ils s’en allaient en rang serrés. Ils ne comptaient pas trouver la moindre résistance dans tout le Carcassès ; ils estimaient pouvoir occuper Toulouse qui avait fait un accord. Quant à Carcassonne et Albi, ils s’en empareraient, disaient-ils.

18 juin 1209 : le serment de Raymond VI

En réalité, c’est tout autre chose qui les attend. Devant la menace qui se rapproche, pris de peur, Raymond VI demande sa réconciliation. On la lui accorde le 18 juin, dans cette même ville de Saint-Gilles ou Pierre de Castelnau a trouvé la mort.

Torse nu devant le tympan de la basilique, il jure d’obtempérer aux injonctions du seigneur pape et sous les yeux de tous, à son tour, prend la croix et va rejoindre les barons du Nord.

Ce qui fait dire à Pierre Des Vaux-de-Cernay : c’était l’ennemi du Christ qui s‘associait à l’armée du Christ.  Pourquoi alors Raymond-Roger Trencavel, vicomte de Béziers et de Carcassonne ne suit-il pas l’exemple de son oncle ? En fait, lorsqu’il apprend que la croisade est inévitable, qu’elle est en route, ce jeune homme de 24 ans songe aussi à la réconciliation. A cette fin, il se rend même à Montpellier où les croisés ont fait halte.

Mais l’homme qu’il trouve en face de lui reste de glace ; le légat n’a cure de cette soumission.

Celle du comte de Toulouse, dont la parole, à ses yeux ne vaut pas cher, l’irrite déjà bien assez. Celle de Trencavel vaudrait-elle mieux ?

Et puis, ce qu’il faut maintenant, c’est broyer l’hérésie et non acheter une paix dérisoire et sans suite. L’heure n’est plus à la mansuétude.

D’ailleurs, Arnaud a décidé de faire un exemple propre à décourager toute résistance. Aussi renvoie-t-il le vicomte en feignant de voir en lui un hérétique. Il ne reste plus à celui-ci de mettre ses villes en état de défense. Il se rend à lors à Béziers pour donner l’alarme, puis court à Carcassonne afin d’y rassembler le reste de ses troupes.

Le 20 juillet 1209, l’armée quitte Montpellier en direction de Béziers. On trouve la liste des principaux chefs dans l’Historia Albigensis : tout d’abord, Arnaud Amalric, l’âme de la croisade, puis l’archevêque de Sens, primat des Gaules, les évêques d’Autun, de Clermont, de Nevers, le duc Eudes de Bourgogne, les comtes de Nevers, de Saint-Pol, de Bar, le sire de Montfort, Guichard de Beaujeu, sénéchal d’Anjou, Guillaume des Roches et Gaucher de Joigny.

Religieux et guerriers font route à l’unisson.

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une grand-mère qui s'amuse tout en espérant gagner un peu d'argent

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