Saint Dominique maître des serpents

Le premier jeudi du mois de mai, une tète étonnante se déroule en Italie à Cocullo, village isolé de la province de l’Aquila, dans les Abruzzes, qui devient alors le point de ralliement des pèlerins venus de toute la partie centrale et méridionale de la Péninsule: d’innombrables serpents, normalement venimeux, circulent librement dans le village, se glissent entre les fidèles, se laissent toucher comme des animaux domestiques et, lors de la procession, couvrent la statue du saint local. Celui-ci, patron de la fête, est saint Dominique, moine bénédictin originaire de Folino, non loin de là, qui fonda au XIe siècle le monastère de Sora dont il fut l’abbé. D’où vient le pouvoir extraordinaire de ce maître des serpents ?

saint-Dominique-serpentsLa région de l’Aquila se trouve dans l’ancien territoire des Marses, peuple belliqueux qui s’allia aux Romains en 304 avant  J-C, pour leur servir de mercenaires et qui se révélèrent les guerriers les plus redoutables de toute l’ltalie. Plus tard, ils prirent la tête d’une révolte contre la République, qui fut à l’origine de la guerre marsique, au 1er siècle avant J.-C. Tacite raconte qu’ils étaient réputés comme charmeurs des serpents et passés maîtres dans l’utilisation médicinale des venins. Les Marses avaient leur propre panthéon et vénéraient la déesse Angizia, identifiée,  à cause d’une parétymologie, avec la maîtresse préhistorique  des serpents, angues en latin.

Les Marses, malgré leur absorption dans l’Empire romain, conservèrent pendant des siècles leur savoir en matière de serpents et de venins : ils sont caractérisés comme cerauli pendant la période médiévale, d’après un terme byzantin signifiant « maîtres des serpents ». Le miracle de la domestication des serpents et leur humeur inoffensive est attribué de nos jours à saint Dominique, invoqué par ailleurs en cas de rage, de fièvres persistantes, de rage de dents, ou encore pour se protéger contre les tempêtes et la grêle. Afin d’obtenir son intercession, les

fidèles tirent avec les dents la corde de la cloche du campanile de l’église Saint-Dominique. Il faut peut-être rapprocher cette coutume du fait que l’immunité contre les morsures éventuelles des serpents est assurée par le prêtre qui, le jour de la fête, impose sur la tête des fidèles un reliquaire contenant une dent du saint!

saint-Dominique-serpentsQuand, à la fin de la messe, la statue du saint sort de l’église pour la procession rituelle, elle est couverte de serpents vivants qui lui ont été apportés en hommage. Le long du parcours sont jetés sur la statue de nouveaux serpents qui semblent arriver en masse de la campagne environnante. Du nombre des reptiles recensés autour de la statue, on augure l’abondance des récoltes.

A la fin de la fête les serpents disparaissent aussi pacifiquement qu’ils y ont participé, tandis que les serpari,  éleveurs de serpents, en capturent quelques-uns pour la tête de l’année suivante.

Les pèlerins se dispersent eux aussi après avoir vécu une expérience unique, une réconciliation, fût-ce temporaire, avec un ennemi héréditaire: le serpent coupable avec Eve de la chute des hommes.

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