Saint Martin, pourvoyeur d’abondance

Saint Martin est à célébrer le 11 novembre : « Le onzième jour du onzième mois, à 11 heures, l’esprit du jeûne est réveillé. »

La Saint-Martin marquait jadis le début d’un carême que les capitulaires de Charlemagne rendaient obligatoire. C’était le jour où l’on tuait le cochon pour préparer les réserves alimentaires de l’hiver et de Noël ; ailleurs, on mangeait ce jour-là, l’oie grasse dans une ambiance de fête, avant de se lancer dans les bals masqués.

La date sert de prétexte pour allumer les premiers feux de la saison hivernale, pour défiler avec des lampions en forme de masques, pour former des cortèges avec des flambeaux au bout de cannes, avec des lanternes creusées dans des betteraves ou encore pour distribuer des cadeaux : toutes ces manifestations sont propres à une fin de saison et à un nouveau départ. Si les traditions purement rurales s’estompent, les célébrations urbaines de la Saint-Martin,  connaissent un renouveau.

saint-Martin-Düsseldorf A Düsseldorf et à Bonn, monté sur un cheval, drapé dans son manteau rouge, coiffé d’un casque doré, saint Martin traverse la ville en tête d’un cortège d’enfants, au son des fifres et des tambourins ou de la fanfare municipale. S’agit-il d’une réplique de la fête de saint Nicolas, le chevalier bienfaiteur du 6 décembre ? En Allemagne et dans une partie des Pays-Bas, le carnaval s’ouvre en fait le 11 novembre, à la Saint Martin. C’est le signe d’un changement de saison, d’un changement de cycle liturgique, d’un changement du cycle agraire. Là, débutent les réjouissances et les activités hivernales.

La Saint Martin précède de quarante jours le solstice d’hiver, définitivement confondu avec les fêtes de Noël et de fin d’année. Suivant celles-ci, à quarante jours de distance, la Chandeleur (2 février) lui fait pendant. Le 11 novembre ouvre la période de l’hiver : c’est la date à laquelle, selon plusieurs traditions, l’ours entame son hibernation en se retirant dans sa tanière, tandis que le 2 février, marque potentiellement le retour du beau temps. C’est  une date possible pour l’ours et sa sortie de la tanière. Elle peut également donner accès au carnaval traditionnellement associé au Carême et à la fête de Pâques.

Dans les pays Alémaniques, en automne, cette période de fin de récoltes est le moment d’ouverture des grandes foires rurales (Forêt Noire, Bade-Wurtemberg, Bavière). Dans une grande partie de l’Europe centrale, saint Martin est considéré comme le patron des bergers, et sa fête était jadis le jour où ils résiliaient ou renouvelaient leurs contrats.

sain-Martin-vitrail« Saint Martin boit le bon vin/ Et laisse l’eau courre au moulin » : selon les traditions françaises et jurassiennes, c’est la date à laquelle le vin nouveau est goûté, mais aussi celle où le retour de la saison humide est vivement souhaité.

Il serait difficile de comprendre l’importance de cette fête sans évoquer la figure de Saint-Martin, dominante à partir du IVe siècle. D’après la tradition, jeune soldat de l’armée romaine, il rôdait aux environs d’Amiens, lors d’un hiver rigoureux, attristé de la misère du peuple transi de froid, il distribua ses vêtements, ne gardant que sa cape militaire. Alors qu’il retournait à son campement, en état d’extase, il eut une révélation et, croisant ensuite un autre malheureux, il partagea sa cape avec lui. Convertit au christianisme, évêque de Tours vers 370, il mourut en novembre 397.

Saint Martin devint le protecteur des Francs et de leur dynastie ; son manteau fut l’emblème de la monarchie franque depuis la conversion de Clovis. C’est parce qu’il fut considéré comme le principal artisan de la christianisation de la Gaule et le de la Germanie que saint Martin était très apprécié par l’ordre des Bénédictins, héritiers des moines défricheurs du VIIe siècle, et très populaire dans de nombreuses régions de l’Europe occidentale. En France seulement, on dénombre plus de 3 000 églises qui lui sont dédiées.

Sa fête, placée au changement de saison est donc importante pour des raisons fort divergentes : pour l’Eglise et le clergé d’une part, il représente une personnalité importante à une époque cruciale de la chrétienté, celle qui vit se nouer les liens entre pouvoirs laïque et religieux, entre le politique impériale et celle de l’Eglise. D’autre part, , elle coïncide avec les foires agricoles et les manifestations paysannes d’abondance, car c’est en réalité la fin d’une année rurale.

Les vigiles de Saint-Martin, occasions de ripailles et, comme telles parfois condamnées par les autorités religieuses, furent néanmoins, à partir des XIe et XIIe siècles, l’occasion de prodigalités offertes au peuple : en Angleterre et en Italie, l’usage était de dresser des échafaudages de cocagne, où l’on suspendait  bœufs, porcs, moutons et volailles. Les hommes grimpaient au mât de cocagne, armés de coutelas et découpaient les animaux vivants. Considérée comme barbare, la coutume fut abolie ; les bouchers se chargèrent de tuer et découper en quartiers les animaux destinés à la fête, laquelle disparut pendant la Réforme, absorbée ensuite dans les festivités des grandes foires d’automne.

saint-Martin-fêteLa coutume de Gansabhauet, l’abattage de l’oie de la Saint-Martin qui subsiste encore à Sursee, en Suisse, dérive peut-être de ces traditions anciennes : désignés par tirage au sort, les concurrents, revêtus d’un manteau rouge, le visage couvert d’un masque en forme de soleil rayonnant, s’efforcent de décapiter, d’un seul coup de sabre, une oie (morte depuis peu) suspendue à un fil de fer.

« Ce n’est pas à la Saint-Martin qu’on ferre les oies » prétend un dicton de l’est de la France ; notons par ailleurs que l’oie, associée dans une grande partie de l’Europe à la Saint-Martin, fut un symbole d’initiation et l’oiseau consacré à Odin chez les Germains.

Un monastère Sanctus Martinus a Campi est mentionné en 567 par Grégoire de Tours. En 840, on parle d’une abbaye Saint-Martin-des-Champs. Celle-ci ayant été détruite par les Normands, une deuxième fut fondée en 1060 et devient prieuré de Cluny en 1079, une des fondations les plus puissantes et les plus respectées de l’agglomération parisienne pendant plusieurs siècles. Une vaste enceinte, étayée par de grosses tours fortifiées, encerclait tout le monastère et en faisait une position inexpugnable. Le Prieuré est devenu aujourd’hui le Conservatoire des Arts-et-Métiers. L’église actuelle, transformée en Musée des Arts-et-Métiers a été construite en 1856. Le réfectoire du Conservatoire est l’ancienne Bibliothèque des moines, très belle construction du XIIIe siècle attribuée à Pierre de Montereau, l’architecte de la Sainte Chapelle.

http://www.paroissestmartin-clermont.cef.fr/paroisse/saint-martin

 

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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