Saint Nicolas aux multiples visages  

La Saint Nicolas se célèbre le 6 décembre

Au début du mois de décembre, période charnière de l’année, avec le retour des neiges et des tempêtes, la Saint-Nicolas tient une place très importante dans le calendrier festif : elle fraye le passage vers l’hiver. Par la variété des coutumes qu’elle recouvre à travers les différents pays européens, elle est l’exemple même de l’évolution d’une tradition populaire dans la conjonction du temps et de l’espace. Si la date de la fête est commune dans toute la chrétienté, la personnalité du saint, elle, se modifie d’une aire culturelle à l’autre par la multiplication d’interprétations fabuleuses autour du même fait historique: une biographie somme toute modeste.

Les données sur la vie, la personnalité et la carrière de Nicolas sont transmises par la tradition: né en 271 en Lycie, au sud-ouest de l’Asie Mineure, de parents aisés, il fut élevé dans la foi chrétienne. À la mort de ses parents, il distribue sa fortune aux pauvres et entreprend un voyage à Jérusalem, dans l’intention d’entrer dans les ordres. Au cours de ce périple, il accomplit son premier miracle, apaisant par ses prières une violente tempête qui menaçait le bateau et la vie de ses compagnons. Ensuite il est élu évêque de Myre, localité proche de sa ville natale.

Le renom de ses bonnes œuvres et de sa sainteté se répand vite et à peine est-il enterré que déjà l’imagination s’empare de la réalité et qu’il devient le héros mythique d’une extraordinaires série de légendes et de miracles : une huile parfumée jaillit de sa tombe, l’évocation de son nom calme les flots impétueux, les murs des prisons s’effondrent dès que les persécutés le prient, il sauve les enfants livrés au couteau et il les sort du saloir, ou encore, il dépose des dots dans les souliers des jeunes orphelines.

En Méditerranée orientale orthodoxe, saint Nicolas acquiert une vocation maritime, succédant ainsi aux divinités marines de l’Antiquité, Poséidon, Neptune, maitre des eaux et des séismes, non pas pour engendrer comme lui de funestes tempêtes mais pour apaiser, avec beaucoup de bonhomie, la furie des vagues. De nombreuses chapelles lui sont dédiées le long des côtes et le jour de sa fête marque le retour des bateaux au port où ils restent pendant un mois, jusqu’à la bénédiction des eaux, le 6 janvier, jour du baptême du Christ.

saint-NicolasSi, dans l’iconographie byzantine classique, le saint apparaît avec les insignes d’un haut dignitaire de l’Église, dans les croyances populaires il n’a pas l’aspect d’un évêque. Il est représenté comme un vieux marin, la peau tannée de sel, hâlée par le soleil et marquée par l’expérience, avec une longue barbe blanche humide d’écume ; il court sans cesse au-dessus des vagues, d’un bateau à l’autre, pour aider les marins. En cas de danger grave, il tient le gouvernail et souvent il se laisse guider par la Vierge qui partage avec lui la tache de protéger les naufragés. Des lampes et des bateaux en argent et en or, ou encore des oliveraies et des champs qui constituent le patrimoine terrestre du saint, lui sont offerts en guise d’ex-voto.

Jadis, même les pirates et les flibustiers de la mer Égée, indépendamment de leur confession, lui dédiaient une partie de leur butin afin d’obtenir sa bienveillance au cours de leurs expéditions.

Même de nos jours, l’icône de saint Nicolas décore le pont des bateaux grecs ; selon la tradition, immergée dans les flots démontés, cette icône peut atténuer leur déchaînement. On obtenait des résultats semblables en dispersant sur les vagues des miettes de pain bénit ou encore des kollyva, grains de blé bouillis, symboles de vie éternelle, préparés rituellement en l’honneur du saint le jour de sa fête et conservés sur le bateau, pour parer à toute éventualité.

saint-NicolasLa seule faute qui détourne la bienveillance du saint est l’oubli ou la négligence d’une promesse d’offrande faite dans un moment de danger. Il immobilise alors le bateau en pleine mer et, si le capitaine récidive, le saint peut même le pétrifier.

Jusqu’en 1087, le corps du saint repose paisiblement dans sa tombe de Myre, malgré les turbulences historiques dans cette partie du monde. Les croisés et les marchands occidentaux s’initient à son culte. Lorsque la ville de Myre tombe aux mains des musulmans, des marins enlèvent le corps de leur patron et le transportent à Bari, en ltalie méridionale. Le mausolée construit sur sa nouvelle tombe devient le centre d’un culte qui rayonne jusqu’aux villes maritimes et marchandes des côtes de l’Atlantique. La dévotion au saint se propage aussi vers la mer Noire et, avec la christianisation des Slaves, saint Nicolas devient le patron de la Russie. L’évêque de Myre, dans tous ses périples, conserve sa nature de thaumaturge (faiseur de miracles). La dévotion populaire à son égard est considérable en Occident, tant en milieu catholique que protestant. Très vite, avec des variantes vestimentaires ou rituelles selon le pays, il devient un saint patron et un personnage mythique. Mais ses attributs essentiels restent ses habits épiscopaux (robe rouge ou lilas, mitre, crosse) ; il porte quelquefois trois bourses d’or, il est représenté avec trois enfants tirés du saloir, et une ancre, en écho aux légendes maritimes et aux miracles qui lui sont attachés.

La diversité des « qualités »  attribuées au saint évolue au fur et à mesure de la migration de son culte de la Méditerranée orientale, où il a été instauré dès la fin du IVe siècle, vers l’Europe occidentale, où il s’implante progressivement à partir du XIe siècle. L’intégration du saint dans les traditions locales s’est faite avec une telle flexibilité que l’on éprouve souvent une difficulté à reconnaître le même « héros » derrière plusieurs personnalités apparemment divergentes : une « divinité marine », un évêque bienfaiteur à la robe violette, le saint Nicolas impliqué dans le jeu ambigu du bien et du mal ou encore le Santa Claus à la houppelande rouge, serviteur des enfants, précurseur du Père Noël, figures étonnantes, toutes variantes d’une même tradition.

Alire aussi : http://www.regardssurlaplanete.com/article/la-saint-nicolas-une-tradition-enracinee-en-allemagne-du-sud_a2726/1

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