Saint Pierre 1er pape Chrétien

Pierre, le pêcheur du lac de Génésareth, celui qui renia trois fois Jésus la veille de la Crucifixion, se fait missionnaire. Sur les routes, il prêche la Bonne nouvelle et convertit de nombreux païens. Arrivé à Rome, au temps de Néron, il meurt en martyr. Et la tradition le place à l’origine de  la papauté.

Que savons-nous sur Simon-Pierre, ce modeste pêcheur du lac de Génésareth qui a connu l’enseignement de Jean-le-Baptiste et qui a suivi Jésus ? D’après Charles Pietri (Dictionnaire de la papauté), c’est un juif pérégrin, et non pas un citoyen romain à la différence de Paul. Il s’est marié à Capharnaüm. Peu instruit, il connaît l’Ecriture qu’il a entendu réciter et tient en sa mémoire, et il parle approximativement le grec, langue véhiculaire de l’Orient hellénique et romain. En un temps d’espérances messianique, il est l’homme des impulsions généreuses, comme le montrent plusieurs passages des Evangiles, l’homme de la Foi téméraire lorsqu’il marche sur les flots. Appelé avec son frère André par Jésus à être un « pêcheur d’hommes », il tire sa barque sur le rivage et suit Jésus. Les récits de pêches miraculeuses auxquels il est mêlé prennent avec lui une portée qui est loin d’être purement symbolique. Pierre devient le témoin privilégié de la prédication, de la passion et de la résurrection de Jésus. S’il renie trois fois le Christ pendant la Passion, il s’en repent amèrement et il est le premier à bénéficier d’une apparition du Ressuscité. Il est le chef des douze Apôtres,  l’interlocuteur préféré du Maître.

saint-Pierre

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Lorsque Jésus interroge ses disciples près de Césarée, « Qui croyez-vous que je sois ? » c’est Pierre qui Répond : « Tu es le Christ, fils de Dieu vivant ». Et Jésus précise la mission de Simon-Pierre : « Heureux es-tu Simon… Et moi je le déclare, tu es pierre (ou plutôt roc) et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » (Mat., XVI, 17-18). Le témoignage de Jean, le disciple bien-aimé, est également formel. Répondant à une interrogation du Christ, « Pierre m’aimes-tu ? » Pierre déclare : « Seigneur tu sais bien que je t’aime ». Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis ».

Après la Pentecôte, selon le récit des Actes des Apôtres, Pierre annonce à Jérusalem l’accomplissement des Ecritures dans le Christ crucifié et ressuscité. Il guérit des malades. Tandis que Jacques dirige la  communauté de Jérusalem qui reste fidèle à la loi juive, Pierre, passionné par la Bonne Nouvelle dont il est le premier témoin, ne peut pas ne pas la répandre et devient un missionnaire itinérant comme le sera Paul, avec lequel il divergera parfois sur l’attitude à tenir à l’égard des judéo-chrétiens qui voulaient exiger le respect des coutumes juives : c’est l’incident d’Antioche entre les deux apôtres.

Chef de la mission judéo-chrétienne, Pierre obtient la conversion de païens dans les villes de Palestine : Lydda, Joppé, Césarée. Après son arrestation temporaire en 44, il quitte définitivement Jérusalem, et séjourne assez longtemps à Antioche, capitale de l’Orient romain. Il joue un rôle fondateur au sein de la communauté chrétienne de cette métropole. Il aurait évangélisé les pays de l’actuelle Asie Mineure, la Galatie, le Pont, la province d’Asie, la Bithynie et séjourna peut-être à Corinthe en Grèce. Son disciple Marc, rédacteur d’un Evangile, aurait répandu la Bonne nouvelle à Alexandrie, métropole de l’Egypte. Cette évangélisation choque les Grecs et les Romains : les chrétiens sont considérés comme des athées car ils refusent le polythéisme. S’ils acceptent les autorités établies, ils s’abstiennent de pratiquer le culte impérial, et ce rejet conduira beaucoup d’entre eux au martyre.

Pierre serait arrivé à Rome, sous le règne de Néron après 58, date de l’Epitre aux Romains de Paul où il n’est pas question de lui. Il s’y trouverait lorsqu’il inspire sa première Epitre, rédigée par Silvain, probablement peu avant64. En évoquant la communauté où il réside, Pierre parle de « celle qui est à Babylone », Babylone signifiant en langage codé de l’époque la capitale de l’Empire, Rome.

L’année 64 est celle du grand incendie de Rome. Le peuple mécontent exige le châtiment des coupables. Néron détourne la colère populaire en faisant des chrétiens qualifiés « d’ennemis du genre humain » des boucs émissaires. De nombreux chrétiens sont brûlés vifs, d’autres périssent dans  divers supplices, mais Pierre semble  avoir échappé à ce massacre. Il préside alors à la charité, reliant les chrétiens dans une même foi, mais l’organisation de la communauté de Rome, où il occupe une place importante, n’est pas connue. L’existence d’un évêque à Rome est attestée une trentaine d’années plus tard, vers 96, sous Clément, et lorsqu’on publie, au IIe siècle des listes épiscopales romaines, celles-ci présentent Pierre comme le premier évêque de la Ville éternelle, capitale du monde.

Pierre subit le martyre probablement en 67 après Jésus-Christ, deux ans après le philosophe stoïcien Sénèque, selon saint Jérôme, l’année du voyage en Grèce de Néron, selon l’évêque Clément de Rome et l’historien Dion Cassius. Tandis que Paul aurait été décapité au bord du Tibre, près de la voie d’Ostie, Pierre aurait été martyrisé dans le cirque de Néron, au pied de la colline du Vatican où s’élèvera au IVe siècle la première basilique Saint-Pierre. Tertullien, au début du IIIe siècle, déclare que Pierre aurait été crucifié comme son Maître, mais qu’il aurait demandé par humilité à souffrir la tête en bas.

Le martyre de Pierre à Rome semble attesté dans la lettre de l’évêque Clément aux Corinthiens envoyée vers 96. Clément de Rome évoque alors les exemples qu’ont laissé « parmi nous » les apôtres et particulièrement celui de Pierre qui « après avoir rendu témoignage s’en est allé au séjour de gloire qui lui était dû ».

saint-Pierre

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Que devint le corps de Pierre Il n’est pas impossible que les restes de l’apôtre furent inhumés à proximité du lieu du martyre. Au début du IIIe siècle, le prêtre  Gaius indiquait à un de ses contradicteurs qu’il pouvait « montrer les trophées des apôtres » et en particulier celui de Pierre au Vatican. A cette époque ces trophées passaient pour les lieux probables de sépultures. C’est à cet endroit que fut élevée au IVe siècle la première basilique, dite « constantinienne », dédiée à saint Pierre. Les fouilles qui furent menées entre 1940 et 1949 sous les « grottes vaticanes » ne permirent pas de retrouver les restes de l’apôtre, mais mirent à jour le niveau constantinien ce qui permit d’élaborer des reconstitutions de l’édifice primitif.

Dans l’actuelle basilique vaticane, près de la croisée du transept se trouve une célèbre statue de bronze de saint Pierre qui est bien assis dans sa chaire.

Comme le fait remarquer Michel Perrin (Histoire de la papauté), un lien subtil se dessine entre cette statue, la confession où reposeraient les restes du saint et l’inscription qui  court à la base de la coupole. Cette dernière, en caractères gigantesques, reprend en latin et en grec les propos du Christ à Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai  mon église » (Mat., XVI, 17-18), propos investissant Pierre et instituant véritablement l’Eglise. De Pierre enterré à la base de l’autel, à cet autel où le pape célèbre le sacrifice  eucharistique sont donnés à voir une succession et un fondement vraiment inébranlables. Mais de quand date cette reconnaissance de la papauté ? Irénée, évêque de Lyon à la         fin du IIe siècle, manifeste son respect pour « cette église très grande, très ancienne et connue de tous que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent à Rome ». La succession apostolique régulière, affirmée depuis Pierre à travers les listes d’évêque, garantit l’authenticité de la Foi face aux hérésies. L’idée de primauté du siège romain, de la « cathedra Petri » apparaît au IIIe siècle.

Au IVe siècle sous le pontificat de Damase 1er (366-384), un édit de l’empereur Théodose en 380 reconnaît cette primauté conféré au siège de Rome par la tradition apostolique sous la forme du droit d’être interrogé en premier sur la Foi et de définir en premier les conditions de la communauté ecclésiale..

Au Ve siècle, Rome, pillée par les Wisigoths d’Alaric en 410, est abandonnée par l’empereur d’Orient, qui fait de Constantinople sa capitale, et par l’empereur d’Occident, qui réside à Ravenne. Rome, dont la société achève  de se convertir au christianisme, devient une ville chrétienne, un modèle missionnaire sous l’autorité du pape. Léon 1er le Grand (440-461), défenseur de Rome contre Attila, constate qu’il y a eu une véritable récréation de Rome au profit des successeurs de Pierre et de Paul, car ces deux apôtres, nouveaux Romulus et Remus, ont fondé Rome à nouveau.

Source Bertrand Fauvarque pour Historia n° 597. Bertrand Fauvarque professeur, chargé de cours à l’université du Hainaut,  a consacré sa thèse aux « conceptions eschatologiques de la fin de l’empire romain, de Marc-Aurèle à Anastase ». Il est l’un des auteurs de l’Histoire de la Papauté (Tallandier, 1996).

Pour en savoir plus : C. Pietri, article Pierre dansLevillain, Dictionnaire historique de la papauté (Fayard, 1994, M. Perrin, La papauté héritière de saint Pierre et de la romanité (30-604 après J.-C.) dans Histoire de la papauté (Tallandier, 1996), O. Cullman, Saint Pierre, disciple, apôtre, martyr (Neuchâtel, 1952)

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