Quand les animaux partent à la guerre

Sous toutes les latitudes et de tout temps, les animaux ont été domestiqués pour servir dans les armées du monde entier. Pigeons, dauphins, chevaux, chiens, éléphants, moustiques et chauves-souris se transforment alors en bombardiers, démineurs ou transports de troupes. Martin Monestier vient de publier la première étude exhaustive sur ces animaux-soldats *.

HISTORIA: A vous lire on voit, une fois de plus, que le chien est toujours et encore, et même en temps de guerre, le meilleur ami de l’homme…

Martin Momstier : Absolument… L’utilisation du chien dans les conflits a varié selon l’évolution des armements et des tactiques. Après avoir été un féroce attaquant des premières lignes, le chien est tour à tour sentinelle, estafette, ravitailleur en munitions, porteur de pigeon voyageur. Il déroule les fils des postes de transmission, participe à la recherche et au transport des blessés, des malades. Il tire les mitrailleuses roulantes et se sacrifie en posant des charges explosives ou en effectuant des missions de déminage.

H. : En matière de « chiens de guerre », qu’en est-il de la France à l’époque de la Première Guerre mondiale?

M.M.: Nous avons été la dernière des nations européennes à se doter vraiment de chiens de guerre, bien que leur emploi dans l’armée ait de zélés partisans. En ce qui concerne 14-18, selon les sources militaires, l’armée française dispose de 250 chiens, uniquement sanitaires, dont seulement 150 partent au front au début du conflit Il faut attendre fin décembre 1915 pour que soit créé au ministère de la Guerre tenu par Millerand un « service des chiens de guerre, rattaché à la direction de l’Infanterie ». Une structure qui aurait pu disparaître au début de 1917 sans l’action conjointe de Clemenceau et de Lyautey, l’un président de la commission sénatoriale de l’armée, l’autre nouveau ministre de la Guerre. Les deux hommes ayant réorganisé le service voient leurs méthodes couronnées de succès. Parmi les exploits relatés dans La Revue d’artillerie, on célèbre le courage du chien Duno qui, projeté en l’air par le souffle d’un obus mais non blessé, se releva et accomplit sa mission ; ou encore le dévouement de la chienne Folette qui, blessée à mort, se traîna jusqu’au poste où elle portait un message … Pour résumer on peut dire que l’organisation des chiens de guerre français ne donne son plein rendement qu’au moment de l’armistice. L’espèce canine participe largement à la victoire. Dans les seules années 1917 et 1918, notre armée mobilise près de 150 000 chiens. Plus d’un sur trois est tué ou porté disparu : 5321 pour être tout à fait précis ! Un grand nombre d’entre eux ont fait l’objet de citations élogieuses. Globalement, il faut savoir que, pendant la Première Guerre mondiale, plus de 14 millions d’animaux furent enrôlés dans les armées belligérantes et 120 000 d’entre eux furent décorés pour fais de guerre…

H. : Après avoir évoqué les pigeons voyageurs, les ânes-mulets-bœufs, les éléphants de guerre, les chameaux et dromadaires, vous présentez une étude très détaillée, et riche en documents iconographiques, sur les chevaux, « compagnons de tous les combats ». La plus belle conquête de l’homme a permis, on le voir, de faire de belles conquêtes, notamment lors des deux dernières guerres mondiales…

M.M. : En effet… Disons qu’en ce qui nous concerne, lors de la Grande Guerre on a mobilisé environ 100 000 chevaux d’armes afin de reconstituer quelques 80 régiments métropolitains,  6 de chasseurs d’Afrique, 5 de spahis et 176 d’escadrons de réserve. Rien en comparaison de la Russie et des cosaques. La cavalerie française réalise de nombreux faits d’armes. Citons par exemple le cas des chevaux du 2e corps de cavalerie du général Robillot : en avril 1918, ils parcourent 200 km en 60 h ! Ou encore, un mois plus tard, ceux du général Féraud qui font une étape de 100 km en 20 h afin de ralentir l’avance ennemie.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, contrairement à ce que l’on pourrait penser, vu les technologies utilisées, jamais le cheval ne fut autant exploité. Et ce, malgré les feux nourris des mitrailles,  de l’artillerie et du ravage causé par l’aviation. Pendant les cinq années du conflit, sous toutes les latitudes, dans toutes les circonstances et pour toutes les fonctions (militaires et sanitaires), la plus belle conquête de l’homme – du guerrier en l’occurrence- a été mise à rude épreuve. Docile, courageux, résistant au feu comme aux conditions climatiques, le cheval de guerre n’a jamais faibli. On peut estimer que plus de 8 millions environ de ces quadrupèdes ont été enrôlés sous les différents drapeaux. Les trois quarts, grièvement blessés, sont tués ou achevés. Malgré ses exploits, son héroïsme, son abnégation, le cheval, après la dernière guerre mondiale, n’a plus aucune place dans les stratégies et les tactiques nouvelles

H. : Qu’en est-il justement de l’utilisation des animaux dans les dernières innovations militaires ?

M.M. : La haute technologie mise au service de la science guerrière a généré de nouveaux rôles. Les pigeons sont éduqués pour diriger les missiles, les moustiques deviennent des sentinelles et les chauves-souris servent de bombardiers.  Mais ce sont surtout les mammifères marins, ces « agents très spéciaux », qui jouent le plus grand rôle. Phoques, otaries ou dauphins sont les auxiliaires de la dernière heure en matière guerrière puisque leur premier emploi au combat remonte seulement à la Seconde Guerre mondiale.

C’est en effet en 1942 que la marine suédoise a l’idée de faire la chasse aux sous-marins allemands en utilisant des phoques. Dressés pour nager sous les coques des submersibles ils explosent avec la mine qu’ils portent sur leur dos. Cette tactique révolutionnaire pour l’époque est ensuite développée par l’US Navy tout particulièrement mais aussi par l’armée soviétique. Sur le plan militaire, le dressage des mammifères marins est, on s’en doute, extrêmement long, difficiles et coûteux. Mais les efforts sont couronnés de succès.  Dauphins et otaries peuvent récupérer en mer des objets civils certes mais surtout militaires : mines, torpilles, missiles d’exercice prototype volants, etc. Ils peuvent aussi avoir comme mission de localiser des épaves d’avion ou de navires disparus en mer mais aussi des bombes atomiques!

Ainsi, en 1976, le magazine scientifique américain Newsday relate comment la Marine et la CIA ont localisé et récupéré, à l’aide de dauphins et d’otaries, une bombe atomique tombée en mer d’un avion survolant les environs de Porto Rico. On peut aussi évoquer l’étonnant travail de ces mammifères dans le pacifique lors d’une opération de renflouement d’un sous-marin nucléaire soviétique naufragé. Décidément très intelligent, le dauphin que l’on essaie de faire parler et dont on étudie le langage (des chercheurs soviétiques ont même imaginé une sorte de dictionnaire « homo-delphinien ») peut, on l’espère, être aussi, si j’ose dire la colombe de la paix…

Propos recueillis par Patrick Le Fur in Historia n° 597

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une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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