Saint- André, pêcheur d’âmes

On célèbre la Saint André le 30 novembre

Saint André, dont le nom signifie en grec  « homme valeureux, courageux, viril », patron de Chypre, de la Russie et de l’Écosse, est celui qui, d’après les traditions populaires balkaniques, fait venir chaque année les neiges dans le but, de blanchir sa barbe ; c’est aussi lui qui « donne vigueur au froid ». L’image est beaucoup trop évidente : la Saint-André annonce et provoque le vieillissement définitif de l’an écoulé qui, bientôt, disparaîtra courageusement au cœur même de la saison froide pour assurer la mise en place du renouveau.

Dans une grande partie de l’Europe, il est de coutume de faire les premières crêpes rituelles de fin d’année le jour de la Saint-André, dans l’espoir d’éviter que les vers n’abîment les semailles, tandis que, dans le monde orthodoxe, les paysans portent à l’église, pour le faire bénir, un gâteau de graines bouillies, décoré de sucre, de raisins secs, de graines de grenade, etc. Il s’agit d’une offrande rituelle, réitérée plusieurs fois dans l’année, destinée indistinctement aux morts, aux saints protecteurs de l’agriculture et à la Vierge. Il est évident que les uns et les autres, maîtres et détenteurs de la fécondité souterraine des champs, sont ainsi invoqués et priés d’assurer la fructification des semailles et l’abondance pour l’année à venir. Une croyance populaire balkanique affirme qu’on offre toujours, ce jour-là, des beignets abondamment couverts de miel, le saint menaçant de punir le manquement à la coutume en perforant les poêles.

Saint André, frère de Pierre, fut le premier disciple du Christ à prêcher la foi nouvelle dans la partie orientale de l’Empire romain; il fut martyrisé sur une croix en forme de «X » -appelée depuis croix de saint André -, vers 80 après J.- C. à Patras, sur la côte ouest du Péloponnèse, où son culte est resté particulièrement fervent. De même que saint Pierre est considéré comme le fondateur de l’Église de Rome, saint André, dont le corps reposait à Constantinople, était traditionnellement le protecteur de l’Église orthodoxe.

André, avant de devenir l’un des douze apôtres, était pêcheur dans le lac de Galilée et l’hymnographie orientale s’est largement inspirée du symbolisme de son métier pour exalter sa capacité à «pêcher les âmes dans les profondeurs de l’ignorance ». Mais sa relation première avec l’eau fait de lui un saint bien-aimé des marins dans toute la Méditerranée orientale. Jadis, les bateaux qui contournaient la pointe orientale de Chypre, où se trouvent un monastère réputé et une icône miraculeuse du saint, lançaient dans la mer des bouteilles emplies d’huile que les vagues portaient vers la côte. Cette huile servait souvent à allumer les lampes de son sanctuaire. C’était une forme d’ex-voto doublement significatif: les marins le priaient de leur assurer pendant le voyage une « mer d’huile » et, en même temps, demandaient au « capitaine André » qu’il se charge de tenir le gouvernail du bateau en cas de grosse mer. Une similitude avec la personnalité maritime de saint Nicolas est évidente.

saint-AndréSelon la tradition, le premier miracle du saint fut de faire jaillir une source d’eau douce sur la pointe est avancée et aride de Chypre, dédiée jadis à « Vénus de la pointe » ; c’était lors de son premier voyage vers l’ouest en 37 après J.-C, à la suite de persécutions contre les chrétiens en Palestine. L’eau de cette source guérit plusieurs maladies et elle seconde le saint dans les miracles qu’opère son icône. Affable, généreux, attentif aux requêtes des fidèles, saint André n’en est pas moins attaché à leur reconnaissance : on raconte par exemple l’histoire d’un paysan qui, gravement malade, adressait des prières au saint en lui vouant le meilleur de ses bœufs. Il fut guéri, mais pensa qu’il serait mieux de garder le bœuf pour son attelage et de donner de l’argent en l’honneur du saint. Or, un matin, la bête avait disparu de l’étable, il parcourut alors les environs, mais elle restait introuvable. Un pèlerin qui passait par la lui dit avoir vu un bœuf, correspondant à la description de celui qu’il venait de perdre, courir en direction du monastère de Saint-André. Le paysan s’y rendit, vit son bœuf qui l’attendait et s’exclama : « Puisque tu aimes ma bête, je te la donne de tout mon cœur, mon saint, et aide-moi à en acheter une autre… »

Protecteur des épileptiques et des enfants faibles et maladifs, qui deviennent « virils » par sa grâce, saint André n’en est pas moins le patron des fiancés: ils affluent pour se laver et boire de l’eau du puits de Saint-André à Patras afin que se réalisent leurs rêves de couple. Est-ce le reste d’un ancien culte de l’eau et des forces souterraines ? Signalons toutefois que sur l’emplacement de la cathédrale Saint-André de Patras se trouvait un sanctuaire de

Déméter, muni d’un puits dont l’eau avait un pouvoir divinatoire.

saint-AndréChez les Slaves orthodoxes, le jour de la Saint-André est appelé  « jour de l’ourse » et sa fête succède à une célébration en honneur de cet animal dont on évite de prononcer le nom en lui substituant celui de « petite tante ». On offre alors dans les campagnes, le 30 novembre, en l’honneur de l’ourse, des repas rituels, confectionnés avec des semences et des grains. Considérées comme une survivance d’un culte ancien en l’honneur de Volos, divinité velue correspondant à l’ours, ces pratiques s’effectuent dans des buts propitiatoires, pour la bonne santé et pour l’abondance des récoltes. Mais elles sont aussi perçues comme un sacrifice à la mémoire des ancêtres dont l’ours(e) est un représentant et un médiateur.

Force est de constater encore une fois la polysémie des rites liés à une date et cristallisés autour d’un saint comme le résultat du syncrétisme de plusieurs croyances, de mythologies, de pratiques religieuses et magiques. Il serait vain d’argumenter sur l’évidence même de ces coutumes qui mettent en œuvre le pouvoir de l’eau et de la terre, compléments d’un culte «primitif » mal défini de la fécondité et de la mort. Dans cette perspective, l’identification de l’ours(e), animal psychopompe (qui conduit les âmes), à saint André, au moment du retour des grands froids et la présence d’offrandes de graines de toute sorte sont à la fois l’expression de rites agraires et de rites de passage.

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